L’étrange médecine du Dr B.

La «Biologie totale», courant pseudo scientifique, prétend tout guérir en chassant le stress. Des thérapeutes controversés attirent les foules. Des victimes témoignent. La justice est saisie. Enquête de Chloé Andries, parue dans Le Soir du 22 avril 2008.

Chemise blanche, large croix en bois sur le torse, le docteur B., médecin et homéopathe, a une façon un peu originale de soigner. Son credo : « Toute maladie résulte d’un conflit psychologique. » Pour guérir, il est donc utile de « passer par la prise de conscience du conflit et par sa résolution psychologique qui fera disparaître les symptômes ». Depuis une vingtaine d’années, l’homme remplit les salles dans lesquelles il enseigne cette « thérapie » aux âmes en quête de guérison.

Mercredi dernier, la commune de Woluwe-Saint-Pierre, à Bruxelles, qui l’accueillait depuis quinze ans, a brusquement annulé ses prochaines conférences, après s’être aperçue que des associations de lutte contre les dérives sectaires s’inquiétaient des activités de ce mouvement thérapeutique, plus connu sous le nom de « Biologie totale ».

600 thérapeutes

Ce courant alternatif né des travaux de Claude Sabbah, médecin français qui s’est lui-même radié de l’Ordre des médecins, prétend guérir quasi toutes les maladies grâce à la résolution de nos conflits psychologiques. Une doctrine qui poursuit les travaux de Ryke Hamer, médecin allemand interdit d’exercice depuis 1986, et condamné pour exercice illégal de la médecine, après avoir poussé des patients cancéreux à arrêter leurs traitements. Et ils sont nombreux à proposer des conférences en Belgique, en France et au Canada. Claude Sabbah aurait même déjà formé 600 thérapeutes en Belgique, dans ses séminaires.

Officiellement, les tenants de la Biologie totale affirment travailler de concert avec la médecine classique. Pourtant, Jacques de Tœuf, ancien membre de l’Ordre des médecins, affirme que plusieurs d’entre eux ont déjà été radiés de l’Ordre. Aujourd’hui, le docteur B. nous a indiqué avoir été menacé de radiation. « On m’a jugé injustement coupable d’avoir poussé une de mes patientes décédée d’un cancer du sein à refuser les traitements allopathiques (NDLR : conventionnels). Pourtant, j’ai simplement accepté de l’accompagner, alors qu’elle refusait de subir une opération et voulait se suicider. Après une première radiation, j’ai fait appel, et suis désormais suspendu jusqu’en juin prochain. »

Le Sida psychologique

En attendant, s’il n’exerce plus, ce médecin continue de multiplier les conférences, dans toute la Belgique. Lui se défend de propager l’ensemble de l’enseignement de Claude Sabbah et Ryke Hamer, ce que lui reproche pourtant le Conseil de l’Ordre. « Je ne retiens d’eux que ce que j’ai pu vérifier moi-même et travaille toujours avec la médecine classique. »

Reste qu’une partie de son discours inquiète de nombreux médecins. Entre autres postulats, le docteur B. nous affirme qu« on ne meurt pas du cancer, mais de l’épuisement physiologique qu’il provoque ». Pour le professeur Koen Demyttenaere, directeur du service psychiatrique à la KUL, « c’est de la foutaise. Dire qu’on ne meurt pas du cancer est aussi ridicule que de dire qu’on ne meurt pas d’un infarctus mais du manque d’oxygène qui en découle. Cela tient du discours pervers, qui induit que le cancer ne serait pas mauvais en soi ».

Le docteur B. nous a également confirmé qu’il considérait que des « causes psychologiques permettent à un individu d’être récepteur ou non du virus du sida ». Là encore, pour le professeur de la KUL, « ce genre d’ineptie n’a aucune valeur scientifique».

Charles Berliner, médecin, fondateur de l’Association des victimes de pratiques illégales de la médecine (AVPIM), se bat depuis des années pour dénoncer un courant qu’il estime dangereux. « Derrière leur discours officiel de respect de la médecine classique, leurs écrits et leurs pratiques ne trompent personne. On est dans une pensée magique. »

Traitement par les ondes

Le médecin a même reçu plusieurs témoignages accablants. Comme celui de ce responsable d’une maison de repos, qui accueillait une personne âgée soignée par un disciple de Hamer. « Elle souffrait d’une infection bronchique, mais son médecin traitant ne voyait pas l’intérêt de se déplacer vu le traitement par ondes qu’il lui envoyait. Il avait une carte abstraite et colorée où figuraient son nom et celui de sa patiente, censée lui donner le courage de décéder ou de guérir. Il lui prescrivait des inhalations de thym et de cannelle. Elle s’est éteinte dans un état d’encombrement bronchique incroyable. »

Pour l’heure, aucun disciple de la Biologie totale n’a encore été condamné devant la justice pénale en Belgique. Mais un thérapeute doit comparaître à Liège pour exercice ilégal de la médecine et homicide involontaire Les associations de victimes dénoncent, au cas par cas, mais n’ont pas de pouvoir réel face une nébuleuse composite. Il est difficile, pour les salles qui reçoivent ces thérapeutes, d’évaluer le sérieux des propositions qu’elles reçoivent. Lundi 14 avril, un conférencier est même venu présenter un film à la gloire du Dr Hamer aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur.

Chloé Andries

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