La santé au féminin

Posted on 28 septembre 2015 par

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Plus sûres d’elles, plus assertives et plus « sexy » durant la première partie de leur cycle, des femmes tirent parti des lois de la nature…. 

La vie des femmes s’apparente à un sport de haut niveau. Elle leur impose des résultats, de l’endurance, de la résistance au stress, peu de sommeil, des horaires stricts, une autodiscipline de fer, une maîtrise des émotions. Nous n’avons qu’une vie et il s’agit de la réussir. Mener une carrière professionnelle, trouver l’homme de son cœur, fonder une famille, acheter une maison, avoir des amis, partir en vacances, organiser les goûters d’anniversaire des enfants, s’occuper de ses parents âgés…

L’égalité des sexes a heureusement gagné quelques longueurs au cours de ces dernières décennies. Mais, contrairement aux hommes, les femmes restent soumises à la pression du sablier biologique. Elles sont de plus en plus nombreuses à retarder une grossesse pour pouvoir assurer leur carrière professionnelle et leur vie sociale.

Ingrid Theunissen

Cette capacité de porter et de mettre au monde des bébés soumet le corps des femmes à une série de paramètres tout au long de leur vie. Le cycle des menstruations rythme les  mois et les semaines, le travail des hormones influence l’humeur et les émotions. « Certaines femmes sont plus sensibles aux influences hormonales, explique Ingrid Theunissen, gynécologue spécialisée en médecine préventive, consultante auprès CHIREC qui regroupe six hôpitaux à Bruxelles et en Brabant wallon. Durant la première partie du cycle, jusqu’à l’ovulation, elles sont souvent plus énergiques, plus créatives et plus assertives. Une femme d’affaire américaine expliquait qu’elle organisait tous ses rendez-vous importants durant cette période ! Une étude très sérieuse a par ailleurs démontré que des strip-teaseuses recevaient davantage de pourboires en période d’ovulation ». Ce subterfuge de la nature est à l’origine prévu pour favoriser la reproduction ; plus entreprenantes et plus « féminine » sous l’action des hormones, de l’œstradiol plus précisément, les femmes sont sensées séduire davantage le mâle lors de l’ovulation.

La pilule passe mal

Le cycle féminin, c’est aussi pour certaines des maux de ventre et des maux de tête, de la fatigue et de l’irritabilité. Après l’ovulation, le niveau d’œstrogènes et de testostérones diminue tandis que la progestérone augmente. L’alternance de pics et de chutes brutales de ces deux hormones peut entraîner des variations d’humeur En deuxième partie de cycle, les femmes peuvent être moins énergiques, davantage sensibles aux coups de blues. « Ces manifestations  concernent uniquement celles qui ne sont pas soumise à un contraceptif hormonal (pilule ou stérilet) », précise la gynécologue. Mieux vaut passer cette période avec philosophie et avec humour »… Et ignorer les remarques sexistes qui peuvent surgir, comme celle adressée au candidat républicain Donald Trump à l’encontre de la journaliste Megyn Kelly : « On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit ». No comment.

Le cycle menstruel peut aussi être perçu comme un indicateur du fonctionnement du corps. « Il agit comme un tableau de bord, poursuit le Dr Ingrid Theunissen. Un cycle trop long, des règles douloureuses ou trop abondantes ou encore des seins  qui gonflent peuvent indiquer un dysfonctionnement. Il est important d’écouter son corps ».

Heather+Watson+Championships+Wimbledon+2012+7GKabFZ1VR3lEn janvier 2015, la tenniswoman britannique Heather Watson a brisé un tabou : à la sortie d’un match à l’Open d’Australie, elle a mis sa mauvaise prestation sur le compte de ses menstruations. A la suite de ses révélations, d’autres sportives ont à leur tour parlé de leurs difficultés d’assumer parfois un match quand elles étaient réglées. Tandis que les tenues blanches imposées sur les cours de tennis n’aident pas les joueuses à avoir confiance en elles et à se concentrer sur leur match ! Pour solutionner le problème, certaines ont commencé à prendre la pilule, parfois sans discontinuer, afin d’éviter que « Dame Nature » face irruption  en plein tournoi.

Face au lien de plus en plus avéré entre la prise d’hormones dans la durée et le risque de développer un cancer, les femmes ne l’avalent plus aussi facilement que par le passé. « Bien sûr, mieux vaut prendre la pilule que de subir une grossesse non désirée, poursuit Ingrid Theunissen qui est également spécialisée dans l’accompagnement des femmes atteintes du cancer du sein. Toutefois, je conseille plutôt les contraceptifs sans hormones. Les hommes eux-mêmes sont davantage sensibles à cette question. Ils sont sans cesse plus nombreux à suivre leur compagne en consultation, à s’informer sur ce qu’il y a de plus sûr pour éviter une grossesse ou des maladies sexuellement transmissibles, mais aussi sur ce qu’il y a de mieux pour la santé de leur partenaire ».

Une partie de la société actuelle rejette l’industrialisation à outrance et prône davantage d’humain et de naturel dans tous les domaines de la vie. En témoigne le succès des produits bio, mais aussi un rejet chez certains d’une surmédicalisation. L’aire du médecin omnipotent a perdu du terrain. Cette tendance s’affiche encore dans le débat qui oppose les gynécologues aux sages-femmes. Ceux-ci dénoncent « une délégation de plus en plus grande de leurs tâches au profit des sages-femmes et une valorisation excessive des prestations de celles-ci ». Ils craignent notamment une augmentation des accouchements à domicile qui entraînerait une hausse des décès en couche, comme aux Pays-Bas. Pour la ministre de la Santé Maggie De Block, il s’agit avant tout de faire des économies en raccourcissant la durée de l’hospitalisation et en confiant davantage le suivi pré et post-accouchement aux sages-femmes. Mais visiblement, le passage de témoin passe mal auprès de certains.

La clim’ formatée pour les hommes

De nombreux indicateurs de santé sont par ailleurs calqués sur des standards masculins. « Pour cette raison, les maladies cardiovasculaires sont par exemple bien moins diagnostiquées chez les femmes lors d’une prise de sang, note le Dr Ingrid Theunissen. Autre injustice de taille, pour toutes les frileuses : « Les systèmes de climatisation sont souvent réglés sur la physiologie d’un homme entre 25 et 35 ans ! ». Chez la femme, la graisse se concentre de manière à d’abord irriguer les organes vitaux avant les pieds et les mains, d’où cette fréquente sensation de froid. Chez l’homme, la testostérone a tendance à retenir la masse musculaire de façon plus conséquente que chez la femme.

« Savoir, c’est pouvoir »

Catherine MarksteinL’ASBL bruxelloise Femmes et Santé s’inscrit dans cette tendance allant vers une meilleure connaissance de son propre corps. Elle ne renie toutefois pas la médecine conventionnelle en cas de nécessité. L’association a pour but de promouvoir la santé des femmes par les femmes elles-mêmes, à un niveau individuel et collectif. Elle entend favoriser la valorisation de compétences de chacune, à travers des ateliers et des formations sur différents thèmes : l’alimentation, la santé sexuelle et reproductive, les seins, le périnée, le sommeil, les femmes autour de la cinquantaine,… « Savoir, c’est pouvoir », rappelle Catherine Markstein médecin fondatrice de l’ASBL Femmes et Santé. La surmédicalisation fragilise les patientes et les éloigne de leurs potentialités. Toutefois, nous travaillons davantage sur le genre que sur les différences biologiques hommes-femmes. Le sexe n’est pas le seul déterminant de la  santé. Celle-ci est avant tout conditionnée par le contexte social, économique et culturel d’un individu, l’endroit où il est né et là où il vit. Le bien-être n’est pas réservé aux bobos qui ont de l’argent, il ne se limite pas à des massages et à des séances de yoga ! Certains ateliers rassemblent des femmes universitaires mais aussi des femmes immigrées parfois illettrées, de différentes générations ».

Auto-examens gynécologiques

Laurence, 30 ans, participe à ces « groupes de femmes ». L’un d’eux leur apprend à pratiquer des auto-examens gynécologiques, à l’aide d’une petite lampe et d’un spéculum en plastic. « On se rend compte que nous sommes toutes différentes, explique Laurence. C’est bien de voir qu’il n’y a pas de norme, de comprendre son anatomie. Je n’avais pas de problème de santé mais je voulais être mieux armée par rapport à ma vie personnelle et affective. Face à un homme, je peux affirmer ce que je souhaite ou non en connaissance de cause. De plus, lorsque je me rends chez mon gynécologue, je suis mieux outillée pour comprendre ce qu’il me dit et poser des questions. J’ai par exemple demandé si c’était vraiment nécessaire de me peser lors de chaque consultation; j’ai un problème avec mon poids et j’angoisse à l’idée de devoir monter sur la balance ».

Isolement, soumission et violence

André Bodson est endocrinologue à la Clinique de l’Europe à Bruxelles. « Une fatigue excessive, une variation de poids, voire de petits malaises peuvent être le signe d’un dérèglement hormonal », explique-t-il. Le stress peut être à l’origine de ce bouleversement. « C’est l’hypothalamus qui est au carrefour de la gestion du stress. Celui-ci se marque généralement par un mal de ventre, de la transpiration, une montée de la pression sanguine, des palpitations cardiaques,… A hautes doses et sur la durée, cela peut entraîner des maladies graves comme le cancer. Pour se sentir bien dans son corps, il est important d’avoir une bonne perception de sa personne, d’avoir une image corporelle et mentale qui corresponde aux objectifs que l’on se fixe. Une activité sportive, du yoga ou de la sophrologie peuvent être très bénéfiques. Mais ces méthodes ne sont pas remboursées par la sécurité sociale ».

Quel que soit l’âge et le statut social d’une personne, trois éléments sont particulièrement nocifs pour la santé: l’isolement, la soumission (à un conjoint, à un patron) et la violence. « Pour se sentir mieux, il convient d’identifier les sources de stress pour pouvoir les réduire voir les supprimer, souligne Catherine Markstein. On peut devenir esclave de la mode, de son poids, de son mari, de ses enfants, de ses amis ou de ses parents. Il faut oser s’affirmer, dire non, se respecter, mettre des limites, à soi-même et aux autres. C’est la base d’une meilleure santé ».

Les éléments qui font du bien

Le fer, contenu dans les lentilles, la viande rouge, le boudin noir ou encore les œufs. Cet oligo-élément essentiel aide au transport de l’oxygène dans l’organisme. Les besoins en fer sont augmentés chez la femme en âge de procréer et en cas de grossesse. Un complément de fer est nécessaire en cas de règles abondantes.

Le zinc, présent dans les œufs, la viande, les huîtres, le soja, les lentilles, les pois cassés,… Cet oligoélément aux vertus antioxydantes adit sur la croissance, le système endocrinien, l’immunité et la reproduction. Le zinc favorise la cicatrisation et intervient donc dans différents problèmes de peau comme l’acné ou le psoriasis. Une carence en zinc peut entraîner une sécheresse cutanée, des ongles cassants et des chutes de cheveux.

Le calcium, contenu dans les produits laitiers et les eaux minérales, mais aussi le poisson ou la viande et même certains légumes comme les épinards et les brocolis. Il prévient l’hypertension artérielle et ses complications notamment pendant la grossesse. Le calcium est indispensable au moment de la ménopause pour protéger les os. En effet, la perte  d’œstrogènes à cette période entraîne une diminution du capital osseux.

La vitamine D, offerte par le soleil et contenue les produits laitiers. En Belgique, les femmes sont souvent carencées en vitamine D, en raison du manque de luminosité. Cette vitamine est indispensable pour fixer le calcium et permet de lutter contre l’ostéoporose chez les femmes de plus de cinquante ans. Elle protège également les dents.

Le magnésium, contenu dans les bananes, le chocolat, les haricots blancs ainsi que dans les céréales. Le magnésium facilite les transmissions nerveuses et la relaxation musculaire. Il permet donc de lutter contre le stress. Cet oligoélément est essentiel au maintien d’un rythme cardiaque régulier, au métabolisme des lipides, à la régulation du taux de sucre dans le sang et à la tension artérielle. Par son action normalisatrice sur la conduction nerveuse, le magnésium jouer un rôle dans le soulagement des douleurs associées au syndrome prémenstruel, aux menstruations et aux migraines.

La vitamine C, dans le citron, les oranges, les kiwis, les brocolis, les tomates,… Elle stimule le système immunitaire et favorise l’absorption du fer. La vitamine C est un antioxydant, elle participe au renouvellement des tissus. Elle favorise encore la synthèse de plusieurs hormones et neurotransmetteurs.

Les oméga-3, contenus dans les poissons gras et dans les fruits à coque. Ils sont bénéfiques dans de nombreux processus biochimique de l’organisme : la régulation de la tension artérielle, les réactions immunitaires et anti-inflammatoires,…

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