Senior cherch. Étud. Serv/Logmt

Posted on 23 janvier 2014 par

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L’habitat intergénérationnel est une solution simple à des besoins différents, mais complémentaires. L’ASBL 1toit2âges développe cette solution dans plusieurs villes belges. Réservée au départ aux étudiants et personnes âgées, cette possibilité s’ouvre tout doucement aux familles.

Claire de Kerautem, directrice de l'ASBL 1toit2âges

Claire de Kerautem, directrice de l’ASBL 1toit2âges

Vous avez une chambre libre et vous aimeriez avoir un peu de compagnie ou auriez besoin d’un petit coup de pouce pour vous occuper des enfants, tondre la pelouse ou sortir le chien ? Autre cas de figure, vous êtes étudiants, avez peu de moyens et aimeriez donner un coup de main en échange d’un logement bon marché ? Depuis mi-2009 l’ASBL « 1toit2âges » permet aux premiers de rencontrer les seconds, et plus si affinités.

Le principe : des seniors ayant trop de place chez eux, minimum une chambre, mettent cet espace à disposition d’étudiants en échange de menus services. Ceux-ci vont de la simple présence à une aide dans les tâches ménagères en passant par des cours d’informatique. « Ce concept existait en France et dans d’autres pays, mais pas encore en Belgique. Lorsque je l’ai proposé, notamment au bourgmestre d’Etterbeek et aux universités, j’ai tout de suite reçu un accueil positif. Cela apportait une solution à la pénurie de kots, en tout cas de qualité et à un prix abordable, mais aussi à la solitude des personnes âgées et au manque de place dans les maisons de repos. Cela permettait également aux ainés de rester le plus longtemps possible chez eux,» explique Claire de Kerautem, fondatrice du projet.

La population accueille l’idée avec enthousiasme et face cet intérêt. Très vite, l’association ouvre des antennes dans d’autres villes de Wallonie, notamment à Namur, Louvain-La-Neuve, Liège, Mons et Charleroi. Des tentatives d’expansion ont aussi lieu vers la Flandre, mais certains obstacles juridiques sembleraient pour l’instant freiner cette progression. Depuis la création de l’ASBL, 500 à 600 « binômes » se sont trouvés. « Près de la moitié des seniors (47%) recourent à ce système pour des raisons de sécurité, pour lutter contre la solitude ou parce qu’ils ont besoin d’aide. 29% sont intéressés par l’idée de développer une relation intergénérationnelle, et 24% parce qu’ils souhaitent un complément de revenus. On retrouve parmi ces derniers principalement les personnes de 50 à 60 ans,» résume Claire. La grande majorité des seniors est aussi des femmes.

Les familles aussi

Au départ, le DSC_0062système était réservé aux ainés. La demande croissante de familles a cependant poussé l’association à ouvrir son service à celles-ci. Catherine, médecin en hôpital et mère de 3 enfants, de 10 ans, 6 ans et 6 mois, a participé à un projet pilote en 2013. « J’ai des horaires de travail assez lourds et mon mari est souvent à l’étranger. Nous avons eu des jeunes filles au pair. Nous sommes peut-être mal tombés, mais j’ai été déçue par l’expérience. Elles étaient principalement attirées par l’aspect financier et le besoin de partir de chez elles. Elles ne semblaient pas vraiment vouloir créer un lien avec les enfants. » Depuis septembre, Catherine et sa famille accueillent une jeune fille en dernière année de secondaire rencontrée grâce à l’ASBL « 1toit2âges ». L’étudiante dispose d’une chambre, d’une salle de douche, et a accès à toutes les pièces communes. En échange, elle rend certains services comme conduire les enfants à l’école et participer aux tâches quotidiennes. Elle paye aussi une centaine d’euros pour les charges. « C’est une situation win-win. Elle nous aide et nous l’aidons,» continue Catherine.

Des relations uniques

Le coût du service varie selon la formule choisie. Seniors et étudiants doivent chacun payer 250 euros de cotisation annuelle à l’ASBL. Pour le reste, ils ont le choix entre deux options : celle avec loyer, qui est de 300 euros, ou la version économique, 180 euros de charges et aider l’accueillant pour l’une ou l’autre tâche. Il n’est cependant pas rare qu’une réelle relation émerge de ces rencontres. « Une ancienne professeure de français en avait assez de voir son étudiante passer son temps sur son smartphone. Elle a donc instauré la lecture hebdomadaire d’un livre, chacune de leur côté, et ensuite une discussion, un échange d’idées, sur le sujet, raconte Catherine de Kerautem. C’était une très belle relation. L’étudiante est restée plusieurs années chez la même personne. » Parfois, ce n’est pas l’étudiant qui rend service, mais l’ainé. Il arrive ainsi que les seniors préparent des petits plats pour leurs protégés en période d’examen voire leur fasse répéter leurs leçons. «Une dame m’a un jour téléphoné toute excitée pour me dire « Nous avons réussi nos examens! » en parlant de la réussite de son étudiante, » sourit encore la directrice de l’ASBL. Toutes les formules sont possibles. L’association met un cadre, et chacun instaure ensuite son propre mode de fonctionnement. Seul bémol : l’étudiant ne peut se domicilier chez l’ainé parce que celui-ci risquerait d’être amputé d’une partie de ses allocations ou de sa pension.

senior1Un cadre précis

Etudiants et seniors sont sélectionnés sur le carreau. Entretiens individuels, visite du logement, demandes éventuelles d’aménagement, signature d’une convention d’hébergement et état des lieux sont un préalable obligé. Pendant l’année, des contacts sont aussi régulièrement pris pour vérifier que tout se passe bien. « J’aime avoir un cadre bien défini, confie Catherine, mère de famille et accueillante. C’est une initiative très positive surtout dans un contexte économique de plus en plus difficile. Cela demande bien entendu une certaine approche de la vie en communauté, mais je viens d’une famille de 7 enfants et mon mari d’une famille de 8. Pourquoi ne pas vivre ensemble ? On reçoit, on donne, on reçoit… »

http://www.1toit2ages.be/

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Posted in: Economie, Société