L’habitat groupé

Posted on 23 janvier 2014 par

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L’union fait la force. Dans l’habitat également. Mettre ensemble ses ressources permet d’acquérir des biens de meilleure qualité, mais aussi de renouer le tissu social. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 23 janvier 2014.

Habitat groupé Les Zurbains - Liège

Habitat groupé Les Zurbains – Liège

« J’étais frappé par la perte de solidarité et de liens entre habitants, même dans les villages. Je trouvais cela dommage. Lorsqu’un collègue m’a parlé de l’habitat groupé, j’ai tout de suit adoré l’idée, » raconte Vincent, professeur de français à Floreffe et un des résidents de l’habitat groupé de Buzet. Avec 7 autres ménages, Vincent a créé le domaine de Buzet : une vieille ferme et un terrain transformé en 8 maisons. Le lieu héberge 28 personnes dont 14 adultes et 14, bientôt 15, enfants.

« Le fait de joindre les efforts nous a permis d’acquérir un grand terrain, ce qu’on n’aurait jamais pu faire seul.» Chaque propriétaire a payé environ 35.000 euros pour le lotissement, avec ou sans briques, et mis 20.000 euros dans le pot commun pour financer notamment la construction, l’entretien et la gestion des parties communes comme la citerne, le jardin de 2 hectares ou la cour intérieure. Ensuite, chacun a financé la construction ou la rénovation de son habitation individuelle. Certains ont fait une grande partie des travaux eux-mêmes, d’autres ont fait appel à des corps de métier. « La charte de l’habitat précise qu’on doit être écologique, mais il n’y a pas de critères objectifs. Chacun a donc appliqué ce principe à sa manière. »

Regain d’intérêt

S’il existe des projets d’habitat groupé depuis les années 60, le nombre d’initiatives a commencé à exploser en Belgique vers 2002. L’ASBL Habitat et Participation a récemment identifié 160 projets de ce type en Wallonie et entre 80 et 100 en cours de création. « Il y en a probablement beaucoup plus, » estime Benoit Debuigne, chargé de mission au sein de l’ASBL. « Le terme « habitat groupé » est un terme générique dans lequel on retrouve l’habitation solidaire, interrelationnelle ou encore la colocation solidaire. En bref, tous les systèmes d’habitats collectifs incluant des mécanismes de solidarité. Cela va du simple jardin commun à un système proche de l’habitat communautaire, où les habitants partagent la buanderie, la salle de jeu et les chambres d’ami,» continue Benoit Debuigne. « Le concept diffère de la copropriété classique en ce sens qu’il s’accompagne d’un projet de vie et fédère un ensemble de gens sur des objectifs communs, écologiques, sociaux ou environnementaux. »

Entraide

Habitat groupé Les Zurbains - Liège

Habitat groupé Les Zurbains – Liège

Un autre de ces projets est celui des Zurbains, au centre de Liège. Il y a 7 ans, 14 familles achètent ensemble un terrain dans le quartier St Léonard. Aujourd’hui, 28 entités ont été créées ou sont en passe de l’être. Un jardin commun, une fois aménagé, sera aussi mis à la disposition des occupants. Ceux-ci ont entre 0 et 80 ans, et viennent de tous les horizons : indépendants, salariés, fonctionnaire, journaliste, médecin, … « Nous avons tous pu choisir le logement qui nous convenait. Appartement, loft ou maison, rien n’a été imposé, » explique Muriel Frenay une des personnes à l’origine du projet. Membre des Zurbains, elle a fait construire un appartement de 80m2, bien isolé, avec jardin privatif, pour sa mère. « Je ne voulais pas qu’elle reste dans le circuit locatif et soit à la merci des propriétaires. Je n’ai pas encore fait mes calculs, mais je pense que j’ai bien économisé 20%. Si j’avais dû acheter un tel bien seule, au centre de Liège, cela aurait été impayable. » L’aspect économique est clairement important, mais l’élément collectif ne l’est pas moins. Et Muriel de poursuivre : « On a voulu faire du collectif sans tomber dans le collectivisme. Le but est de respecter chacun dans ce qu’il est et d’aider les personnes qui n’avaient pas les moyens humains ou financiers pour se lancer dans un tel projet de le mener à bien. Nous sommes plus forts ensemble, que ce soit pour discuter avec les entrepreneurs ou négocier une réduction de taux avec la banque. On a tous un emprunt individuel, mais notre poids nous a par exemple permis d’obtenir un taux d’intérêt moins élevé. »

Patience

Habitat groupé Les Zurbains - Liège

Habitat groupé Les Zurbains – Liège

La mise en place de tels projets prend souvent du temps : 7 ans pour les Zurbains, 2 ans et demi voire 3 ans pour l’habitat groupé de Buzet. Selon Benoit Debuigne, cette contrainte permet de tester la volonté des participants. « Une sélection naturelle se fait de par la durée du processus et le niveau d’investissement demandé. Ceux qui ne sont pas prêts ou suffisamment motivés s’en vont. » Et Vincent d’abonder en ce sens : « le plus gros défi était d’apprendre à être patient. Le temps collectif n’est pas le même que le temps privé. Tout met plus de temps. Mais c’est bien, parce que les décisions prises à l’issue de ce processus sont plus solides. Un autre défi était de se former aux techniques de discussion et de négociation. On est confronté à des personnes qui ne pensent pas comme nous, qui parfois n’ont pas les mêmes idées. Ceci dit, le fait d’avoir des activités, un projet, en commun, nous pousse à aller plus facilement vers l’autre pour régler les problèmes. Dans les conflits de voisinage, la difficulté vient souvent du fait que les gens ne se connaissent pas. »

http://leszurbains.blogspot.co.uk/

http://www.habitat-groupe.be/

Projet en cours à Bruxelles :http://habitatcasanova.wordpress.com/

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Posted in: Economie, Société