Habiter La Baraque

Posted on 23 janvier 2014 par

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A Louvain-La-Neuve, un hameau rassemble des logements moins conventionnels. Illégal depuis 40 ans, le quartier de La Baraque n’en fait pas moins partie intégrante du paysage. Un article de Géraldine Vessière dans Le Soir, 23 janvier 2014.

La Baraque - Photo de Anaïs Angeras

La Baraque – Photo de Anaïs Angeras

Au détour de la N4, à proximité de la ferme du Blocry et du golf club de Louvain-La-Neuve, une petite ruelle mène vers un tout autre style de quartier : celui de la Baraque. Là, les maisons ne sont pas en briques comme il est souvent d’usage, mais ce sont des caravanes, des roulottes, des assemblages de matériaux de récup, des dômes géodésiques ou encore une yourte. Des légumes attendent d’être récoltés dans les potagers, des poules fournissent œufs et peut-être viande aux habitants, le bar du Zoo, accueille les riverains, un magasin bio fournit la population locale et développe des projets sociaux.

Le quartier est aussi vieux que les bâtiments de l’université. Version officieuse de la version officielle, il est un cas d’école dans le paysage urbanistique belge.

Rester maître de son logement

Lorsque l’UCL s’est implantée à Louvain-La-Neuve, au début des années 70, le hameau était destiné à la démolition. C’était sans compter l’opposition d’une dizaine d’habitants, rejoints par des étudiants, refusant d’emménager dans des immeubles construits à la hâte par l’université. Ils voulaient choisir leur habitat et en garder le contrôle. Sans l’accord des autorités, ils s’installent dans le quartier de la Baraque. Ils logent dans des roulottes et caravanes, récupèrent des matériaux, que ce soit d’anciennes serres ou des poutres en bois, et érigent leurs maisons dont certaines sont à faire pâlir d’envie certains d’entre nous. Débrouillardise, autonomie, autoconstruction et créativité sont les maitres mots.

Quatre décennies plus tard, le quartier existe toujours et la philosophie n’a pas changé. La population par contre s’est diversifiée. On y retrouve aujourd’hui travailleurs sociaux, artistes, chômeurs, entrepreneurs, fleuriste, musiciens, photographes, artisans, réfugiés politiques, politicien et depuis peu, à nouveau quelques étudiants. 130 personnes en tout, dont une trentaine d’enfants.

« Ce sont des personnes qui veulent vivre autrement, qui refusent de se contenter d’une vie métro-boulot-dodo, explique Vincent Wattiez, animateur du Réseau brabançon du Droit au Logement, en passant devant une maison digne d’un conte pour enfants. « J’aime beaucoup cette maison. C’était à la base une roulotte. Les propriétaires y ont ajouté des extensions et ont enveloppé le tout de bois. Ici par exemple, les hublots sont des hublots de machine à laver. Tout ou presque est de la récup mais le résultat est magnifique.» Un peu plus loin, une table de ping-pong attend le retour du printemps, un chat se prélasse sur un toit et des poules caquettent dans un enclos.

Valeurs

La Baraque - photo de Xavier Pique

La Baraque – photo de Xavier Pique

« La motivation des habitants n’est pas uniquement économique. Si c’était le cas, ils ne resteraient pas longtemps. L’habitat léger est en train de devenir une solution citoyenne à la problématique du logement. Ce n’est pas la seule, mais c’est une réponse parmi d’autres. C’est aussi un mode de vie plus respectueux de l’environnement -ces habitations sont par exemple moins énergivores- et qui donne une place plus importante à la communauté,» continue Vincent Wattiez. « Il y a évidemment des tensions, comme dans tous groupes: entre militants, allocataires, entrepreneurs, on n’a pas toujours les mêmes priorités, mais la solidarité est fort présente. On se partage les voitures, on s’entraide, on a même accompagné des personnes malades ou en fin de vie, »

Une autre des valeurs du lieu est la lutte contre la spéculation. Ceux qui veulent s’installer dans le quartier doivent attendre qu’un des occupants s’en aille et leur cède leur logement. La collectivité limite cependant le montant auquel les habitations peuvent être revendues. « Les dômes géodésiques sont par exemple donnés gratuitement à condition que le nouveau venu en prenne soin. Pour les roulottes, le prix est limité à 300 euros le m². En gros, les prix peuvent aller de 0, à 2500 voire dans certains cas 25.000 euros, » précise Vincent Wattiez.

Vers une régularisation ?

La Baraque - Photo de Xavier Pique

La Baraque – Photo de Xavier Pique

A la Baraque aucune des maisons n’a de permis d’urbanisme. C’est un squat à grande échelle, mais qui, paradoxalement bénéficie d’un plan de quartier et est renseigné dans les parcours touristiques du coin. Bref, il fait aujourd’hui partie intégrante de l’identité de la région. Les relations avec les autorités n’ont cependant pas toujours été au beau fixe. La résistance des premières décennies, accompagnée de tentatives d’expulsion, a toutefois aujourd’hui laissé la place au dialogue. Des discussions sont ainsi en cours depuis plusieurs années entre l’université, la commune d’Ottignies-Louvain-La-Neuve et les habitants, afin de régulariser la situation. Les négociations sont complexes, leur issue est incertaine, mais comme le soulève Josse Derbaix, habitant du quartier depuis 1974, sur radio27.be, elles soulèvent une question « passionnante »: « Comment mettre un projet de liberté dans la loi belge ? »

Il est possible de trouver des interviews des habitants sur www.radio27.be

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Posted in: Société