Crise du logement : faites travailler votre imagination

Posted on 23 janvier 2014 par

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Le droit à un logement décent est reconnu par la constitution depuis 20 ans. Une partie de plus en plus importante de la population semble pourtant ne pas en bénéficier. Conséquence : individus et organisations redoublent d’inventivité pour tenter de répondre à la problématique. Les idées vont de la yourte au squat en passant par différentes formules d’habitats collectifs. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 23 janvier 2014.

Unreal estate house

Unreal Estate House – photo: Benjamin Heck

Va-t-on un jour tous vivre dans des boîtes de 4m² ? Van Bo Le-Mentzel, designer allemand d’origine laotienne, nous en offre en tout cas la possibilité avec ses Unreal Estate Houses. Afin d’alerter sur l’augmentation des loyers et la pénurie de logements en Allemagne, l’architecte a imaginé ces pied-à-terre mobiles dans les rues de Berlin. Au rez-de-chaussée : un coin-cuisine avec un réchaud à gaz portatif, une planche de bois faisant office de table et, sous celle-ci, une toilette et un trou pour l’évacuation de l’eau de la douche. 4 adultes peuvent y tenir debout. Sur le toit : une demi-coupole servant de chambre à coucher. Le tout placé sur roues. L’exemple est radical, mais il répond à une problématique réelle: il est de plus en plus difficile de se loger à un prix abordable dans les grandes villes, et encore plus dans les capitales, y compris en Belgique. Plus difficile parce que plus cher, notamment.

Selon Renaud Grégoire, notaire, le coût des immeubles résidentiels a doublé entre 1998 et 2008. « Si l’impact est différent selon les régions voire les communes ou le type de bien, le coefficient multiplicateur est quasi le même partout. Le marché commence à se stabiliser voire à stagner, mais il reste inaccessible pour beaucoup de ménages. »

Les causes sont multiples : la conjoncture économique, une euphorie boursière accompagnée d’une euphorie immobilière, des taux d’intérêt relativement bas, des prêts aisés mais aussi une augmentation du prix des matériaux de construction ou encore la croissance démographique.

Les prix à l’acquisitif grimpant, ceux du locatif ont suivi la même tendance. A Bruxelles, le loyer moyen serait ainsi passé de 571 à 649 euros entre 2004 et 2012 soit une hausse de 13,6%. « A Liège, estime Stephan Lux, de l’ASBL Habitat service, les loyers ont à mon avis doublé en 10 ans. » Et à Namur, analyse Philippe Defeyt, économiste, « après une augmentation importante, on observe depuis 2 ou 3 ans une stabilisation. Les gens se rendent compte qu’il vaut parfois mieux demander moins et avoir un bon locataire que demander trop et se retrouver avec des locataires ne payant pas leur loyer. » Il n’existe cependant pour l’instant aucune statistique à l’échelle de la Wallonie sur le sujet.

Dégradation des conditions de vie

Les salaires, eux, n’ont pas augmenté dans les mêmes proportions. Résultat : des personnes dans des situations de plus en plus précaires, des locataires qui ne parviennent pas à acheter, pis, qui ne parviennent plus à payer leur loyer, ou qui doivent se contenter de logements trop petits voire insalubres. « Pour mener une vie décente, il est admis qu’il faut dédier maximum 30% de son budget à sa maison. Pour beaucoup de Bruxellois, c’est impossible. Certains ménages voient jusqu’à 50, voire 60%, de leurs moyens partir dans leur habitation. Cela a des conséquences sur d’autres postes comme l’éducation ou la santé, » résume Ilham Bensaid, chargée de communication au Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat. Selon le RBDH, un Bruxellois sur 3 rencontre des difficultés pour se loger de manière décente et abordable. Les classes moyennes sont de plus en plus touchées.

Et la situation risque de ne pas s’améliorer. La population belge est appelée à augmenter de 25% entre 2010 et 2060. « On devrait compter 120.000 habitants supplémentaires à Bruxelles d’ici à 2020, et ce sont des personnes dont les revenus seront faibles à moyens. Il faudra bien les loger, » résume Ilham Bensaid.

Impuissance des pouvoirs publics

igloo2Les pouvoirs publics, ayant déjà du mal à répondre aux besoins actuels, ils ne pourront probablement pas apporter une solution complète au problème. Déjà aujourd’hui il y a environ 40.000 personnes en attente d’un logement social à Bruxelles et plus de 30.000 en Wallonie. « La durée de l’attente va de 7 à 8 ans pour les petits logements, c’est-à-dire des studios aux appartements 2 chambres. Elle tourne autour des 12 ans pour les logements de 3 chambres ou plus, » continue Ilham Bensaid. Et de poursuivre :«le logement public locatif, qui comprend les logements sociaux, mais pas uniquement, ne représente que 9% du parc immobilier bruxellois contre 17% du parc immobilier français et 35% du hollandais.» Philippe Defeyt, économiste, met cependant en garde: « Si on compte sur la construction de nouveaux logements sociaux classiques pour répondre à la crise du logement, on risque d’attendre longtemps. Ce système implique d’importants subsides et n’est pas viable. Si on pouvait construire des habitations à loyer modéré, qui sont de 15 à 20% moins chères que le prix du marché, alors que les logements sociaux sont environ 50% moins chers, cela aiderait déjà pas mal de gens et permettrait aux sociétés de logements d’atteindre un certain équilibre financier. »

Des idées émergent de toute part pour proposer des solutions. Parmi elles : l’auto-construction, les habitats légers, la colocation voire des squats organisés. Certaines de ces initiatives se heurtent cependant à une législation qui n’est pas prête à les accueillir. La simple colocation par exemple n’est pas envisageable pour ceux qui bénéficient d’allocations sociales. Passant du statut d’isolé à celui de cohabitant, les colocataires bénéficiant d’allocations sociales risquent en effet d’en perdre une partie. Bref, comme le souligne Philippe Defeyt, « beaucoup de choses se passent, mais cela va impliquer des innovations dans notre système juridique. »

Des réalités différentes selon les régions 

Si la problématique du logement existe dans les trois régions, les défis à relever et la situation des habitants diffèrent entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre.

On compte en Belgique 70% de propriétaire et 30% de locataires, mais lorsqu’on creuse un peu plus on constate qu’il y a 75% de propriétaires en Flandre, un peu moins de 70% en Wallonie et seulement 45% à Bruxelles. Quant aux logements sociaux, on en compte 39.000 à Bruxelles, et 40.000 personnes sur les listes d’attente, 147.000 en Flandre (107.000 personnes sur des listes d’attente) et un peu moins de 100.000 en Wallonie (38.000 personnes sur les listes d’attente). Enfin l’augmentation démographique attendue d’ici à 2060 est de 35% à Bruxelles, 23% en Flandre et 25% en Wallonie.


 

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Posted in: Economie, Société