A Bruxelles, un squat propose une solution royale à ses occupants

Posted on 23 janvier 2014 par

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Le « squat » est aussi une solution à la pénurie de logements. A Bruxelles, il commence même à être reconnue par les autorités. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 23 janvier 2014.

Entre la botanique et le parc royal, au milieu de cafés, hôtels et bureaux, se trouve le 123 rue royale. Une entrée un peu glauque occupée par des vélos et un ou deux meubles de récup. Un immense escalier en colimaçon reliant les 7 étages et dont les murs, entre street art et fresques murales, ont été décorés par les habitants. Des pièces à foison servent de chambres, d’ateliers, de cuisine ou de salles de réunion.

65 personnes âgées de 3 semaines à 60 ans occupent les lieux. Ils sont travailleurs, étudiants, chômeurs, sans-papiers ou encore ex-sans-abris. Comme tous les dimanches, une dizaine d’entre eux préparent la table d’hôte dominicale. « Nous ouvrons nos portes à tout le monde et le prix est libre, » explique Bart, assistant social et une des personnes à l’origine du 123. « L’idée est de créer la rencontre, d’échanger des idées autour d’un repas. Nous avons aussi plusieurs ateliers ouverts au public pendant la semaine, notamment vélo, couture et friperie. »

Les habitants du 123 ne sont pas des locataires comme les autres. Ce ne sont pas, ou plus, non plus des squatteurs. Ce sont, depuis plus de 6 ans des occupants temporaires : l’immeuble a été mis à leur disposition par le propriétaire, la Région wallonne, et une convention d’occupation temporaire (cf. encadré) a été conclue.

Revendications

« Certains types d’habitats peuvent être une forme de réinsertion. Le fait de tisser des liens fait qu’on reprend pied dans la société. La pauvreté n’est pas uniquement une question d’argent. C’est aussi une question de perte de tissu social. Tant que celui-ci n’est pas reconstitué, les aides financières tomberont dans le vide. Le partage de savoir, l’entraide sont aussi importants que les allocations financières. »
Nicolas Bernard, professeur et chercheur aux FUSL.

Tout a commencé en 2007. Deux groupes sont à la recherche d’un logement. Les habitants du Tagawa, un squat situé avenue Louise qui venait d’être expulsé d’une part. Des sans-abris et des personnes travaillant avec eux, dont Bart, de l’autre. Ils s’installent dans l’église de Gesu mais, un mois à peine après leur entrée dans les lieux, ils sont de nouveau expulsés. Afin de faire entendre leur voix et d’attirer l’attention des politiques sur la problématique du logement, ils décident d’occuper le parc du Botanique. « Notre plan était de faire du bruit autour de l’occupation du Botanique et ensuite de nous installer 123 rue Royale, vide depuis des années,» explique Bart. « Nous défendions, et défendons toujours, l’idée selon laquelle l’occupation d’immeubles abandonnés est une solution à la pénurie de logements. Il y a entre 15 et 30000 biens inoccupés à Bruxelles, sans compter les espaces de bureaux. Parallèlement, de plus en plus de personnes ont du mal à trouver un toit décent à un prix abordable.» Le groupe ne reste cependant qu’une seule nuit dans le parc. La Région Wallonne accepte quasi immédiatement l’occupation du 123. « On était à 15 jours des élections, c’était un moment stratégique,» sourit Reginald, un autre habitant. « En les laissant s’établir au 123, nous faisions d’une pierre deux coups, explique José Cordovil, porte-parole de Jean-Marc Nollet, ministre wallon du Logement. « Nous préservions le bien, prévenions les squats sauvages et apportions une solution, quoique temporaire et partielle, à la problématique du logement à Bruxelles. » La région évitait aussi l’amende sur les immeubles vacants -500 euros par mètre courant de façade multiplié par le nombre d’étages et d’années d’inoccupation.

Dès le lendemain, le groupe investit le bâtiment de la rue royale. Pour pouvoir conclure une convention d’occupation temporaire, il crée l’ASBL Woningen 123 Logement. Les papiers sont signés. Les travaux d’aménagement commencent. La plupart, comme l’installation de douches, la pose de cloisons ou des réparations en tout genre, sont réalisés par les habitants eux-mêmes, d’autres, par la Région wallonne. « Une partie du toit avait disparu. Le bâtiment avait été pillé à plusieurs reprises avant notre arrivée, » se souvient Bart. «Depuis, nous sommes passés par différentes phases. Il nous a fallu du temps pour nous organiser. Nous avons été jusqu’à 85 occupants et l’ambiance était… différente. Mais petit à petit, nous avons réussi à gagner la confiance de la Région wallonne. »

Source d’inspiration

Convention d’occupation temporaire

La convention d’occupation temporaire est nettement moins réglementée que le bail. Il s’agit d’un accord entre parties dont le contenu est libre, sauf s’il est contraire à l’ordre public ou aux bonnes moeurs.

Les signataires ne bénéficient donc pas des protections de la loi sur les baux. Le système permet cependant aux personnes dans le besoin de trouver un logement fut-ce provisoire et aux propriétaires de garder l’immeuble habité et entretenu ainsi que d’éviter les sanctions pour immeubles inoccupés.

Pas question cependant d’échapper à la loi sur les baux en faisant signer un tel document à des locataires. Le juge peut toujours requalifier le contrat s’il estime qu’il s’agit d’un bail déguisé.

Depuis, l’exemple a fait des petits. Des initiatives similaires, comme le collectif Leeggoed, ont vu le jour. Des communes ou sociétés bruxelloises, se retrouvant avec des habitations ne respectant plus les règles du code du logement mais restant relativement habitable, ont fait appel à Woningen 123 Logement pour qu’elle leur trouve des occupants provisoires. Comme il ne s’agit pas de contrats de bail mais de conventions d’occupation temporaire, les biens ne sont pas soumises aux règles du code du logement. «Les immeubles doivent par contre respecter les règles en matière de salubrité, d’hygiène et de sécurité, nuance Bart. Nous n’acceptons pas non plus n’importe quoi. Nous devons pouvoir occuper le bien pendant au moins 2 ans et les travaux à réaliser ne doivent pas être trop importants. Pour le reste, nous tenons à ce que la population soit mixte : sans papiers, travailleurs, familles, personnes seules, SDF,… » L’importance du communautaire varie selon les lieux. Elle est relativement grande au 123 rue royale, plus limitée ailleurs. « Nous avons pu éviter certains drames grâce au fait que nous vivions en collectivité. On a eu des résidents qui ont fait un infar ou une tentative de suicide et c’est parce que nous étions là et que avons pu réagir rapidement qu’ils s’en sont sortis, » murmure Bart. A l’heure actuelle, l’association regroupe une dizaine d’habitations hébergeant environ 160 personnes.

Reconnaissance légale

Le squat organisé commence aussi à trouver sa place dans les textes légaux. Il a ainsi été intégré dans le nouveau code bruxellois du logement entré en vigueur en juillet dernier. Les sociétés immobilières de service public peuvent dorénavant conclure des conventions d’occupation temporaire pour les logements sociaux qui restent vides parce qu’en attente d’être rénovés, ce qui peut prendre 10 ans.

« Le droit commence à récupérer la réalité. Plutôt que de lutter contre un phénomène, il l’encadre, analyse Vincent Bernard, professeur et chercheur aux Facultés Universitaires Saint Louis. Les pouvoirs publics ont démarginalisé l’expérience du squat estimant qu’il vaut mieux coopérer que réprimer. » Et Ilham Bensaid du Rassemblement bruxellois pour le droit au logement (RBDH), de préciser : « On soutient ce type d’initiative. Elles sont positives. Ce n’est cependant qu’une solution provisoire qui ne diminue en rien la nécessité d’avoir plus de logements à caractère social et une politique de logement cohérente. »

 « Immeuble inoccupé : Attention aux sanctions ». Voir article

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Posted in: Bxxl, Economie, Société