Chefs d’oeuvre de la peinture chinoise – 1200 ans d’histoire

Posted on 15 novembre 2013 par

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À Londres, dans la pénombre des salles du Victoria and Albert museum, 1200 ans de peinture chinoise s’offrent, splendides, aux visiteurs. Un article de Géraldine Vessière, L’Echo, 15 novembre 2013.

bodhisattva

Bodhisattva

Pour son exposition d’automne « Masterpieces of Chinese Painting », le Victoria and Albert museum nous fait voyager dans le temps. L’histoire qu’il nous raconte commence aux alentours de 700 après Jésus-Christ. Non parce que la peinture chinoise est apparue à cette époque, mais parce que peu d’oeuvres antérieures ont survécu. Pendant longtemps en Chine, les peintures n’étaient pas conçues pour être exposées de façon permanente. Objets de dévotion, parfois fragiles, elles étaient roulées, rangées dans un coffre et n’étaient sorties que de manière ponctuelle, pour quelques jours ou semaines, à l’occasion de cérémonies religieuses ou d’événements importants.

Beaucoup d’oeuvres ont aussi été détruites suite aux persécutions des bouddhistes au IXe siècle. Les premières qui nous sont parvenues sont dès lors principalement les peintures du Nord du pays, suffisamment loin du pouvoir central pour échapper à la persécution. Leurs auteurs, anonymes, les réalisaient sur soie, parfois sur chanvre, et n’hésitaient pas à utiliser la couleur pour donner corps au Bodhisattva et autres divinités. Quelques oeuvres non bouddhiques ont également subsisté comme la peinture « Les cinq planètes et les vingt-huit maisons  » considérée comme l’évocation la plus ancienne de l’astrologie chinoise.

Liang Lingzhan, Cinq planètes et 28 maisons (detail), dynastie Tang

Liang Lingzhan, Cinq planètes et 28 maisons (detail), dynastie Tang

Grandeur et détail

La persécution du bouddhisme, la fin de son âge d’or et l’avènement de la dynastie Song entraîneront un changement de style. À partir du Xe siècle, la cour impériale devient le centre de l’activité artistique. L’empereur lui-même s’adonne à la peinture et à la calligraphie. Les thèmes religieux disparaissent au profit de peintures de paysages. Les changements de saison, les scènes de montagnes et de rivières, la faune et la flore, figurent parmi les principales sources d’inspiration. Les détails abondent. La monochromie, ou en tout cas l’usage parcimonieux de couleurs, est préférée à la polychromie de l’ère précédente. L’usage de longs rouleaux de papier ou de soie se répand, permettant aux artistes d’illustrer la distance d’un objet ou d’un sujet, son importance mais aussi le passage du temps. Il n’est ainsi pas rare de voir une toile raconter l’histoire d’un personnage en le faisant apparaître à différents endroits de la fresque dans différentes situations.

« Paysage avec pavillon » de Yan Wengui, un rouleau de papier d’1,5 m de long dépeint un paysage de montagnes et de vallée. L’oeuvre mythique et au thème plus mythologique: « Neuf dragons », de Chen Rong, elle, représente sur 10 mètres de long neufs dragons bondissant et se débattant dans des tourbillons de nuages. Inspirée de la religion taoïste où le dragon symbolise les forces de la nature, elle est considérée comme une des oeuvres les plus anciennes et les plus raffinées sur le sujet.

Neuf dragons (détail)

Neuf dragons – Chen Rong (détail)

Bouleversement politique, bouleversement artistique

Le vent tourne à nouveau au XIIIe siècle, suite à l’invasion de la Chine par les Mongols. Pour la première fois, l’empire du milieu est occupé par une puissance étrangère et les artistes sont confrontés à un dilemme moral: vivre reclus et renoncer à tout soutien du pouvoir en place ou travailler pour la nouvelle dynastie Yuan.

De nombreux intellectuels optent pour la première solution. Ils se réfugient dans des monastères et subsistent grâce à des commandes privées. Ce petit groupe de prêtres et d’érudits va largement influencer l’art de l’époque. Excellant tant dans le domaine de la peinture que de la calligraphie et de la poésie, ils intègrent ces différentes disciplines dans leurs oeuvres. Les descriptions réalistes de la nature font place à une approche plus stylisée et poétique. L’utilisation de couleurs est austère et le coup de pinceau, puissant et expressif, se limite à l’essentiel. « Les deux patriarches harmonisant leur esprit », deux représentations d’homme d’âge mur méditant en est un exemple. Le visiteur ne pourra cependant voir qu’un des deux patriarches à la fois, ces pièces ne pouvant être exposées pendant plus de 6 semaines d’affilée.

Shi ke two chan - Patriarchs-harmonising-their-minds-13e siècle

Shi ke two chan – Patriarchs-harmonising-their-minds-13e siècle

Le monde de l’art revient sur les devants de la scène sous la dynastie Ming, entre 1400 et 1600, période de stabilité politique et de prospérité économique. Les commandes augmentent dans toutes les catégories de la population. La soie refait son apparition tout comme l’usage de pigments relativement chers. Les thèmes abordés vont de personnages romantiques à des épisodes historiques, des activités de la cour impériale aux représentations de jardins et de lieux célèbres en passant par des représentations nostalgiques du passé ou des illustrations d’animaux et de plantes. Un exemple est la série de peintures intitulées « Quatre plaisirs », représentant le ravissement dans la poursuite de… quatre plaisirs: la calligraphie, la peinture, la musique et les jeux.

Influence européenne

L’exposition se termine avec la période allant de 1600 à 1900. Elle est marquée par deux grandes évolutions. D’un côté, une compétition accrue, entre peintres contemporains mais aussi entre peintres contemporains et grands maîtres du passé, qui a amené les jeunes artistes à essayer d’imiter, de revisiter voire de dépasser les Maîtres. De l’autre côté, l’exposition des Chinois à la peinture européenne. À partir du XVIIe, l’art occidental et ses techniques de la perspective et du clair-obscur acquièrent une importance croissante en Chine. Ces méthodes sont intégrées dans les oeuvres, comme en témoigne « Prospère Suzhou » un rouleau de plus de 12 mètres de long commandité par l’empereur Qianlong pour témoigner de la richesse de la Cité.

L’histoire racontée s’arrête en 1900. Le visiteur devra trouver d’autres sources pour comprendre la manière dont l’art chinois a évolué au XXe siècle: modernisation, avènement de la République populaire de Chine, révolution culturelle et domination du Réalisme social, art de propagande imposé par Mao Zedong, développement de l’art contemporain à partir de 1979… Les commissaires n’ont pas voulu se perdre dans cette diversité de styles, d’inspirations et de techniques. Il n’en ressort pas moins une très belle exposition cohérente et se suffisant à elle-même de par la richesse, la beauté et la rareté des oeuvres présentées.

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Masterpieces of Chinese Painting 700 – 1900, Victoria and Albert Museum, Londres, jusqu’au 19 janvier 2014.

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