Klee dans tous ses états

Posted on 17 octobre 2013 par

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La Tate Modern de Londres dédie son exposition d’automne à l’artiste Paul Klee. Un exposition riche et inspirante qui se veut un plaidoyer pour l’art abstrait contemporain. Un article de Géraldine Vessière, L’Echo, 17 octobre 2013.

Paul Klee, 1911

Paul Klee, 1911, image prise par Alexander Eliasberg (1878–1924)

Dès 1911, Klee entreprend de répertorier soigneusement ses créations. Il les numérote par année, regroupant les toiles sur lesquelles il a travaillé en parallèle. Il ne reprend cependant que les tableaux qu’il considère comme importants dans l’exploration de son développement artistique, réalisant plus un compte rendu de son cheminement créatif qu’une classification chronologique de ses oeuvres.
Ses expositions recouraient à la même classification et dévoilaient de la sorte des toiles, parfois hétéroclites, montrant la richesse de son questionnement. Pour l’exposition « Paul Klee: Making visible » de la Tate Modern, les commissaires ont opté pour la même approche au travers de 130 dessins, aquarelles, peintures et gravures.

Né en 1879 à Berne d’une famille de musiciens, Paul Klee était un violoniste professionnel. Il cependant rapidement préféré le crayon à l’archet et délaissé la Suisse pour Munich afin d’y étudier et d’y exercer son art.

Exploration

Comedy, 1921, Tate Modern

Comedy, 1921, Tate Modern

Klee explore ainsi le cubisme au contact des oeuvres de Picasso, Braque et Matisse. Il découvre la couleur grâce à ses rencontres avec Robert Delaunay et Wassily Kandinsky, mais aussi, voire surtout, lors de son voyage en Tunisie. « La couleur me possède », écrit-il à ce sujet. « Je ne dois pas la poursuivre. Elle me possédera toujours. Je le sais. C’est le sens de ce joyeux moment: la couleur et moi sommes un, et je suis un peintre. » Il se noie dans l’abstraction, en opposition aux horreurs de la Première Guerre mondiale. « On déserte le royaume de l’ici et maintenant pour transférer son activité dans le royaume du là-bas. Plus horrible est ce monde, plus abstrait est notre art. »

Il explore le constructivisme en peignant des déclinaisons de carrés colorés, sans pour autant imiter le côté rectiligne et géométrique du genre. Il joue avec le pointillisme, développe avec « Fruits suspendus » ou « L’aventure d’une jeune femme » une méthode de dégradé, superposant graduellement deux couleurs afin de progressivement passer de l’une à l’autre, il expérimente la vaporisation d’aquarelle liquide sur de l’encre, confrontant la rigidité du second et l’imprédictabilité du premier, ou encore il conçoit un système de transfert de peinture à l’huile mêlé à de l’aquarelle.

Réflexion

Fire in the Evening, 1929, Museum of Modern Art

Fire in the Evening, 1929, Museum of Modern Art

Klee était un peintre, un musicien, mais aussi un théoricien. Il rejoint en 1911 le groupe d’artistes Le cavalier bleu, fondé par Wassily Kandinsky, Franz Marc et August Macke. En 1920, il intègre le corps professoral du Bauhaus et écrit plusieurs essais et traités, dont « Confession créatrice et Théorie de l’art moderne ». En 1931, il quitte Bauhaus pour un poste de professeur à l’académie de Dusseldorf. La montée du nazisme, la qualification des oeuvres de Klee de dégénérées, à l’instar de celles de nombreux de ses homologues, et l’impossibilité d’enseigner pour raisons politiques, forcent l’artiste et sa famille à s’installer en Suisse en 1933. Il continuera à peindre, réalisant de nouvelles versions de ses oeuvres anciennes, réexplorant le pointillisme et les constructions géométriques, travaillant sur des formats plus grands que par le passé. Mais la santé de l’artiste décline. Atteint d’une maladie dégénérative, il ne peut bientôt plus jouer du violon. Il s’accroche cependant à son pinceau et fait preuve d’une étonnante productivité les trois dernières années de sa vie, jusqu’à quelques mois avant sa mort en 1940.

Dans « Creative Confession », Paul Klee écrivait « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », établissant un plaidoyer pour l’art abstrait. L’exposition « Paul Klee: Making visible » de la Tate, rend visible la manière de penser de l’artiste, sa manière de structurer et de concevoir son oeuvre voire sa conception de l’art. Elle ouvre une petite porte sur l’âme de l’artiste et dévoile une oeuvre impressionnante et inspirante, oscillant constamment entre narration et abstraction.

« Paul Klee: Making visible », Tate Modern, 16 octobre 2013 – 9 mars 2014, £15

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Posted in: Culture