Du 19e au 21e siècle – La monnaie, une illusion ?

Posted on 17 août 2013 par

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La monnaie va profondément changer au 19e, mais surtout au 20e siècle où elle perd sa valeur intrinsèque et se dématérialise. Un article de Géraldine Vessière, Le soir, 17-18 août 2013.

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Leopold I par Franz Winterhalter

Leopold I par Franz Winterhalter

Milieu du 19e siècle. La jeune Belgique se construit. Elle choisit son Roi, Léopold Ier, et sa monnaie, le franc. Mais comme elle ne peut répondre immédiatement à la demande de devises belges, elle continue pendant un certain temps à accepter sur son territoire des espèces étrangères, notamment françaises, anglaises et hollandaises.

C’est à cette période que l’idée « un pays, une monnaie » s’impose un peu partout en Europe. Les monnaies nationales acquièrent l’exclusivité de circulation sur leur territoire. Seules les unions monétaires feront exception à ce principe. Pendant l’Union latine par exemple, entre 1865 et la première guerre mondiale, les monnaies belges, françaises, italiennes, suisses et grecques ont la même valeur et peuvent circuler librement d’un pays à l’autre. Et à partir de 1922, après la création de l’Union économique belgo-luxembourgeoise, le franc belge et le franc luxembourgeois sont sur pied d’égalité.

La confiance plutôt que l’or

La monnaie va aussi se fiduciariser de plus en plus. Pendant des siècles, sa valeur a été déterminée, du moins en grande partie, par celle du métal qui la constituait, comme l’or ou l’argent. Et si les pièces s’échangeaient pour un prix inférieur à celui de leur support métallique, les populations n’hésitaient pas à les thésauriser ou à les fondre. Aujourd’hui, si la production d’une pièce d’un ou deux cents coûte un peu plus qu’un eurocent, plus personne ne s’avancera à la fondre pour récupérer la valeur du métal. Quant aux autres pièces, la valeur réelle est bien inférieure à leur valeur nominale.

Harry Dexter White (à gauche) et John Maynard Keynes en 1946. Ils furent les deux protagonistes principaux de la conférence tenue à Bretton Woods.

Harry Dexter White (à gauche) et John Maynard Keynes en 1946. Ils furent les deux protagonistes principaux de la conférence tenue à Bretton Woods.

L’abstraction de la monnaie ne va cependant s’imposer que progressivement. Au début, sa valeur est encore définie par référence à un poids en or, c’est ce qu’on appelle l’étalon-or. Ce qui permet d’avoir un taux de change fixe. Plus tard, sa valeur sera définie par référence à un étalon change-or, à savoir par rapport à un certain nombre de devises convertibles en or. Après la Seconde Guerre mondiale et les accords de Bretton Woods (1944), ces devises seront réduites à une : le dollar. Le billet vert devient LA monnaie de réserve et remplace l’or dans les transactions internationales mais les Etats-Unis s’engagent à l’échanger contre de l’or à tout moment. Le système ne tient cependant qu’un peu moins de 30 ans. Au début des années 70, les Etats-Unis ne sont plus à même de respecter leurs engagements et le système s’effondre. A partir de ce moment-là, les monnaies ne sont plus définies par rapport à l’or. Elles dépendent du marché et de la confiance de ses acteurs. Le taux de change est devenu flottant.

Union monétaire

La faillite de l’étalon de change-or provoque différentes crises, dont la crise pétrolière des années 70. Elle rend également plus difficile l’intégration économique européenne, en cours depuis les années 50. La multiplicité des monnaies complique la vie des entreprises : elles doivent se prémunir contre le risque de change, gérer des trésoreries multidevises ou encore comparer des prix dans des monnaies différentes. Sans compter que certains pays adoptent des politiques de dévaluations compétitives qui viennent fausser la concurrence, une monnaie plus faible favorisant les exportations. Pour stabiliser les taux en

Station essence abandonnée pendant la crise et reconvertie en centre de prosélytisme.

Station essence abandonnée pendant la crise pétrolière des années 70.

Europe, on crée d’abord l’ECU et le système monétaire européen en 1979, mais celui-ci éclate au début des années ’90. L’Union économique et monétaire de l’Union européenne lui succède en 1990. Neuf ans plus tard, l’euro est introduit officiellement dans 11 pays, sous forme scripturale (virement, compte en banque) d’abord et, sous forme de pièces et de billets 11 ans plus tard, en 2002.

Dématérialisation

Non seulement la monnaie n’est plus liée à un objet qui a de la valeur, mais elle tend aussi à se libérer de toute référence matérielle. A partir de l’après-guerre et des golden sixties, la monnaie scripturale, monnaie qui nait d’un jeu d’écritures, va se développer. A l’époque, l’Europe se reconstruit, l’économie se mondialise, la société de consommation se développe, le revenu de la population active augmente. «Le pouvoir d’achat des ménages et leur capacité à économiser étant renforcés, les comptes en banque vont se multiplier, explique Marianne Danneel, conservatrice du musée de la Banque Nationale de Belgique. On assiste à une véritable bataille commerciale entre les banques pour encourager les Belges à ouvrir un compte. Les entreprises y contribuent en incitant leur personnel à accepter le paiement de leur salaire sur un compte et non plus de la main à la main.” Le chèque se généralise.

Le compte 3-7-2 et L’IBAN

La structure uniforme de compte est introduite en Belgique dès 1970, le royaume étant pionnier en la matière.Elle est composée de 3 séries de chiffres : les 3 premiers permettent d’identifier la banque, les 7 suivants constituent le véritable numéro du compte au sein de la banque et les 2 derniers chiffres servent à vérifier la validité de l’ensemble et donc l’absence d’erreur dans le numéro.L’IBAN, qui a remplacé notre numéro de compte traditionnel, reprend ce dernier précédé de BE, le code du pays, et de deux chiffres qui sont un numéro de contrôle.

En Belgique, La Générale de banque installe ses premiers distributeurs de billets automatiques en 1968. Deux ans plus tard, la structure uniforme du numéro de compte avec un format de 3, 7 et 2 chiffres (cf. encadré) est introduite à l’échelle nationale et le premier paiement électronique a lieu en 1980, d’abord aux stations d’essence et ensuite dans la grande distribution. Il faudra par contre attendre la fin des années 80 et l’arrivée de Visa sur le marché belge pour que la carte de crédit se démocratise. Selon Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, si en 1965 la monnaie fiduciaire, tels les billets, était encore un peu plus utilisée que la monnaie scripturale (chèques, virements et autres), en 2001, la deuxième représentait 9/10e des transactions. Aujourd’hui, les acteurs du secteur de la finance investissent dans de nouvelles technologies, dont le paiement par carte sans introduction de code ou le paiement par téléphone portable (cf.article).

Monnaies virtuelles

Depuis une dizaine d’années, on voit également émerger des monnaies virtuelles, à savoir des monnaies numériques n’ayant aucune forme physique, non régulées par un organisme officiel, émises et contrôlées par ses développeurs, et utilisées par les membres d’une communauté déterminée. Ce phénomène se développe dans les jeux en ligne, comme War of Warcraft ou Second Life, ou encore dans les réseaux sociaux, comme Facebook. Le réseau social y trouve un moyen de se positionner comme intermédiaire entre les éditeurs d’applications et les internautes, mais aussi de s’enrichir, vu qu’il perçoit une commission sur les transactions.

Le Bitcoin dont on entend beaucoup parler, est un autre exemple. « Il s’agit d’une devise à part entière qui n’est contrôlée par aucun organisme monétaire, » explique Axelle Waterkeyn, de la Banque Nationale de Belgique. « Il est autorégulé ». Le système pensé dès 1999 a été lancé en 2009 par une personne répondant au pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Il inquiète les autorités car il pourrait faciliter des opérations de blanchiment d’argent et de financement d’activités criminelles, ses utilisateurs gardant l’anonymat. Axelle Waterkeyn de préciser : « Ces monnaies virtuelles restent toutefois marginales pour l’instant. »

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Renaissance et
temps modernes 
La monnaie,
à quoi ça sert?
1830 Indépendance de la Belgique

1850 Création de la Banque Nationale

1865 –1927 Union latine

1914-18 Première guerre mondiale

1922 Union économique belgo-luxembourgeois

1929 – 45 Grande dépression

1940-45 Seconde Guerre mondiale

1944 Accords de Bretton Woods

1945 Création de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international

années ’60 Golden sixties

1971 Fin de la convertibilité du dollar en or et de l’étalon échange-or

1979 Création du système monétaire européen

1990 Mise en œuvre de l’Union économique et monétaire de l’UE

1993 Fin du système monétaire européen

1999 Introduction scripturale de l’euro

2002 Introduction des pièces et billets en euro

2007-2008 Crise des subprimes

2010 Crise de la dette

 

La Lydie et la Grèce antique Sparte: non à l’esprit mercantile A quoi sert l’argent?
La Rome antique Chercheur d’or La banque
Le Moyen-Age Un Plat Pays étincelant Le prêt à intérêt
Du 15e au 18e siècle Expressions d’argent Le billet de banque
Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
que cela veut dire?
Le téléphone portable

 

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Posted in: Economie