Le billet de banque, des débuts cahotiques

Posted on 16 août 2013 par

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Comment un simple bout de papier peut-il valoir de l’argent ? S’il est banal aujourd’hui d’avoir des billets de banque dans son portefeuille, on peut se demander comment, de l’or et de l’argent, deux métaux ayant une valeur intrinsèque, on est passé, pour financer nos achats, à un document qui n’a de valeur que parce qu’elle est décrétée. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 14 août 2013.

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Premier billet de banque - Suède - 17e siècle

Premier billet de banque – Suède – 17e siècle

Si la première monnaie papier serait apparu en Chine dès le 6e siècle, il faudra encore attendre 1000 ans pour voir une forme de billet de banque poindre le bout de son nez en Europe.

Au Moyen-Age, les banquiers ont bien créé la note de crédit et la lettre de change* afin de faciliter les échanges internationaux et contourner, par un habile jeu sur les taux de change, l’interdit du prêt à intérêt. Le système reste cependant limité aux marchands et aux banquiers et leur émission implique une contrepartie : le dépôt d’or ou d’argent voire l’existence d’une dette.

Le cas suédois

Le premier billet de banque, défini comme un document imprimé mentionnant un montant fixe, sans référence à un dépôt, payable à vue et garanti par une institution qui a le statut de banque centrale, apparaît au 17e siècle. La Banque de Stockholm, en Suède, est une des premières à tenter l’expérience. Il faut dire que sa monnaie, le daler, était tout sauf pratique : une plaque de cuivre de 30 sur 70cm et pesant près de 20 kilos. Difficile de trouver un portefeuille suffisamment grand pour l’héberger. De plus, à l’époque, la situation financière de la Suède est exsangue. Le mode de vie des rois et les guerres menées contre les voisins ont mis le trésor à sec.

C’est dans ce contexte qu’apparaît Johan Palmstruch, un Hollandais qui a fui les Pays-Bas après avoir été accusé d’espionnage économique. Il est convaincu que la monnaie papier est le futur. Après plusieurs années de lobbying, il obtient en 1657 l’autorisation de fonder la banque de Stockholm et d’émettre des billets de banque. Dans un premier temps, la population réagit positivement à l’initiative. Les billets sont plus pratiques que les plaques de cuivre. Le problème est que la banque ne tient pas une comptabilité très rigoureuse. Elle imprime trop de billets sans contrepartie métallique. Les clients perdent confiance, se ruent vers l’institution pour se faire rembourser. L’établissement n’a pas suffisamment de réserve et, 11 ans après sa création, il fait faillite. Palmstruch est condamné à mort. Sa peine est par la suite commuée en une peine de prison.

Law hors la loi

John Law

John Law

Un événement similaire se déroule, 50 ans plus tard, en France. Fils de banquier écossais et joueur invétéré, John Law fuit l’Angleterre après avoir tué son rival lors d’un duel. Pendant 10 ans, il essaye de persuader les souverains de Hollande et de France de créer une banque centrale qui émettrait des billets de banque. Il est convaincu que la création de monnaie papier est un bon moyen de stimuler l’économie et qu’elle est préférable à la monnaie métallique, pour autant qu’elle soit garantie par des terres, de l’or ou de l’argent. Ses théories ne convainquent pas en Hollande. Elles sont aussi plusieurs fois rejetées par Louis XIV. Mais à la mort du Roi-Soleil, les caisses de l’Etat, asséchées par les guerres, sont vides, la France est dans une situation économique et financière désastreuse et le régent, Philippe d’Orléans, se laisse convaincre. Il nomme John Law contrôleur général des finances et crée la Banque Générale en 1716 avec comme mission d’émettre des billets garantis par la couronne. Dans un premier temps, le système est accueilli avec enthousiasme. L’Europe est à la veille de la révolution industrielle. Marchands, entrepreneurs et hommes d’affaires ont besoin de davantage de monnaies et les arrivages en or et en argent diminuent. L’adoption du billet comme monnaie permet au roi d’injecter du liquide dans l’économie sans être limité par la quantité de métal disponible. Mais, comme pour Palmstruch, la banque émet trop de papier par rapport aux garanties dont elle dispose, la confiance de la population disparaît, la banque fait faillite et John Law se réfugie à Venise.

Malgré ces deux échecs retentissants, les billets de banque vont continuer à se répandre aux 18e et 19e siècles. Ils répondent aux besoins économiques de l’époque. Ils permettent aussi de financer les révolutions qui vont éclater à la fin du 18e. Il leur faudra cependant du temps pour acquérir la confiance de la population. Emis dans un premier temps par des banques privées, ils deviendront par la suite l’apanage des banques centrales.

C’est notamment le cas en Belgique. Durant la première moitié du 19e siècle, plusieurs banques privées, dont la Société Générale, émettent des billets de banque. Le problème est que les institutions financières ne reconnaissent pas les billets émis par leurs rivales, que les citoyens n’ont pas une grande confiance dans ces moyens de paiement et surtout qu’ils portent sur des sommes très élevées – 1000, 500, 100, 50 et 40 francs- alors que le salaire journalier moyen d’un ouvrier se situait entre 50 centimes et 2,5 francs. La Banque Nationale de Belgique, fondée en 1850, obtiendra un droit d’émission exclusif et les autres billets vont disparaître de la circulation.

Au 20e siècle, la forme des billets va évoluer et leurs techniques d’impression vont se développer afin de les rendre plus difficilement falsifiables.

 

Histoire du prêt
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Le téléphone
portable

 

 

 

 

* La lettre de change est un écrit par lequel une personne, dénommée tireur, donne à un débiteur, appelé tiré, l’ordre de payer à l’échéance fixée, une certaine somme à une troisième personne appelée bénéficiaire ou porteur. Elle est notamment utilisée comme moyen de paiement, souvent dans un pays étranger : par l’intermédiaire des banques, elle permettait dès le Moyen Âge, de payer dans la monnaie du pays (d’où le nom de lettre de « change »). (source: wikipedia)

 

 

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Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
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Posted in: Economie