Le prêt à intérêt: interdit mais pratiqué

Posted on 14 août 2013 par

0


L’idée de financer l’achat d’une maison ou d’une voiture à l’aide d’un emprunt est aujourd’hui largement répandue. Il n’en a cependant pas toujours été ainsi. Le sujet a suscité au travers des âges de nombreux débats auxquels se sont mêlés philosophes, théologiens et économistes. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 14 août 2013.

Retour au
menu principa
l

 

Le Prêteur et sa femme - Quentin Metsys - 1514

Le Prêteur et sa femme – Quentin Metsys – 1514

Le prêt à intérêt se pratiquait déjà en Mésopotamie en 1800 avant notre ère. L’argent devait produire de l’argent, comme les grains de blé du blé. La Grèce et la Rome antique ont aussi largement recouru à cette pratique. « A Rome, le prêt à intérêt a probablement été interdit quelques dizaines d’années, à la fin du 4e siècle avant J.-C, explique Jean Andreau. Il était considéré comme immoral et comme créant une trop grande inégalité entre citoyens. Cette interdiction est cependant vite tombée en désuétude. » Contrairement aux Grecs, les Romains réglementent toutefois le taux de l’intérêt. Ils fixent notamment un maximum qui en général tournait autour des 1% par mois et de 12% par an.

Interdit

Au Moyen-Age, le prêt à intérêt, ou usure, les deux termes étant utilisés indistinctement, est interdit. Il est considéré comme contraire aux lois divines. La Bilbe ne dit-elle pas dans l’Ancien Testament : «Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, intérêt d’argent ou intérêt de nourriture, de toute chose qui se prête à intérêt »? et Luc n’enjoint-il pas dans le Nouveau Testament de prêter « sans rien espérer » ?  Au début du 9e siècle, Charlemagne étendra cet interdit au monde laïque.

Il y a cependant une grande différence entre la théorie et la pratique. Au quotidien, le prêt est largement répandu. Les premiers prêteurs sont les Syriens et les Juifs. Ce sont les seuls qui peuvent échapper à l’interdit religieux. L’Ancien Testament précise en effet « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère. » Ils seront cependant régulièrement persécutés par les rois de France, spoliés de leurs biens et expulsés avant d’être rappelés plusieurs années plus tard en réponse au mécontentement de la population ne pouvant plus accéder au crédit.

Avec la reprise de l’économie, le recours à l’emprunt augmente. A partir du 10e siècle, le commerce se développe et les marchands, clergés et nobles ont besoin d’importantes sommes d’argent pour mener à bien leurs entreprises, expéditions, guerres ou croisades.

Dès le 11e, 12e siècle, les banquiers Lombards, les Cahorsins, de Cahors, ou encore les riches marchands se lancent dans des activités de crédit. Ils développent des procédés judicieux, comme la lettre de change*, pour contourner l’interdit de l’usure. Ils prêtent aussi dans des proportions bien plus importantes que les juifs. Une hiérarchie s’établit entre les prêteurs : les juifs pour les pauvres, les bourgeois chrétiens pour les moins pauvres, les Italiens et les Cahorsins pour les riches, les Florentins pour les très riches.

Autorisation

Jean Calvin

Jean Calvin

Le développement économique et la réforme protestante auront finalement raison des résistances de l’Eglise. Les protestants sont de fait plus souples que les catholiques sur le sujet. Pour le théologien Jean Calvin, il faut distinguer le prêt d’assistance, qui a pour objectif de venir en aide au prochain et qui est gratuit, et le prêt de production, qui vise à obtenir un capital nécessaire pour créer une nouvelle activité et qui peut être payant, moyennant le respect de certaines règles. Calvin estime en effet normal que le débiteur alloue une part de son gain à celui qui lui a permis, en lui prêtant de l’argent, de le réaliser. L’Eglise finit par légitimer l’intérêt en 1515. La pratique se propage alors rapidement tant dans les zones d’obédience calviniste comme Genève, les Pays-Bas et l’Angleterre, que dans des États catholiques comme Venise et le Portugal.

L’acceptation du prêt à intérêt va se poursuivre au cours de la renaissance et des temps modernes.

Aujourd’hui, le crédit en contrepartie d’un intérêt est accepté dans nos sociétés occidentales. Il est cependant soigneusement réglementé. Une distinction est en outre née entre l’intérêt et l’usure. Le premier est autorisé et le second, considéré comme un prêt à taux prohibitif, est condamné.

Plus à l’Est par contre, dans la finance islamique, le prêt à intérêt est toujours interdit. La finance islamique a cependant développé des produits alternatifs pour permettre d’arriver au même résultat.

 

Histoire de
la banque
Naissance du billet
de banque

 

 

 

** La lettre de change est un écrit par lequel une personne, dénommée tireur, donne à un débiteur, appelé tiré, l’ordre de payer à l’échéance fixée, une certaine somme à une troisième personne appelée bénéficiaire ou porteur. Elle est notamment utilisée comme moyen de paiement, souvent dans un pays étranger : par l’intermédiaire des banques, elle permettait dès le Moyen Âge, de payer dans la monnaie du pays (d’où le nom de lettre de « change »). (source: wikipedia)

 

La Lydie et la Grèce antique Sparte: non à l’esprit mercantile A quoi sert l’argent?
La Rome antique Chercheur d’or La banque
Le Moyen-Age Un Plat Pays étincelant Le prêt à intérêt
Du 15e au 18e siècle Expressions d’argent Le billet de banque
Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
que cela veut dire?
Le téléphone portable

 

Publicités
Posted in: Economie