Le Moyen-Age: déclin et renouveau de la monnaie

Posted on 14 août 2013 par

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Au début du Moyen-Age, l’activité économique ralentit et les pièces deviennent une exception. Il faudra attendre le 11e siècle pour que l’économie reprenne, apportant des développements qui se poursuivront dans les temps modernes. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 14 août 2013.

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Clovis, roi des Francs, par François-Louis_Dejuinne_(1786-1844)

Clovis, roi des Francs, par François-Louis_Dejuinne_(1786-1844)

L’Empire romain d’Occident n’est plus. Les Vandales, Huns et autres barbares ont tout saccagé sur leur passage. Villas et chaussées romaines sont en ruine. Les rois Francs, peuple germanique aux us et coutumes loin du raffinement latin, s’installent sur le territoire qui sera par la suite la Belgique, les Pays-Bas, la France, et l’Allemagne. L’un d’eux est Clovis, roi ambitieux, arrivé sur le trône en 482, à peine âgé de 15 ans. Guerrier assoiffé de conquêtes, il unifie la quasi-totalité de la Gaule au début du 5e siècle. Il fonde ainsi la dynastie des Mérovingiens qui règnera pendant plus de deux siècles.

Au cours de cette période, les systèmes monétaire et économique se métamorphosent. Alors qu’à l’Est, dans l’Empire byzantin, les pièces continuent à être frappées et servent même de référence dans tout le Moyen-Orient, la monnaie devient presque anecdotique dans l’Empire déchu d’Occident.

Les sources d’approvisionnement en or et en argent se tarissent, l’économie se déplace des centres urbains vers les campagnes, le commerce ralentit. Féodalité, autarcie et échanges en nature deviennent la règle, le recours aux monnaies métalliques l’exception.

Les pièces romaines sont encore utilisées pendant un certain temps, mais elles disparaissent progressivement de la circulation pour aller enrichir les trésors des nobles et des ecclésiastiques. Quant aux quelques pièces que les rois continuent à frapper, elles sont en or, elles n’ont donc d’intérêt que pour les grosses transactions, et servent à payer les dettes des souverains, faire des cadeaux royaux ou financer les armées.

Le système monétaire évolue aussi en fonction de la force ou de la faiblesse des rois. La perte de pouvoir de la dynastie mérovingienne aux 7e et 8e siècles, en proie à des luttes de succession, permettra ainsi aux nobles et au clergé de produire leur propre monnaie.

Tentative d’uniformisation

Charlemagne par Albrecht Dürer - 1512

Charlemagne par Albrecht Dürer – 1512

Face à la défaillance des rois mérovingiens, Pépin Le Bref n’a aucun problème à prendre le pouvoir en 751. Les deux premiers Carolingiens, Pépin et Charlemagne, entreprennent d’unifier le royaume et de redresser le système monétaire. Le monnayage devient une compétence royale exclusive, la monnaie est uniformisée et ses caractéristiques, tels le poids et la contenance en métal, sont réglementées. S’inspirant du modèle romain, ils créent la livre et le denier d’argent. Une équivalence s’établit : 12 deniers valent 1 sou, et 20 sous valent 1 livre française ou 240 deniers. En pratique cependant, seul le denier circule, le sou et la livre sont utilisés comme monnaie de compte, à savoir un moyen de déterminer le prix d’autres biens. Afin de soutenir le développement du commerce émergeant, de plus petites dénominations sont également produites.

« Charlemagne met aussi en circulation des pièces plus larges arborant son nom et souvent le nom de l’endroit d’où elles sont émises, raconte Gareth Williams, spécialiste de la monnaie du haut Moyen-Age au British Museum. Il les utilise pour affirmer son autorité. La pièce étant portative, elle est une forme de média de masse efficace à l’époque.» Tout comme elle l’était sous les empires macédonien et romain, Philippe II, Alexandre le Grand, César et ses successeurs ayant adopté la même stratégie.

Multiplication des monnaies

Denier de Charlemagne (812-814)

Denier de Charlemagne (812-814)

Vers le 10e siècle, l’empire laissé par Charlemagne décline. Incursions vikings et arabes, querelles entre héritiers, perte de valeur de la monnaie entraineront la fin de l’ère carolingienne. Cette faiblesse du pouvoir permet aux comtés et principautés, notamment de Flandre, Brabant, Liège ou du Hainaut, d’acquérir de l’importance. Recevants, entre autres, le droit de frapper monnaie, ils créent leurs propres pièces, apportant une réponse aux besoins de l’économie naissante. A l’époque, le commerce et l’industrie prennent leur essor, la population croit, des villes se créent, des ports s’ouvrent et il faut plus de pièces en circulation. La monnaie se propage. Elle commence aussi à être utilisée dans toutes les catégories de la population.

Mais voilà qu’au 12e siècle, les rois français commencent à regarder cette évolution avec inquiétude. La monnaie métallique confère un pouvoir à celui qui la possède, et les rois sont en partie exclus de ce bénéfice. Ils vont dès lors reprendre progressivement le contrôle de la production monétaire, limitant les monnaies féodales au territoire de leurs émetteurs.

Age d’or

Le cordonnier au Moyen-Age

Le cordonnier au Moyen-Age

L’économie et le commerce continuent à se développer. Les marchands font des affaires dans toute l’Europe, la fonction de banquiers se répand, l’ancêtre du billet de banque, la lettre de change*, va apparaître et de nouvelles pièces vont être créées. Les villes italiennes de Florence, Venise et Gênes donnent le ton. Elles lancent le grosso, une pièce d’argent valant 12 deniers. Elles réintroduisent également l’or dans le système monétaire avec notamment le florin à Florence, le genovino à Gênes ou le ducat vénitien. En France, Saint Louis entame une vaste réforme monétaire à son retour de croisade, en 1263. Il crée l’écu, première pièce d’or depuis les Mérovingiens, mais qui, vu son coût, est réservée à quelques dignitaires. Il introduit aussi en 1266 le Gros tournois. En Flandre, une imitation de la monnaie anglaise est créée, le double esterlin, afin de favoriser le commerce avec l’Angleterre. Les monnaies françaises se déclinent aussi dans les territoires des vassaux. On verra ainsi apparaître le Gros de Flandre. « Les pièces d’or vont se multiplier. Leur nom est souvent inspiré de l’image qu’elles arborent : un mouton pour les moutons d’or, une couronne royale pour la couronne, un écusson pour les écus ou encore un lion pour le lion d’or du Brabant, » explique Hannes Lowagie, du cabinet des médailles de la Bibliothèque royale de Belgique. Exploitant une idée vieille de plus de 2000 ans, les rois et leurs vassaux jouent aussi sur l’écart entre la valeur du métal et la dénomination de la pièce pour s’enrichir.

Le 14e siècle sera traversé par de graves crises dont l’épidémie de peste et la guerre de 100 ans. Le commerce ralentit, le système monétaire s’affaiblit, les sources d’or et d’argent s’épuisent, les mines se tarissant. Il faudra attendre le milieu du siècle suivant pour que l’Europe sorte de cette période morose. Au 15e siècle, l’économie redémarre doucement, les grandes familles de banquiers prennent de plus en plus d’importances. Les Médicis à Florence, les Fugger et les Welser à Augsbourg sont à la tête d’un réseau d’affaires international. L’essor va se poursuivre avec la Renaissance.

Lire l’article sur la Flandre au Moyen-Age: centre commercial incontournable et première place boursière

Lire les articles sur l’histoire de la banque et du prêt à intérêt.

La Rome antique
Renaissance et temps modernes 

481 Clovis devient roi

500-511 Unification du royaume francs et création de la dynastie des Mérovingiens

752 Prise du pouvoir par Pépin Le Bref. Début de la dynastie Carolingienne

768 Charlemagne est sacré roi des Francs

987 Election d’Hugues Capet. Dynastie capétienne

1000 Développement de la féodalité

1095 1ere croisade

1337-1453 Guerre de 100 ans

1453 Prise de Constantinople par les musulmans

1492 Découverte de l’Amérique par Christophe Colomb

 

* La lettre de change est un écrit par lequel une personne, dénommée tireur, donne à un débiteur, appelé tiré, l’ordre de payer à l’échéance fixée, une certaine somme à une troisième personne appelée bénéficiaire ou porteur. Elle est notamment utilisée comme moyen de paiement, souvent dans un pays étranger : par l’intermédiaire des banques, elle permettait dès le Moyen Âge, de payer dans la monnaie du pays (d’où le nom de lettre de « change »). (source: wikipedia)

 

La Lydie et la Grèce antique Sparte: non à l’esprit mercantile A quoi sert l’argent?
La Rome antique Chercheur d’or La banque
Le Moyen-Age Un Plat Pays étincelant Le prêt à intérêt
Du 15e au 18e siècle Expressions d’argent Le billet de banque
Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
que cela veut dire?
Le téléphone portable

 

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