Conquêtes, corruption et inflation sous la Rome antique

Posted on 12 août 2013 par

0


Alors que la Grèce adoptait avec enthousiasme l’idée d’une monnaie frappée dès le 5e siècle, Rome, peuple d’agriculteurs, en était encore à utiliser le bétail, le blé et des lingots de bronze pour ses échanges. Sa montée en puissance va cependant changer la donne. Géraldine Vessière, Le Soir, 13 juillet 2013.

Retour au
menu principa
l


Jusqu’au 6e siècle, Rome occupe un territoire modeste au centre de l’Italie et n’a qu’une influence locale, voire régionale.

Secouée par des guerres, attaques et invasions des peuples voisins, elle va cependant se lancer dans une politique de défense et de conquête. En 3 siècles, elle parviendra à contrôler presque toute la péninsule italienne. Seule la Sicile, également convoitée par Carthage, lui résiste encore.

Pouvoir et argent

Sesterce - 211 av. J.-C.

Sesterce – 211 av. J.-C.

C’est à cette période, au 3e siècle av. J.-C., qu’apparaissent les premières pièces romaines. Ce sont des copies presque conformes des pièces grecques trouvées dans les cités hellènes du sud de l’Italie. Pendant un certain temps, elles vont coexister avec les lingots traditionnels, mais les guerres contre Carthage (guerres puniques) ainsi que la poursuite des conquêtes au-delà de l’Italie et la puissance internationale croissante de Rome rend l’adoption d’un système monétaire plus structuré indispensable. Celui-ci fait son apparition en 212 av. J.-C. Les pièces en bronze et en argent deviennent la règle. L’unité, l’euro de l’époque, est l’as : une pièce de bronze déclinée en demi (semis), tiers (triens), quart (quadrans) voire douzième (uncia).

Le denier, ou denarius, pièce en argent qui vaut 10 as, et qui est subdivisé en quinarius (5 as) et en sesterces (2,5 as), deviendra la monnaie romaine par excellence. Il inspirera même les monnaies du Moyen-Age.

Les Romains ne vont pas pour autant supprimer les systèmes locaux. Pragmatique, la République sait qu’elle ne peut déployer ses pièces sur l’ensemble de son territoire sans risquer la pénurie. Dans certains cas, comme en Egypte, garder les monnaies locales est aussi à son avantage, des taxes étant prélevées sur le change. La plupart de ces monnaies « étrangères » disparaitront toutefois avec le temps. Les pillages des armées romaines et le besoin des politiciens de financer leurs guerres avec tout l’or et l’argent qu’ils peuvent trouver auront raison d’elles.

Cupidité et convoitise

Denier à l'effigie de César - av. J.-C.44

Denier à l’effigie de César – av. J.-C.44

Le 1er siècle av. J.-C. est marqué par la corruption, des luttes intestines pour le pouvoir, un luxe tapageur et des dépenses somptuaires. Pline l’Ancien écrivait un siècle plus tard que plus de 25 millions de denarii étaient dépensés chaque année sur des produits de luxe venant de Chine, d’Inde et du monde arabe. Parallèlement, la pauvreté augmente dans certaines catégories de la population.

L’argent sert notamment à acheter les politiciens et le peuple ainsi qu’à payer les armées. Il est aussi utilisé comme moyen de propagande. A l’instar de Philippe de Macédoine et d’Alexandre le Grand, César (100-44 av. J.-C.) sera le premier à imposer son portrait sur les pièces, montrant ainsi aux citoyens de la république qu’il en est le souverain absolu. Il va même jusqu’à frapper une pièce d’or, l’aureus, pour souligner sa puissance. « L’aureus est apparu moins en réponse à un besoin qu’à la vanité de César. L’intérêt de la monnaie est fonction des échanges qu’on peut en faire. Si elle a trop de valeur, elle ne présente pas vraiment d’utilité car elle ne facilite pas les transactions, résume Jean Andreau. Et de poursuivre : l’aureus n’a d’ailleurs pas tout de suite été accepté. Frapper une pièce d’or était politiquement délicat. C’était un symbole de royauté mal vu sous la république.» Les ambitions de César auront raison de lui. Soupçonné de vouloir rétablir la royauté, celui qui avait reçu le titre de dictateur à vie est assassiné le 14 mars 44 av. J.-C.

A sa mort, la guerre civile reprend. Elle aura son lot de trahisons et de meurtres et sera finalement remportée par le petit neveu et fils adoptif du dictateur, Octave, dont l’immense fortune n’a pas été étrangère à sa victoire. En 30 av. J.-C, Rome devient un empire, Octave se fait appeler Auguste, réinstaure définitivement l’aureus et fait frapper, comme tous les empereurs qui lui succèderont, des pièces à son effigie.

Carte de la république romaine à l'époque de César

Carte de la république romaine à l’époque de César – Source : Wikimedia

Empire et inflation

Aux 1er et 2e siècles après J.-C., l’empire continue à s’étendre et la production de monnaies s’intensifie. Le maintien de la Rome impériale coûte cher. Distributions annuelles gratuites à la plèbe -qui impliquent l’importation chaque année de 150 000 tonnes de blé d’Afrique du Nord-, maintien des armées aux frontières, « cadeaux d’entrée en fonction des empereurs », tenus de dispenser des montants colossaux aux légions lors de leur accession au trône sous peine de se faire tuer, représentent des sommes considérables. Les taxes sont impopulaires, les mines d’argent se tarissent, les empereurs trouvent alors une solution alternative pour injecter de l’argent dans l’économie : diminuer la quantité de métaux précieux contenus dans les pièces. Bref, afin d’augmenter les fonds en circulation, ils font ce qu’on appelle aujourd’hui « faire tourner la planche à billets», sauf que les billets n’existaient pas à l’époque. Une telle mesure est introduite pour la première fois par Néron en 64. Guerres civiles et dépenses excessives avaient mis le trésor romain à sec. Ce procédé sera répété à plusieurs reprises au cours des siècles qui suivent entrainant inflation, crise de confiance et crise économique.

Chute libre

Monnaie d'un solidus et demi de Constantin, 327

Monnaie d’un solidus et demi de Constantin, 327

La teneur en argent du denarius descend ainsi à moins de 50% en 194, et à 0,5% 60 ans plus tard. La monnaie de bronze, devenue trop chère à fabriquer, n’est plus produite. L’inflation est galopante. A titre d’exemple, la paie d’un légionnaire romain passe de 225 denarii sous Jules César à 1800 denarii sous l’empereur Maximinus en 235. « La monnaie avait tellement dévalué que les Romains devaient mettre leurs pièces dans des bourses de cuir et ces bourses servaient d’unité monétaire, » raconte Richard Abdy, spécialiste de l’Empire romain au British museum. «Les Romains ont aussi commencé à thésauriser : ils gardaient les monnaies ayant une grande concentration en métaux précieux et dépensaient les mauvaises. Les bonnes pièces ont donc progressivement disparu de la circulation. »

Les empereurs Aurelien (270-275) et Diocletien (284-305) essayent d’enrayer la situation. Leurs réformes ne rencontrent cependant pas les résultats escomptés. Elles ont même parfois l’effet opposé.

Pour éviter que l’or ne soit emporté par l’augmentation du coût de l’argent, le lien entre l’argent et l’or est rompu. L’or devient une valeur flottante. Utilisé comme lingot au poids et non plus comme monnaie ayant une valeur faciale, contrairement à l’argent, il échappe partiellement à l’inflation.

 

Grandes invasions barbares - source: Wikimedia

Grandes invasions barbares – source: Wikimedia

Redressement et chute

Avec Constantin (306-337), celle-ci revient finalement sous contrôle. Le premier empereur romain catholique introduit le solidus. Contenant moins d’or que l’aureus, mais restant indépendant du cours de l’argent, il devient la monnaie refuge pour tous les règlements importants. A la fin du 4e siècle, les pièces en argent de bonne qualité réapparaissent.

Mais les temps sont sombres pour les Romains. Les invasions barbares se multiplient, Rome ne parvient plus à défendre ses frontières. L’Empire romain d’occident disparait à la fin du 5e siècle (476). Le système monétaire va alors profondément changer.

Le Moyen-Age
La Grèce antique
753 av. J.-C. Fondation de Rome

509 av. J.-C. Avènement de la République

4e-début 3e s. Conquête de l’Italie

2e-1er s. av. J.-C. crise de la République

58 à 51 av. J.-C. Guerre des Gaules

30-27 av. J.-C. Victoire d’Octave/Auguste et Fondation de l’empire

An zéro Naissance supposée du Christ

3e s. Crise de l’empire

395 Division de l’Empire romain et naissance de l’Empire romain d’Orient

476 Chute de l’Empire romain d’occident

 

La Lydie et la Grèce antique Sparte: non à l’esprit mercantile A quoi sert l’argent?
La Rome antique Chercheur d’or La banque
Le Moyen-Age Un Plat Pays étincelant Le prêt à intérêt
Du 15e au 18e siècle Expressions d’argent Le billet de banque
Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
que cela veut dire?
Le téléphone portable

 

Publicités
Posted in: Economie