La monnaie, à quoi ça sert ?

Posted on 12 août 2013 par

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Pièces et billets sont aujourd’hui des moyens de paiement universellement acceptés. Mais dans la plupart des régions du monde, la monnaie n’est ou n’était pas réduite aux échanges commerciaux et à l’accumulation de profit individuel. Au contraire. Un article de Géraldine Vessière, Le Soir, 12 août 2013.

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Monnaie de l'île de Yap (Océan pacifique). Leur taille (de 0,8 à 4 mètres de diamètre) et leur poids les rends difficile à transporter, elles sont donc peu ou pas bougées. Leur valeur est déterminée par leur poids, leur histoire et la difficulté, ou non, d'acheminement, les pierres n'étant pas produites sur l'île. Aujourd'hui, le dollars a supplanté la monnaie-pierre mais celle-ci reste utilisée pour des cérémonies particulières tels le mariage ou pour dédommager une victime.

Monnaie de l’île de Yap (Océan pacifique). Les pierres font de 0,8 à 4m de diamètre. Leur valeur est déterminée par leur poids, leur histoire et la difficulté, ou non, de les acheminer.  Cette monnaie a aujourd’hui été supplantée par le dollars mais elle reste utilisée pour des cérémonies  ou pour dédommager une victime.

Selon les théories économiques occidentales, la monnaie a trois fonctions : être un moyen d’échange, être une réserve de valeur, -il est toujours bon d’avoir un petit bas de laine-, et être une unité de compte, à savoir un système permettant de comparer les prix des biens ainsi que l’évolution des coûts, des revenus et des profits. Pourtant cette vision marchande de la monnaie est loin d’être la plus répandue dans le monde. Ou était loin d’être la plus répandue, avant que la vision occidentale ne s’impose.

Le rôle d’étalon de valeur est probablement le plus ancien. On le retrouve déjà en Mésopotamie, en 3000 avant J.-C. Mais si dans cette civilisation, la monnaie était également utilisée pour faire des offrandes aux dieux ou payer des amendes, elle ne l’était que rarement pour acheter des marchandises. La société était basée sur un modèle de redistribution: le roi centralisait les biens et les répartissait selon le rang de chacun. Des sociétés basées sur un tel modèle existaient encore au 20e siècle. Chez les Leles du Congo par exemple, le roi redistribuait les biens en respectant une hiérarchie précise. Et le rôle de la monnaie, qui prenait la forme de tissus, n’était pas commercial, mais social et religieux : financer le droit d’entrée pour les cultes religieux, rétribuer les guérisseurs, payer les charges liées à un mariage, aux cadeaux de naissance ou aux rites de passage, s’acquitter d’amendes ou encore verser un tribut aux chefs. Les tissus étaient aussi un symbole de la hiérarchie sociale: les ainés en possédaient plus que les jeunes, ce qui leur permettait d’exercer un contrôle sur ces derniers. Les jeunes adultes devaient de fait leur emprunter les textiles pour se marier ou rejoindre un culte religieux. « Les Leles accordaient aux tissus la même importance que les Européens donnent à l’or et à l’argent, mais les paiements répondaient à d’autres circonstances et avaient pour la plupart un caractère social et non commercial, » écrivent ainsi les auteurs du livre « Money », du British Museum. Avec la colonisation belge, franc congolais et monnaie-tissu ont coexisté. L’introduction du franc a cependant progressivement transformé le rapport hiérarchique entre Lélés. Les jeunes ont commencé à percevoir un salaire de l’administration coloniale. Cela leur a donné un pouvoir d’achat indépendant du système local et dès lors, la possibilité de se dégager de l’emprise que les ainés exerçaient sur eux.

Fonctions sociales et religieuses

Monnaie Plume (archipel de Santa Cruz)  Musée de la Banque nationale de Belgique

Monnaie Plume (archipel de Santa Cruz). Fibre végétale de 9 m de long sur laquelle étaient disposées des plumes rouges. Le plus souvent présentée sous la forme de deux rouleaux
Musée de la Banque nationale de Belgique

Le cas des Leles n’est qu’un exemple parmi d’autres. La monnaie plume de l’archipel de Santa Cruz, un groupe d’îles isolées dépendant des îles Salomon, servait jusqu’au 20e siècle pour le commerce, mais aussi voire surtout pour les paiements rituels, comme les amendes et les compensations, ou encore pour l’acquittement de la dot.

Et sur l’île de Maewo (Vanuatu), les nattes fabriquées par les habitants ne sont pas uniquement utilisées dans les danses rituelles. Presque toutes les formes et les tailles de natte y ont une valeur monétaire, utilitaire, rituelle, spirituelle et symbolique. Elles permettent notamment de faire des paiements relatifs aux mariages ou à la réalisation des rites de passage.

L’influence des sociétés occidentales industrialisées au cours de ces derniers siècles a changé la perception qu’on a de la monnaie un peu partout dans le monde. Mais dans les systèmes traditionnels, le rôle de la monnaie comme moyen de maintenir les relations humaines, par l’intermédiaire de cadeaux et de paiements rituels, aurait été plus fréquent que sa fonction purement marchande.

Selon le British museum, il faudrait dès lors définir la monnaie comme étant non un moyen d’échange, ce qui limite le concept à l’échange de biens, mais un mode de paiement dont la nature peut varier considérablement. Et de conclure avec une citation de Finow, chef des îles Tonga, « Si la monnaie était en fer et qu’on pouvait en faire des couteaux, des haches ou des burins, alors, il pourrait y avoir un intérêt à lui donner de la valeur, mais vu ce que c’est, je n’y vois pas de valeur. Si un homme dispose de plus de patates douces (yams) qu’il n’en a besoin, il peut les échanger par exemple contre un cochon. Bien sûr, la monnaie est facile à manier et est pratique, mais, comme ça ne pourrit pas, si c’est préservé, les gens vont la mettre de côté au lieu de partager avec les autres (ce qu’un chef devrait faire) et ils deviennent égoïstes. D’un autre côté, si la nourriture est la possession la plus précieuse d’un homme (ce qui devrait être le cas, car c’est la chose la plus utile et nécessaire), il ne peut pas l’épargner et est obligé soit de l’échanger pour un autre objet utile, soit de la partager avec son voisin, sous-chef ou toutes les personnes dont il a la charge, et ce, sans contrepartie. Je sais très bien maintenant pourquoi les Européens sont égoïstes – c’est la monnaie. »

Les cauris 

CaurisLes cauris, coquillage des océans indien et pacifique, sont une autre monnaie largement répandue. Ils ont l’avantage d’être solides, maniables, divisibles et infalsifiables.On a retrouvé ces coques en Chine dès le 13e siècle av. J.-C., mais aussi en Inde et en Afrique où ils ont été utilisés jusqu’au 20e siècle.Les colons y ont également eu recours pour leur commerce d’esclaves.

Constatant que les cauris avaient plus de succès auprès des populations locales que les pièces d’or et d’argent, ils ont commencé à les importer de l’Océan indien et des iles Maldives vers l’Afrique. « Les Européens utilisaient les cauris en premier lieu comme moyen pour exécuter des transactions commerciales alors que les Africains les recherchaient pour d’autres raisons, notamment ornementales» souligne le British Museum. Au 17e siècle, les Occidentaux avaient créé une telle demande de coquillages qu’ils ont induit une pénurie en Inde où ces coques servaient également de monnaie.

La banque
Du 19e au 20e siècle

 

 

La Lydie et la Grèce antique Sparte: non à l’esprit mercantile A quoi sert l’argent?
La Rome antique Chercheur d’or La banque
Le Moyen-Age Un Plat Pays étincelant Le prêt à intérêt
Du 15e au 18e siècle Expressions d’argent Le billet de banque
Du 19e au 21e siècle Fiduciaire ou scriptural, qu’est-ce
que cela veut dire?
Le téléphone portable

 

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Posted in: Economie