Les dessous de la Royal Academy

Posted on 8 juin 2013 par

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La 245e édition de la « Summer Exhibition » ouvre ses portes à Londres ce lundi. Petit tour dans les coulisses de Burlington House, lieu d’accueil de la Royal Academy. Un article de Géraldine Vessière, L’Echo 8 juin 2013

Un dessin de la Royal Academy réalisé au 19e siècle

Un dessin de la Royal Academy réalisé au 19e siècle

Un calme inhabituel règne dans les salles d’exposition de la Royal Academy. Les murs sont couverts de peintures, dessins et gravures. Le sol est jonché de sculptures de styles divers. Le silence règne et le lieu est désert. Après plus de deux mois de travail, tout est prêt pour accueillir les amateurs d’art qui, dès lundi, déferleront dans la traditionnelle exposition d’été de l’établissement.

Tous les ans, depuis près de deux siècles et demi, de juin à août, la Summer Exhibition établit ses quartiers dans Burlington House, au centre de Londres, à deux pas de Picadilly Circus. Elle n’a jamais raté un rendez-vous, même pendant les guerres. Et, comme à son habitude, elle présente un ensemble éclectique d’oeuvres, de styles, de médias, de thèmes et d’approches. Pas d’explications détaillées sur les artistes, pas de fil conducteur. Juste des oeuvres et des numéros, qui font référence à des noms se trouvant dans un petit catalogue aride. Aux visiteurs de trouver leur chemin, à eux de se laisser surprendre, émerveiller, choquer ou noyer. Cette année: 1.270 oeuvres – 400 d’académiciens et un peu moins de 900 de non-académiciens- sont exposées. On peut ainsi voir « Fiat 500 » du designer Ron Arad, nommé académicien en novembre dernier, « Kloris » de l’architecte Zaha Hadid, un autoportrait de Marina Abramovic, des gravures de Norman Ackroyd, une salle entièrement dédiée aux tapisseries de Grayson Perry, ou encore une immense sculpture en acier, « Shadows », d’Anthony Caro, qui, installée dans la première salle, transporte d’entrée de jeu le visiteur dans un autre univers. Mais le plus surprenant est probablement le tapis mural créé par l’artiste ghanéen El Anatsui, « Tsiatsia – Searching for connection ». Composé de matériaux recyclés dont des cannettes, capsules et bouchons de bouteilles reliés par des fils de fer, ce lourd manteau métallique scintille sous les rayons du soleil, ondulant au gré du vent, sur la façade de la Royal Academy.

El Anatsui

« TSIATSIA – searching for connection » de l’artiste Ghaneen El Anatsui

Créé pour des artistes, par des artistes

L’événement a cependant du mal à attirer les journalistes. « Les critiques d’art n’aiment pas la Summer Exhibition, car elle est éclectique, elle n’a pas de fil conducteur et est récurrente. Ils ne parviennent pas à la définir. Mais elle est au coeur de l’existence de la Royal Academy », explique Charles Saumarez Smith, secrétaire et CEO de l’institution. « Elle est créée par des artistes, pour des artistes. C’est aussi un des seuls espaces où il y a une telle liberté d’expression, sans contraintes commerciales ni thématiques. Le monde de l’art devient très contrôlé. Il n’est pas facile d’y percer. Ici, la Summer Exhibition fait en quelque sorte fi de ces limites. On y trouve des oeuvres qu’on ne pourrait voir ailleurs. »

Si les académiciens peuvent, de droit, exposer jusqu’à six pièces, les autres artistes doivent passer par un comité de sélection pour voir leurs oeuvres orner les murs du prestigieux bâtiment. Cette année, neuf académiciens, ayant chacun une vision et une sensibilité différente, ont, pendant une semaine, passé au crible quelque 11.000 travaux envoyés des quatre coins du monde et ils en ont extrait ce qu’ils estiment la crème. Ils ont ensuite, eux-mêmes, placé les oeuvres dans les différentes salles. « Il y a quelques années, les règles artistiques étaient relativement établies et il y avait matière à débat, mais aujourd’hui, la variété des médias et la diversité des styles sont telles que les choix sont très subjectifs. Si un des membres du comité de sélection aime vraiment une oeuvre, elle passera », explique l’académicien Allen Jones.

pour financer l’école

L'école de la Royal Academy

L’école de la Royal Academy

La plupart des oeuvres sont à vendre et les bénéfices vont à la Royal Academy. Selon Charles Saumarez Smith, secrétaire et CEO de la Royal Academy, ces « 800.000 livres nettes, à la grosse louche », permettent de financer l’école adjacente. Telle est, en effet, la règle établie par le roi George III, lorsqu’il a créé la Royal Academy, en 1768. Il lui a donné comme mission d’offrir visibilité et espace d’expression aux artistes, à une époque où foires et galeries d’art étaient inexistantes, mais aussi de dispenser gratuitement un enseignement artistique aux nouvelles générations. Et les fruits d’une exposition annuelle devaient financer le fonctionnement de l’école. Aujourd’hui, celle-ci offre donc toujours un enseignement artistique gratuit de trois ans, fait exceptionnel en Grande-Bretagne, pour des étudiants de troisième cycle. Seuls 17 étudiants sont acceptés chaque année, sur quelque 600 candidatures.

Hébergée dans une annexe de Burlington House, construite au XIXe siècle, cette école porte les marques de son histoire: des copies en plâtre de statues grecques et romaines hantent les couloirs, des squelettes poussiéreux attendent d’être sortis de leur placard pour un cours d’anatomie, des ateliers de gravure, sculpture, bois, mais aussi des salles de montage vidéo et une petite imprimerie sont prêts à accueillir les étudiants qui souhaitent explorer l’un de ces médias. Et alors que la presse déambule dans la Summer Exhibition, juste en dessous, dans l’école, les étudiants s’activent pour préparer leur propre exposition. Ils seront ravis d’accueillir le visiteur qui s’égarerait dans ces coulisses de la Royal Academy. Certains galeristes, en quête de la perle rare, ont d’ailleurs déjà mis l’école sur leur parcours.

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