Londres tourne Dada

Posted on 9 mars 2013 par

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Man Ray, Schwitters, Lichtenstein, les musées londoniens se sont donné le mot pour explorer une lignée qui part du mouvement Dada pour aboutir au Pop Art. Visite de quelques grandes expos londoniennes. Un article de Géraldine Vessière, L’Echo, 9 mars 2013.

Man Ray, l’univers Dada

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Man Ray et Salvador Dali

Près de 150 portraits d’une des figures centrales du mouvement Dada, Man Ray, ont élu domicile à la National Portrait Gallery à Londres jusqu’au 27 mai prochain.

L’objectif de l’artiste américain a immortalisé des icônes du XXe siècle, explorant et détournant les techniques photographiques, jouant avec le sujet et sa représentation, utilisant l’humour et les rimes visuelles, et y mettant une dose de dadaïsme plus ou moins importante.

Sa rencontre avec Marcel Duchamps, en 1915, lorsque l’artiste français se trouvait sur sol américain, sensibilise Man Ray à ce mouvement qui mettait en cause les conventions et contraintes artistiques, idéologiques et politiques de l’époque. Séduit mais se sentant à l’étroit outre-Atlantique -« New York est Dada et ne peut tolérer un rival », écrit-il à Tristan Tzara -, il part pour Paris en 1921. Il est alors accueilli par Duchamps et intègre rapidement la communauté artistique française, notamment surréaliste.

Si, au départ, la photographie n’était, pour Man Ray, qu’un moyen de développer ses projets de peinture, la pellicule prendra vite le dessus sur la toile. Avec, comme sujets, ses amis, des personnalités marquantes de l’époque tels Yves Tanguy, Hemingway, Le Corbusier, James Joyce, Jean Cocteau, George Braques, Eric Satie, Salvador Dali, Pablo Picasso, Catherine Deneuve ou encore ses maîtresses et muses dont Kiki de Montparnasse, Lee Miller, Ady Fidelin et Juliet Browner, qui deviendra son épouse.

Les photos présentées, dont l’incontournable « Violon d’Ingres », dos nu de femme orné de deux ouïes de violon, ont été prises entre 1916 et 1968. Intrigantes, provocantes, superbes, elles témoignent d’une période artistique bouillonnante.

« Man Ray, Portraits », jusqu’au 27 mai à la National Portrait Gallery, http://www.npg.ork.uk

Kurt Schwitters, roi du collage

Kurt Schwitters - For kate-1947

Kurt Schwitters – For kate-1947

Alors que Man Ray s’expose près de Trafalgar Square, une autre figure marquante du dadaïsme, Kurt Schwitters est à l’honneur à la Tate Britain. Le musée consacre une rétrospective à la période britannique de l’artiste allemand à savoir de 1940 à sa mort, en 1948.

Le gouvernement nazi ayant classé ses oeuvres dans la catégorie Art dégénéré, l’inventeur du concept Merz, « la combinaison, pour des raisons artistiques, de tout type imaginable de matériaux », s’enfuit vers la Norvège en 1937. 3 ans plus tard, le pays est envahi par les nazis et Schwitters père et fils sont contraints à un nouvel exil, vers la Grande-Bretagne cette fois. L’arrivée sur le territoire britannique est cependant loin d’être aisée. Considérés comme ennemis, Kurt Schwitters et nombre de ses compatriotes sont enfermés sur l’île de Man. Sur les 16 mois de son internement, il produit quelque 200 oeuvres, utilisant tout ce qu’il trouve. Le linoléum arraché du sol sert de canevas, le porridge du petit déjeuner lui permet de faire des sculptures.

Ce roi du collage, qui a souvent incorporé des fragments d’emballages, tickets de bus, paquets de bonbons ou coupures de presse, a inspiré des générations d’artistes et est considéré comme un des précurseurs du Pop Art. « En Morn » et « For Kate », deux collages réalisés en 1947 montrent, par exemple, déjà cette volonté d’intégrer, dans ses créations, des témoignages de la société consumériste émergente.

« Schwitters in Britain », à la Tate Britain jusqu’au 12 mai 2013. http://www.tate.org.uk/

Roy Lichtenstein, « Whaam! »

Roy Lichtenstein - Drowning Girl

Roy Lichtenstein – Drowning Girl

Si la Tate Britain s’intéresse à un des précurseurs du pop art, la Tate Modern consacre sa première exposition de l’année à un des maîtres de ce mouvement: Roy Lichtenstein.

Qui ne connaît pas ses oeuvres s’inspirant de la publicité, de l’imagerie populaire et des comics américains? Qui ne connaît pas ses tableaux « Look Mickey », « Whaam! » – un avion de guerre détruisant un engin ennemi -, ou cette série de peintures représentant des femmes dans des situations désespérées et confiant, en phylactères, des « Oh, Jeff… I love you too,… but… » ou des « I don’t care, I would rather sink than call Brad for help… » (Je m’en fous, je préfère encore couler que d’appeler Brad à l’aide)?

Mais l’exposition, première rétrospective complète depuis la mort de l’artiste en 1997, présente bien plus que les oeuvres qui ont fait son succès. « La série ‘Guerre et romance’, qui regroupe ses travaux les plus connus, n’a été conçue que sur une période de 6 ou 7 ans », explique Sheena Wagstaff co-commissaire de l’exposition. « Lichtenstein a encore peint de nombreuses autres toiles pendant une trentaine d’années. »

De fait. Si l’humour et la dérision sont présents dans la plupart de ses toiles, s’il a presque toujours travaillé à partir de reproduction d’images, si les points de trame évoquant ironiquement les procédés de reproduction mécanique sont sa marque de fabrique, cet homme, qui a toute sa vie oscillé entre l’abstraction et le figuratif, a exploré une multitude de sujets. L’exposition nous fait, par exemple, découvrir le constant dialogue qu’il entretenait avec les artistes du passé. Il a réinterprété des oeuvres de Picasso, Mondrian, Monet, gardant souvent sa technique de points symétriques, mécaniques, mais transformée et adaptée aux besoins du sujet. On peut aussi admirer les oeuvres moins connues de la fin de sa vie, dont une série de nus et des paysages chinois inspirés des peintures de la dynastie Song (960-1279).

L’exposition, déjà présentée aux Etats-Unis, est visible à Londres jusqu’au 27 mai. Elle partira ensuite pour Paris. 

Roy Lichtenstein - Whaam

Roy Lichtenstein – Whaam

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Posted in: Culture