Pension des femmes: à rééquilibrer

Posted on 25 novembre 2012 par

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Les pensions des hommes sont en moyenne 23% plus élevées que celles des femmes. Tentative d’explication, conseils et solutions présentes et à venir. Un article de Géraldine Vessière dans L’Echo. 24 novembre 2012.

Pourriez-vous vivre avec 651 euros par mois? Impossible… Et avec 964 euros? Très difficilement. Pourtant, ce sont les montants moyens des pensions des femmes ayant respectivement eu une carrière pure de salariée ou d’indépendante. A titre de comparaison, la pension moyenne des hommes est de 1.297 euros après une carrière pure de salarié et de 977 euros pour une carrière pure d’indépendant. Les femmes sont donc en moyenne beaucoup moins bien loties que les hommes.
Explications avancées: elles ont une carrière moins longue (34 ans en moyenne contre 42 ans pour les hommes), un salaire moins élevé et sont plus nombreuses à travailler à temps partiel. Ces éléments exercent un impact sur ce qu’elles toucheront le jour où elles quitteront la vie active.«Il n’est toutefois pas normal, souligne Jan Van Autreve, Chief Executive Officer de Delta Lloyd Life, que la pension des femmes soit de 23% inférieure à celle des hommes. Le système n’est plus adapté aux besoins actuels. Il est basé sur un type de société et d’organisation familiale dépassé.»

Pension au taux ménage: concept surrané
Le montant de la pension est calculé sur la base de différents critères: la situation familiale, le salaire perçu – la manière dont celui-ci est pris en compte varie cependant selon les statuts- ou encore le nombre d’années passées dans la vie active. Une pension complète est acquise, sauf exception, au terme de 45 années de carrière. Quelqu’un qui a travaillé 42 ans n’en recevra donc que 42/45e.

Ce système convenait lors de la mise sur pied du régime des pensions. A l’époque, la situation classique était celle du couple dont le mari travaillait et la femme restait au foyer. Le système prévoyait ainsi une pension au taux ménage, environ 25% supérieure à celle des isolés, qui permettait de subvenir aux besoins des deux époux. Mais l’équilibre s’est progressivement modifié. «Dans les années ’70, le taux d’activité des femmes a commencé à augmenter. La pension ménage devenait dès lors moins intéressante que la pension au taux isolé», explique Sergio Perelman, chargé de cours à l’HEC Liège. Le problème est que, même si les femmes sont devenues plus nombreuses sur le marché du travail, leur carrière ne connaissait et ne connaît toujours pas la même trajectoire que celle d’un homme, notamment parce qu’elles restent souvent plus présentes dans l’éducation des enfants et la gestion du ménage. 95% des crédits temps complets pour l’éducation des enfants en bas âge sont pris par des femmes et 44,3% des salariées travaillent à temps partiel (contre 9,3% des hommes). Certaines femmes sont en outre contraintes de reprendre une vie active sur le tard, suite à un divorce ou à une séparation. Bref, avec les modèles familiaux et sociaux actuels, il est difficile pour les femmes d’atteindre une carrière complète.

Certaines bénéficient bien sûr d’une assurance de groupe prise par leur employeur, mais ces formules sont plus souvent accessibles aux hommes qu’aux femmes. Selon Delta Lloyd Life, parmi l’ensemble des salariés actuellement pensionnés, 36% ont une pension complémentaire, dont 45% des hommes et 18% des femmes.

Rustines
Quelques mesures ont bien été prises pour améliorer la situation. Afin de se conformer aux exigences européennes, l’âge de départ à la retraite des femmes a été reporté à 65 ans. «Elles peuvent donc rester plus longtemps sur le marché du travail et cotiser davantage pour leur pension», poursuit Sergio Perelman.
Des critères plus souples ont aussi été introduits pour le calcul de la pension minimum, salarié ou mixte (régime salarié et indépendant), afin de mieux tenir compte des travailleurs à temps partiel. Des efforts ont aussi été consentis pour les personnes touchant une pension de survie, un système permettant au conjoint survivant d’obtenir une pension calculée sur la carrière de salarié de son époux(se) décédé(e) et qui concerne principalement les femmes.

Le plafond de revenus pour le travail autorisé avant l’âge légal de la pension a par ailleurs été relevé pour cette catégorie. Il est ainsi passé à 17.280 euros et à 21.600 euros selon que la personne ait ou non charge d’enfant. A titre de comparaison, les bénéficiaires d’une pension de retraite qui ont moins de 65 ans sont limités à un revenu annuel brut maximum, hors pension, de respectivement 7. 421,57 euros et 11.132,37 euros s’ils sont salariés, et 5.937,26 ou 8.905,89 s’ils sont indépendants (montants 2011).

Alexander De Croo

Opération «conscientisation»
Ces dispositions sont cependant loin d’être suffisantes. «Il faudrait mettre le système à plat et le réformer pour qu’il prenne en compte le fonctionnement familial et social actuel. Éventuellement revoir le nombre d’années nécessaires pour atteindre une carrière complète», estime Sergio Perelman.
En 2011, afin de faire réagir les autorités et d’aider les femmes à prendre conscience de la situation, Delta Lloyd Life a lancé une campagne intitulée «Femmes et pension». La compagnie d’assurances avait demandé à deux femmes encore actives de vivre avec 927 euros par mois (montant de la pension moyenne de l’époque), pendant 2 mois. «Nous voulions conscientiser les femmes qui prennent souvent des décisions qui auront un impact considérable sur leur future pension, comme arrêter de travailler ou prendre un temps partiel», explique Jan Van Autreve. Nous avons placé deux femmes en situation et leur avons demandé de tenir un blog sur leur expérience. On a eu beaucoup de réactions par la suite. De nombreuses femmes commencent à réaliser qu’elles sacrifient beaucoup pour leur homme ou/et leur(s) enfant(s) et qu’elles ne sont pas toujours conscientes des conséquences de leur décision.»

En projet
Suite à cette campagne, une rencontre a été organisée avec le ministre des Pensions de l’époque, Vincent Van Quickenborne. Diverses idées ont été mises sur la table, dont celle d’une scission de la pension. Ce système permettrait aux conjoints d’opter volontairement pour une répartition de leurs droits à la pension et éviterait de désavantager celui du couple qui arrête de travailler ou qui passe à mi-temps.Vincent Van Quickenborne a envisagé cette possibilité lorsqu’il a présenté ses 10 chantiers en matière de pension au parlement, le 8e étant consacré à la pension des femmes. Son successeur, Alexander De Croo, a annoncé son intention de poursuivre dans la même voie. En attendant, hommes et femmes doivent se responsabiliser et trouver un meilleur équilibre entre les vies familiale et professionnelle, sans perdre de vue que tradition n’est pas raison.

Le dossier complet: ici (pdf)

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Posted in: Economie, Société