Une médiation presque comme les autres

Posted on 4 novembre 2012 par

0


 Antonio Buonatesta sera l’un des médiateurs de la rencontre entre Jean-Denis Lejeune et Michelle Martin. Il répond à nos questions. Par Anne-Cécile Huwart (dossier complet dans Moustique)

Michelle Martin                                                                                                         

Le 27 août dernier, à la veille de la libération de Michelle Martin, Jean-Denis Lejeune lui  adresse une lettre ouverte publiée dans Paris Match. Le père de Julie y décrit sa douleur de savoir que celle qui a laissé mourir sa fille dormirait le lendemain hors de prison, alors que lui resterait avec sa peine et ses questions non levées par le procès d’assises : Pourquoi les filles ont-elles été enlevées ? Que s’est-il passé pendant leur séquestration ? Quelle est la nature humaine de Michelle Martin ? L’homme évoque une souffrance « qui enchaîne pour l’éternité, qui vous use comme un cancer, qui vous tue à petit feu, qui vous amène à désespérer, à ne plus croire en rien ».

L’ex-femme de Marc Dutroux a répondu à cette lettre par une proposition de médiation, une rencontre encadrée par des médiateurs professionnels. En Belgique, des auteurs et des victimes de faits graves (meurtres, viols, agressions ou séquestrations) peuvent en effet se rencontrer. Cette procédure unique en Europe est organisée depuis la fin des années nonante par l’ASBL Médiante dans les arrondissements judicaires francophones et germanophone. Les 18 psychologues, criminologues ou encore assistants sociaux formés à ce métier unique par Médiante gèrent environ 800 situations par an.

Préparer le terrain

Son directeur Antonio Buonatesta, va participer à la médiation entre Michelle Martin et Jean-Denis Lejeune. « Vu le caractère médiatique de cette affaire, j’accompagne mon collègue Laurent Goffaux, explique-t-il. Mais nous allons procéder comme pour tous les autres cas. Nous allons préparer le terrain : rencontrer les deux parties séparément pour nous assurer que le cadre de cette rencontre est clair, lever les malentendus et les a priori, ainsi que les risques et les craintes de manipulation. Nous devons vérifier que les conditions sont réunies pour que l’échange utile, profitable aux deux parties, puisse se produire. Mais on ne va pas jusqu’à réaliser la médiation par procuration. L’essentiel se déroulera au moment de leur rencontre ».

Jean-Denis Lejeune avait refusé la première demande de médiation de Michelle Martin, en 2008, évoquant notamment le refus de pardonner. « L’objectif d’une médiation réparatrice n’est pas de pardonner ni d’excuser mais d’exprimer ses sentiments. Il s’agit d’un espace de dialogue à travers lequel on peut notamment obtenir des réponses à ses questions. Or c’est précisément la démarche de Jean-Denis Lejeune ». Une médiation permet également de négocier une indemnisation ainsi que les conditions de libération de l’auteur.  Même si le juge reste maître de la décision. Dans le cas précis, on imagine que la démarche entreprise plus tôt aurait pu éviter bien des remous…

Même si elles n’obtiennent pas toutes les réponses souhaitées, les victimes peuvent néanmoins avoir le sentiment d’être allées au bout de leur démarche. C’est ce que montrent de nombreuses médiations. « Les victimes sortent ainsi de leur impuissance et peuvent plus facilement poursuivre leur travail de deuil et de reconstruction », ajoute Antonio Buonatesta.

« Pourquoi moi ? »

Où et quand se déroulera la rencontre Martin-Lejeune ? Par souci de discrétion en vue du bon déroulement de la procédure, le directeur de Médiante ne répond pas à cette question. « Le lieu fait partie de la négociation. La plupart de temps, la médiation se tient dans un espace neutre, dans nos bureaux. Annoncer « Martin invite Jean-Denis Lejeune à Malonne » est un  raccourci ».

Antonio Buonatesta le répète : « Son caractère médiatique rend ce cas particulier mais nous n’allons pas le traiter différemment des autres. La première médiation que nous avons organisée entre un meurtrier d’enfant et les parents de la victime s’est tenue à la prison de Namur en 2000 ». Jean-Pierre Malmendier avait lui aussi accepté de rencontrer le meurtrier de sa fille Corinne, assassinée en 1992 avec son ami Marc. Une rencontre réalisée dans la discrétion et qu’il a ensuite relatée dans son livre « Après le meurtre, revivre », écrit avec Jean-Marc Mahy, le meurtrier de deux personnes.

Toutes les médiations n’ont pas une issue heureuse. Comme dans le cas de Willy Roobaert, devenu aveugle suite à un tabassage collectif en 2006. La rencontre avec l’un de ses agresseurs, avait suscité espoir et admiration. Mais la démarche l’a finalement déçu. Malgré la médiation, Willy Roobaert ignore toujours qui lui avait porté le coup fatal. Et il n’a pas obtenu d’engagement concret concernant une indemnisation future.

Antonio Buonatesta rappelle que la médiation réparatrice s’adresse aussi aux auteurs et victimes de faits moins graves mais néanmoins traumatisants, comme des agressions. « La victime d’un cambriolage peut se poser des questions similaires à celles de Jean-Denis Lejeune : « Pourquoi est-on venu chez moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Que sont devenus les objets qu’on m’a volés ? ». La mise en avant de la médiation avec Michelle Martin permettra peut-être de démystifier cette démarche ». Et de mieux la faire connaître.

Publicités
Posted in: Justice, Société