Les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre

Posted on 29 août 2012 par

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Héritiers des croisades, les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre ne défendent plus les chrétiens d’Orient à coups d’épée mais par des actions humanitaires. Reportage lors d’une cérémonie d’adoubement, à l’église du Sablon à Bruxelles. Par Anne-Cécile Huwart, paru dans Moustique.

Photo Alexis Haulot

Les hommes en aube blanche d’un côté, les femmes en mantille noire de l’autre. Alignés comme les colonnes de l’église Notre-Dame du Sablon où ils sont réunis. En ce samedi de juin, l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem va accueillir quatre nouveaux chevaliers et une dame. Ils vont être adoubés de l’épée, suivant une tradition qui remonterait au XIIème siècle, à l’époque des croisades, au temps de Godefroid de Bouillon.

Etabli dans 34 pays, l’Ordre du Saint-Sépulcre compte 28.000 membres dont 350 en Belgique. Ses missions : approfondir la foi de ses chevaliers et soutenir les Chrétiens d’Israël, de Palestine, de Jordanie et de Chypre. Un repli sur ces pays organisé par le pape Pie IX en 1847. Aujourd’hui, l’épée ne sert donc plus à vaincre les infidèles. L’action des chevaliers en Terre sainte ne se fait plus par les armes mais à travers des dons et des actions humanitaires en soutien aux Chrétiens d’Orient : un orphelinat à Jérusalem, un foyer pour personnes âgées à Abu Dis, en Cisjordanie, une crèche à Bethléem, des écoles en Jordanie,… Une tâche ardue dans une Région où les Chrétiens sont de plus en plus malmenés : attentats dans leurs quartiers, églises incendiées, assassinats, intimidations… Depuis quelques années, des centaines de milliers de chrétiens irakiens, égyptiens ou soudanais sont poussés sur les chemins de l’exil.

Nous n’assistons pas à une messe d’intégristes prêts à conquérir le monde : si l’Ordre du Saint-Sépulcre trouve son origine dans les croisades, son lien avec l’épée ne tient plus que de la tradition et du goût pour les attributs d’antan. Les drapeaux blancs marqués de la croix potencée (sorte de croix scoute) ont pris possession du cœur de l’église du Sablon dont des vitraux illustrent précisément une cérémonie d’adoubement. Les orgues donnent le ton. Les cérémoniaires s’approchent du lutrin : « Lecture de la lettre de l’Apôtre Saint-Paul aux Ephésiens ».

« Rotary chrétien »

Qui sont ces chevaliers et ces dames du Saint-Sépulcre ? « Pour être membre de l’Ordre, il faut être un chrétien irréprochable, exemplatif, commente François t’Kint de Roodenbeke, ancien lieutenant pour l’Ordre en Belgique, qui a cédé son poste à Jean-Pierre Fierens au cours de la cérémonie. Il faut être engagé dans la vie communautaire et être prêt à payer de sa personne, sur sa cassette personnelle, pour les Chrétiens d’Orient. Cette aide matérielle doit se doubler d’une aide morale. Les Chrétiens de là bas ont besoin que l’on prie avec eux, qu’on parle d’eux, qu’on fasse connaître leur situation ».

Photo Alexis Haulot

Pour faire partie de l’Ordre du Saint-Sépulcre, il faut aussi disposer d’un portefeuille fourni. L’institution a perdu le statut d’ONG qu’elle détenait 1980 et 1990. Plus de 90% du budget annuel provient donc de ses membres. Ses activités culturelles rapportent entre 15.000 et 20.000 euros par an.

Albert II et le prince Philippe

Qui dit aisé et disponible dit souvent aussi retraité. La moyenne d’âge de ce « Rotary chrétien » tourne donc autour des 60 ans. « Les jeunes sont occupés professionnellement, ils n’ont pas le temps d’aller en Terre sainte, la générosité vient quand on a une position plus assise », poursuit François t’Kint. Fait sociologique : la plupart des chevaliers sont issus de la noblesse ou de la haute bourgeoisie de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie. L’Ordre compte également des ecclésiastiques, dont l’évêque de Tournai Mrs Harpigny. Parmi les chevaliers de marque, on trouve encore… Albert II et le prince Philippe. Les dames sont admises depuis 1888. Chaque année, dix membres belges décèdent tandis que dix nouveaux arrivent. « J’ai voulu devenir chevalier pour leur apporter mon appui concret, en soutenant financièrement les actions de l’Ordre, mais aussi en allant sur place », explique Geert, Gantois de 47 ans. Mathieu, autre jeune recrue, affirme sa fierté d’appartenir à cette communauté. « Je suis amateur d’histoire et apprécie l’atmosphère de piété et de recueillement. C’est ce que je recherche ici ».

Divorcés non fautifs admis

A la lecture de l’évangile selon Saint-Marc succède la bénédiction des insignes, de l’épée, de l’éperon et des manteaux. Ces symboles sont aspergés d’eau bénite au milieu des volutes d’encens. Puis les candidats à l’investiture lisent la promesse à haute voix. « Je promets fidélité au Christ et à son Eglise, soumission et obéissance aux statuts et aux hiérarchies de l’Ordre équestre… ».

Photo Alexis Haulot

Pour être désigné chevalier ou dame, il faut encore afficher une moralité irréprochable. « Nous n’acceptons les personnes divorcées que si elles ont été ont été abandonnées par leur conjoint, précise l’ex lieutenant. Bien sûr, pas d’affinité avec les ennemis de la Chrétienté, comme les Franc-maçons. Mais les acquaintances avec l’Opus dei sont tolérées. « Pour autant qu’il n’y ait pas de prosélytisme », souligne encore François t’Kint.

L’Alleluia résonne entre les voutes gothiques. Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean. Puis vient le rite d’adoubement. L’épée vient frôler les épaules. « Je vous constitue et proclame chevaliers du Saint-Sépulcre de notre Seigneur Jésus Christ, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

La messe entre dans sa dernière phase. Offertoire, Sanctus, Eucharistie, Notre-Père, communion. L’orgue et les chœurs annoncent la procession de sortie. Chacun se congratule sur le parvis avant de rejoindre le banquet en l’honneur des nouveaux chevaliers.

Photo Alexis Haulot

 

Les moines soldats, entre Histoire, légendes et traditions

A l’origine, ces moines soldats tenaient des hospices pour pèlerins mais aussi des forteresses militaires pour protéger le tombeau du ChristVaincus par les musulmans, ils se replièrent en Europe où ils durent rivaliser avec les puissances politiques en place.

Trois principaux ordres chevaleresques trouvent leur origine dans les croisades. Leurs multiples variantes basent leurs actions sur les valeurs chevaleresques : charité, honneur, courage, parfois teintés de folklore. Certains sous-groupes peuvent afficher une tendance à l’extrême droite.

L’Ordre de Malte :

L’Ordre de Malte est le plus proche cousin de l’Ordre du Saint-Sépulcre. Créé au XXIème siècle, il s’occupait alors des nécessiteux de la ville. Ces « hospitaliers » étaient vêtus d’une cape noire ornée d’une croix blanche. Contraint à l’exil lorsque tombe le dernier bastion de Terre sainte, Saint-Jean d’Acre, les chevaliers de Malte se replièrent sur les îles de Chypre et de Rhodes. Au XVIème siècle, leur flotte était l’une des plus puissantes de Méditerranée.

Aujourd’hui, l’Ordre de Malte n’a plus rien de militaire. Reconnu comme ONG, contrairement à l’Ordre du Saint-Sépulcre, il bénéficie de dons de personnes privées et de subsides européens pour mener des opérations humanitaires dans le monde mais aussi en Belgique, comme dans le quartier des Marolles à Bruxelles. Il compte 12.500 membres et 80.000 bénévoles. Plusieurs appellations et variantes cohabitent et se confondent souvent : Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Ordre protestant de Saint-Jean, Ordre souverain de Saint-Jean,…

L’Ordre des templiers

Les Templiers ont été rendus célèbres par le livre Da Vinci Code, de Dan Brawn, best seller en 2006. Ces moines soldats devaient protéger le temple de Jérusalem et les pèlerins en route vers la Terre sainte. Pour cette mission, ils avaient besoin d’argent. Ils reçurent de nombreux dons et leurs richesses les auraient rendus puissants. Cette puissance ne cessera d’inquiéter le roi de France, Philippe le Bel, qui ne supportait pas qu’on lui fasse de l’ombre. Le 13 octobre 1307, il fit arrêter tous les templiers de France. Leur Grand Maître fut brûlé vif. Et leurs richesses ? Aujourd’hui encore, elles continuent de faire rêver. En 2010, des archéologues auraient repéré une partie du trésor à Hellezelle, en Hainaut. Les francs-maçons se revendiquent parfois comme les héritiers des Templiers. Un nombre important de groupes néo-templiers ont vu le jour au XIXème siècle, parfois ouvertement d’extrême droite, comme « Les chevaliers du Temple » d’Anders Behring Breivik dont la folie meurtrière tua 77 personnes et fit 151 blessés, en Norvège en juillet 2011.

L’Ordre teutonique

Les chevaliers teutoniques composent le troisième ordre de chevalerie religieuse et militaire fondé à Jérusalem au XIIème siècle. Ils soulageaient les croisés germaniques. Leur costume était blanc marqué d’une croix « pattée » noire. A la fin des croisades, ils se sont établis autour de la mer baltique. Ils ont fini par succomber à l’armée polonaise au XVème siècle. Les chevaliers teutoniques sont parfois associés à l’image d’une Allemagne belliqueuse et expansionniste et donc au régime nazi.

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Posted in: Religion, Société