L’infidélité, un marché juteux

Posted on 17 août 2012 par

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Tromper son conjoint n’est plus un tabou. C’est même devenu un business. Article par Anne-Cécile Huwart, paru dans Moustique

Les études concernant l’infidélité pullulent sur Internet et dans les magazines. En établissant une moyenne, on peut dire que près d’un couple sur trois serait concerné… Difficile bien sûr d’évaluer précisément ce phénomène, vu qu’il reste d’ordinaire secret. Secret, oui, mais de moins en moins tabou : l’infidélité s’affiche désormais clairement comme un business qui ne profite plus seulement aux avocats ou aux détectives privés.

Avec l’aide d’Internet, complice efficace et discret, ce marché juteux séduit de plus en plus. Les sites de rencontres extra-conjugales se multiplient. Dernier venu : gleeden.com, dont la campagne de pub au slogan provoquant – « Contrairement aux antidépresseurs, un amant ne coûte rien à la sécu » – avait créé la polémique au début de cette année. Ce site pensé par des femmes compte près de 1,3 millions de membres à travers le monde, dont 60.000 en Belgique en moins de trois mois.

Pour justifier son activité, Gleeden avance ses chiffres : 39% des hommes et 25% des femmes françaises ont déjà trompé leur partenaire. « Si les hommes ont tendance à exagérer, les femmes s’en cachant plus volontiers », précise-t-on chez Gleeden. Eux seuls doivent débourser : 14,99 pour un pack « découverte »…. Jusqu’à 599 pour le « VIP illimité. Le site mise clairement sur les catégories de personnes aux revenus supérieurs. « Ca reste en général moins cher qu’une soirée en boîte », commente Renaud, 37 ans. Mais moins risqué d’être vu ou de rentrer à la maison avec du rouge à lèvre sur le col de chemise…

Un fruit plus si défendu

Les hommes ou les femmes en couple n’ont pas attendu l’apparition des sites de rencontre spécialisés pour se mettre à draguer sur le Net. Benjamin, 32 ans, est un pionnier en la matière. « Dix ans de vie commune, commence ce comptable dans une administration. Nous étions devenus des amis. Nous ne faisions presque plus l’amour. Je m’ennuyais ». Dans son désert affectif et sexuel, ce geek dans l’âme voit l’apparition des premiers sites comme une libération. Il s’inscrit un peu partout, sur caramail.com – dès le début des années 2000, aujourd’hui disparu –, rendez-vous.be,… Bon marché de préférence. A force d’explorer le secteur, il tombe aussi sur des arnaques. « Sur un site, je recevais chaque jour 25 messages de nanas toutes plus canons les unes que les autres. Mais pour leur répondre, il fallait bien sûr payer ».

Le but avoué de Gleeden et des autres sites, spécialisés ou non, est donc de permettre aux couples de voir, sans tout casser à la maison, si l’herbe est plus verte ailleurs. D’autant que depuis 2007, le fruit n’est plus si défendu…  En Belgique, l’adultère n’est plus considéré comme une faute en cas de divorce. Mais il reste néanmoins dans l’arsenal juridique car sa révélation accélère la procédure : si un partenaire parvient à prouver l’infidélité de son conjoint, il ne doit plus attendre un an pour que la « désunion irrémédiable » soit établie. Un conjoint économiquement faible peut aussi se voir privé de pension alimentaire s’il a commis l’adultère et que cette tromperie est la cause de la séparation. « Je viens de plaider en appel pour un client dont l’ex-épouse avait obtenu 3.000 euros de pension alimentaire en première instance, explique Me Marina Blitz, avocate spécialisée en droit de la famille. Il a pu prouver que sa femme avait entretenu une relation injurieuse et a eu gain de cause ».

Traquer les SMS douteux et les actes manqués reste donc rentable… Aider les infidèles à éviter de gaffer aussi. Plusieurs sites leur proposent des alibis clé sur porte : une attestation de participation à une réunion ou à un séminaire, un ticket pour un événement sportif, un document d’inscription à un cours de cuisine (petits gâteaux compris),… La plupart vendent des packs SMS, mail ou téléphone, pour rendre l’alibi plus crédible. Un exemple ? « Mais si chérie, ce soir, je t’assure, j’ai une réunion – tiens d’ailleurs regarde ce SMS de mon patron… ». Le SMS bidon a été envoyé par l’agence complice… sos-mon-alibi-beton.fr, par exemple. Il suffit de faire une demande par mail ou par téléphone à l’administrateur du site. Un justificatif personnalisé est ensuite envoyé par courrier ou par mail (en espérant que le partenaire ne traque pas les enveloppes et la boîte e-mail de son partenaire…). Le panier moyen est d’environ 35 euros par alibi. Et visiblement, ça marche. Le chiffre d’affaires de la société doublerait chaque année. Le site précise que les pièces sont imaginaires et ne peuvent être utilisées comme document administratif, comptable ou judiciaire.

Du virtuel au réel

On le voit, passer du virtuel au réel entre infidèles n’est pas toujours facile… Surtout si les deux sont en couple. Ce défi est le créneau investi par dayuse-hôtels.com. Ce site réserve pour eux des chambres d’hôtel en journée. Pas de n° de carte de crédit ni de mail de confirmation. Un SMS est envoyé au client et, en échange d’une confirmation, celui-ci reçoit un numéro qui lui permettra de récupérer sa clé à la réception. Le paiement s’effectue directement à l’hôtel. Les tarifs, négociés, varient entre 45 et 200 euros pour une chambre double dans un hôtel de catégorie 3 à 5 étoiles. Sinon, il y a les classiques hôtels de passe, tel le mythique Studio Berger, à Ixelles. Cet établissement art déco plein de charme vient d’être racheté par un groupe hôtelier.

Le business de l’infidélité concerne aussi les conjoints paranos. Plusieurs sites proposent de tester le taux de résistance de son/de sa cher(ère) en le(la) mettant en contact avec un tentateur ou une tentatrice. Comme dans la célèbre émission de télé-réalité « L’île de la tentation ». Une simple filature coûte entre 50 et 100 euros. La rencontre suivant un scénario élaboré avec le client (dans une salle de sport, dans un parc,…), avec vidéos, photos et SMS revient de 680 à 890 euros. Une bonne manière pour les détectives privés d’entretenir leurs affaires dans ce domaine.

Quels que soient les moyens d’action, à l’heure où l’on compte trois divorces pour quatre mariages, le marché de l’infidélité a encore de beaux jours devant lui.

Portrait des infidèles
30-50 ans, tranche d’âge la plus représentée
63% / 37% répartition hommes/femmes
91% sont des personnes mariées ou en couple
9% sont célibataires, souvent séparés ou divorcés
11% recherchent des relations homosexuelles ou bisexuelles.

Source: Gleeden.com

 

« Il fallait juste oser »

Chris Paulis est docteur en anthropologie à l’Université de Liège. Elle est membre de l’observatoire du couple à Paris.

L’infidélité est devenue un objet de business au grand jour. Comment expliquer qu’elle soit à ce point banalisée ?

L’institution du couple a été créée pour faciliter la vie en société. Il s’agit d’une construction socio-culturelle. Les lois régissant le couple ont d’abord été édictées pour veiller aux intérêts des enfants. Dans la plupart des cultures, l’adultère a été réprimé – parfois jusqu’à la peine de mort – car il place la structure familiale en danger. Les conséquences potentielles de l’infidélité sont nombreuses : disputes, difficultés financières, sans parler des bébés illégitimes. Ceux-ci ont parfois été tués, abandonnés dans la forêt ou sur les marches d’un couvent, confié à un parent éloigné,… Mais aujourd’hui, les gens ont la possibilité de faire des enfants sans se marier. Ce n’est plus honteux. Et en cas de séparation, des lois et des formules existent pour continuer à protéger les enfants. L’adultère est donc devenu moins transgressif.

Un couple stable et durable reste malgré tout l’idéal à atteindre pour la plupart des gens.

On attend de son partenaire qu’il réponde à certains critères, qu’il corresponde à l’image imposée par la société, l’entourage, les médias,… Ces exigences favorisent les frustrations et donc parfois les infidélités. D’autant que toutes difficultés de la vie – stress au boulot, horaires compliqués, des enfants qui se disputent, un budget serré à gérer – atterrissent naturellement au sein du couple. Une certaine lassitude s’installe, tandis qu’à l’extérieur, les sources d’évasion se multiplient. Pour les deux partenaires. Aujourd’hui, les femmes travaillent, elles ont elles aussi accès à la sphère publique : elles ne doivent plus se contenter  du plombier ou du jardinier ! Mais les couples tiennent malgré tout à leur équilibre : pour ne pas blesser l’autre, pour conserver son amour, pour protéger les enfants, pour des questions financières, on met en place des stratégies pour pimenter sa vie sans la bousculer complètement.

Ceux qui se font de l’argent en facilitant les aventures extra conjugales avancent que c’est pour le bien-être des couples…

Il y a toujours eu des facilitateurs : des domestiques discrets, une copine qui prête son appartement,… Toucher de l’argent pour cela, être payé pour élaborer des scénarios dignes de séries télé pour permettre à quelqu’un de tromper son conjoint, c’est un cran au-dessus. Mais c’est dans l’air du temps, tout s’achète… Il fallait juste oser.

http://www.moustique.be/actu-societe/147243/business-de-linfidelite-il-fallait-juste-oser

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Posted in: Société