Le revers de la médaille

Posted on 8 août 2012 par

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Si l’euphorie olympique a atteint une grande partie de la population, l’événement et, surtout, certaines pratiques laissent parfois un goût amer. Un article de Géraldine Vessière dans l’Echo

Au lendemain de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, le pessimisme qui avait accompagné leur préparation semble s’être évanoui. L’heure n’est plus aux critiques, mais à la fierté nationale. L’effet « feel good » tant recherché par le gouvernement se répand, progressant au fur et à mesure des Jeux et des victoires, pas toujours orthodoxes, de Team GB.
Mais derrière l’éclat doré des médailles, on trouve une réalité moins glorieuse: augmentation de taxes communales pour les londoniens, exonération fiscale pour les sponsors, sort de ceux qui occupaient le site avant qu’il ne soit transformé en Parc olympique …

Interrogées sur cette dernière question, les autorités restent discrètes. Discours officiel: il n’y avait personne à cet endroit, juste peut-être quelques drogués et une société ou deux dont la fumerie de saumon Foreman, véritable success story. Les JO ont permis de réhabiliter un terrain vague envahi de montagnes de frigos ou de pneus usagés et dont le sol était fortement contaminé.
Cette version est loin d’être entièrement corroborée par les propriétaires des 250 entreprises (chiffres non officiels), les locataires des deux immeubles sociaux et les occupants d’un squat d’artistes qui ont dû déménager pour cause de Jeux. « Des gens vivaient sur le site », s’exclame Julien Cheyne, ancien locataire et porte-parole du Counter Olympics Network, un réseau de personnes critiques à l’égard des JO.

250 entreprises expropriées

Selon Lance Foreman, patron de la société éponyme, « ces 250 entreprises employaient 1.200 personnes. C’était une zone industrielle en pleine croissance. Ce n’était pas joli. D’accord. Mais cela fonctionnait bien. Les autorités ont présenté la région comme un dépotoir car la réhabilitation du quartier est un motif valable d’expropriation, alors que l’organisation d’événements sportifs ne l’est pas. Cela leur permettait aussi de dévaluer nos immeubles. » Et de poursuivre: « C’est la zone d’à côté, celle où est aujourd’hui le Shopping center qui était un chancre. Les autorités y amenaient médias et personnalités pour prouver que le lieu était à l’abandon, mais ils pointaient dans la mauvaise direction. D’autant plus que Westfield avait déjà planifié d’y construire son centre commercial. »

D’après Lance Foreman, 75 des entreprises expropriées n’ont pas survécu. 100 se battent toujours pour être indemnisées décemment et 75 ont conclu un accord avec le gouvernement. Lance fait partie de cette dernière catégorie. « Au lieu d’engager un spécialiste des questions d’expropriation, j’ai embauché un avocat des médias. J’étais devenu une telle nuisance que les autorités ont fini par me proposer un marché. »

Cet entrepreneur à la tête d’une entreprise familiale vieille de plus de 100 ans a décidé de tirer profit de son infortune. « Tant qu’à faire, autant voir comment bénéficier de la situation plutôt que de se lamenter. Les Jeux olympiques offrent une formidable plateforme marketing. Il faut saisir le moment. »

Fortunes diverses

L’avis d’expropriation à peine notifié, ce joueur de poker achète un terrain désaffecté de l’autre côté de la rivière Lee, juste en face de l’actuel Parc olympique. En 10 mois, il construit ses nouveaux bâtiments et développe un projet ambitieux dans lequel il mise tout ce qu’il a. Aujourd’hui, il n’a pas encore atteint le break even.

Outre la fumerie, il crée un restaurant, des salles de réception, une galerie d’art et, pour couronner le tout, une Riviera temporaire: palmiers, terrain de Beach Volley avec des pin-up en bikini pour l’animer, écrans géants, champagne et cocktails, chaises longues et sofas, bateaux reliant la Riviera à l’entrée du site olympique, sont de la partie. Le lieu dénote cependant avec le quartier d’Hackney Wick dans lequel il se trouve. Région industrielle, il a progressivement été investi par des artistes sans le sou qui, à la recherche d’un toit à un prix abordable, ont reconverti d’anciens entrepôts en logement à l’aide de quelques coups de scie et de marteau. Mais Lance caresse l’idée d’éventuellement transformer sa riviera en club permanent.

D’autres ont également essayé de profiter de la manne. C’est notamment le cas du Belge Diego Ghymers et de ses deux compères Davide et Giuseppe. Le 27 juillet dernier, ils ouvraient Hackney Cut, café et lieu de concert avec vue sur le Parc olympique. « Les JO sont une compétition à celui qui fera le plus de profit. Tant qu’à faire, autant utiliser cette occasion pour lancer notre business. Hackney Wick est entrain de profondément changer. C’est le moment d’y démarrer une activité », expliquait Diego.

Dix jours plus tard, il devait déchanter. Les restrictions d’accès au quartier, « pour cause de sécurité », les places de parking devenues payantes, et le détournement des visiteurs vers le centre commercial de Stratford, rendent le coin désert.

Communauté locale exclue

Une situation qui laisse amère Anna, coorganisatrice du festival Hackney Wicked, annulé cette année. « Si le festival avait eu lieu, il aurait au moins apporté un peu d’activités et de revenus pour les commerçants du quartier. On nous a fait comprendre que si on organisait l’événement, il serait immédiatement fermé. On est une équipe de bénévoles. On n’avait pas les moyens de résister ni de mettre en place un système de sécurité apte à répondre aux inquiétudes des autorités. On espérait avoir un soutien des organisateurs du festival London 2012. Ils ont financé tellement d’événements culturels. Mais ils ne nous ont pas inclus dans leur programmation. La pilule est un peu dure à avaler quand on connaît l’importante communauté artistique du quartier et vu notre proximité avec le Parc. »

Le sentiment est partagé par une riveraine, Emilie, compositrice de musique pour film. « Il y a cette impression qu’on n’a pas du tout été associé à l’événement. Que des grandes marques, certaines personnes et entreprises en bénéficient, mais nous, qui sommes voisins, en avons été exclus.»

La parole au Counter Olympics Network

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