Les diktats du CIO empoisonnent la vie des commerçants

Posted on 4 août 2012 par

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Les restrictions imposées par le CIO et le Locog, le Comité organisateur des Jeux, pour protéger la marque des JO suscitent la colère des magasins locaux. Un article de Géraldine Vessière paru dans L’Echo

Space Hijackers, « manifestants officiels des Jeux olympiques de Londres 2012 », a sévi. (c) Space Hijackers

« On nous a vendu les Jeux comme étant bénéfiques pour la population et les commerces londoniens, mais on ne peut pas en profiter. Ces jeux sont une farce », s’énerve Ben, tenancier d’une épicerie-salon de thé de l’Est de Londres. Sur le trottoir devant son échoppe, un panneau affiche le dessin d’un haltérophile avec, en arrière-plan, un drapeau arborant 4 anneaux olympiques. « Le 5e peut être caché par le pli du drapeau, donc cela peut passer », justifie-t-il. Trublion, provocateur, il a aussi mis en ligne une photo de 5 noix de coco dont la disposition peut faire penser aux anneaux olympiques. La légende: « Si j’ai 5 noix de coco dans une boîte, comment puis-je éviter d’avoir des problèmes avec Locog? » « Je n’ai pas eu d’ennuis », sourit-il.

Ce qu’a vécu Hamdi Shahein, patron d’une librairie-papeterie dans le nord-est de Londres, est moins drôle. Toujours prêt à participer aux événements de sa communauté, il a décoré sa façade de 3 banderoles -le drapeau britannique, celui officiel des Jeux et un autre reprenant les emblèmes des différents pays-, pendu des fanions olympiques a l’intérieur de son magasin et placé des produits officiels de merchandising dans ses rayons. Seule pointe d’enthousiasme pour les Jeux dans le quartier, le lieu dénote par rapport aux commerces environnants. Mais, le 21 juillet dernier, « trois officiers de Locog sont venus me demander de retirer banderoles et produits. Je n’avais pas le droit de les vendre car je n’avais pas payé la licence. J’ai refusé. Un peu plus tard, des voitures de police se sont arrêtées devant chez moi, six policiers en sont sortis et sont entrés dans mon magasin. Ils sont partis me disant que quelqu’un du Locog allait venir me faire enlever tout ça. Tout ce que je fais, c’est pour la communauté, pour faire partie du mouvement. Je ne tire quasi pas de bénéfices de ces produits. »

Nombreux sont aussi ceux qui, comme Space Hijackers, tournent ce diktat en dérision ou essayent de contourner l’interdit. C’est notamment le cas du bureau londonien de Wallonie Bruxelles Tourisme qui a organisé une parade de vélo « Off-Lympic » et distribué des « médaillons » lors d’un événement destiné à promouvoir la gastronomie et le cyclisme belge.

Risquent-ils d’avoir des problèmes? « Peut-être. La question à poser est: l’initiative peut-elle être associée aux anneaux, aux images ou aux devises olympiques? Si oui, ce sera considéré comme un usage impropre d’une marque », précise l’avocat spécialisé en droit de la publicité Paul Jordan. La plupart des petits commerces n’ont cependant pas les moyens de consulter un juriste pour savoir ce qu’ils ont le droit de faire. Beaucoup optent dès lors pour la prudence et se retirent des Jeux.

Les JO: une marque

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