Les yeux de Londres sont braqués sur vous

Posted on 27 juillet 2012 par

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Le Royaume-Uni veut montrer qu’il est à même d’assurer la sécurité des jeux et par-là vendre le pays comme une destination sure.

Moins de deux semaines avant le début des JO, les défaillances de la société de gardiennage G4s remettaient la question de la sécurité des jeux au centre des débats. La firme privée annonçait qu’elle ne serait pas capable de fournir les effectifs promis.
Il faut dire que les Jeux olympiques de Londres seront la plus grande démonstration de force qu’ait connue la Grande-Bretagne en temps de paix. 17.000 militaires dans la ville, soit plus que le nombre de troupes envoyées en Afghanistan (on en comptait 9500 en 2011). 12.000 policiers. Des avions, des hélicoptères et navire de guerre prêts à intervenir, l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du site de Stratford, l’installation ou l’amélioration de systèmes de surveillance, tels des procédés de reconnaissance faciale, la mise en place de missiles sol-air sur des habitations proches des jeux, le renforcement de contrôles dans les aéroports et les différents sites olympiques, la limitation du droit de manifester, l’extension des pouvoirs des agents de la sécurité (publics mais aussi privés), la mise en place d’un vaste dispositif de protection contre les risques de cyberattaque sont quelques unes des mesures adoptées.
Selon Tina Soria, chercheuse en contre-terrorisme et sécurité à Rusi, think thank spécialisé dans les questions de défense, « les attentats du 11 septembre 2001, ceux de 2005, survenus le lendemain de la désignation de Londres comme ville olympique, le 40e anniversaire du massacre de Munich où un groupe de Palestiniens avait pris en otage et ensuite tué 11 juifs de l’équipe olympique israélienne, ou encore le côté particulièrement attractif de la capitale britannique comme cible pour les terroristes potentiels justifient de telles mesures. »

L’illusion du risque zéro

Ces mesures impressionnent cependant. D’autant plus qu’elles s’inscrivent dans une tendance générale vers une sécurisation croissante des jeux, qui a commencé il y a une dizaine d’année. «Les dispositifs de sécurité sont devenus beaucoup plus importants depuis les jeux d’Athènes de 2004, souligne Tina Soria. C’étaient les premiers jeux d’été après les attentats du 11 septembre. »
La sécurité lors des jeux de Sydney de 2000 avait coûté $179,6 millions, déjà $108,2 de plus que ce qui avait été payé pour les jeux d’Atlanta quatre ans plus tôt. Pour ceux d’Athènes, le budget était de $1,5 milliard et plus de 90.000 agents de sécurité avaient été déployés. Pékin quant à lui a été une démonstration de la puissance militaire de la Chine : 46.000 agents de sécurité, 47 systèmes de défense aérienne, 63 bateaux, 98 avions, 60 hélicoptères étaient prêts à intervenir pendant la durée des jeux.

A l’inverse cependant d’Athènes voire de Pékin, où de nombreux dispositifs tels des caméras de surveillance, ont dû être installés pour l’occasion, Londres avait déjà toute une infrastructure en place. Dès le début des années ’90, suite aux attentats commis par des groupuscules irlandais, la capitale avait commencé à développer un vaste réseau de surveillance et de sécurité. Son travail a donc été d’améliorer les dispositifs existants.

Conséquences sur le long terme

L’impact de ces mesures ne se limitent pas à la période des jeux. Elles continuent en général à produire des effets longtemps après le départ du CIO. Les jeux ont de fait tendance à entraîner des changements durables dans l’approche et les moyens des pays en matière de sécurité. Les 300.000 caméras de surveillance installées à Pékin y sont toujours. Le système de commande, de contrôle et de communication mis en place pour les jeux de Vancouver continuera à être utilisé. « Pour la Grande-Bretagne, je pense que les changements les plus importants concerneront la gestion des services de renseignement, estime Tina Soria. L’amélioration de la collaboration entre la police et le MI5, les nouvelles manières d’analyser et de traiter les informations recueillies, laisseront une trace sur le long terme. Les services de protection contre les cyberattaques également.»
Un des legs potentiels a par contre pris un sérieux coup : la privatisation des missions de sécurité, sujet par ailleurs très controversé. Alors que la Grande-Bretagne envisageait de céder de plus en plus cette tâche à des sociétés privées, tous les projets de ce type ont été mis en suspens suite à la défaillance de G4s.

Changement sociétal

Qu’est-ce qui explique une telle évolution sécuritaire ? Les différentes attaques qui ont frappé l’occident pendant les années 2000 ont accru l’impression de vulnérabilité des Etats et des populations. Ce sentiment de fragilité a entrainé comme le souligne Stephen Graham, professeur à l’université de Newcastle, un transfert d’une politique de gestion du risque proportionnée aux menaces encourues à une politique du risque zéro, une quête de la protection totale. Une illusion, un objectif impossible à atteindre, mais que les autorités veulent ou se sentent obligée de poursuivre en y investissant des moyens de plus en plus importants.
Certains dénoncent aussi le lobby de l’armement à la recherche de nouveaux marchés, voire les gouvernement européen souhaitant promouvoir leurs entreprises dans un secteur dominé par les Américains et les Israéliens. « Ce n’est pas le principal objectif, nuance Jon Coaffee, professeur à l’université de Brimingham, mais il est vrai que le ministre en charge du commerce extérieur s’est rendu au Brésil pour essayer d’exporter notre expérience dans ce domaine en vue des jeux de 2016. »
Pour reprendre une citation de Stephen Graham : « les sociétés olympiques contemporaines sont boostées aux stéroïdes ». Peut-être faudrait-il leur faire passer un contrôle antidopage.

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