Le monde a les yeux rivés sur Londres

Posted on 27 juillet 2012 par

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Le monde entier aura les yeux rivés sur la Grande-Bretagne pendant deux semaines. L’île s’est pour l’occasion affublée de ses plus beaux atours. Un article de Géraldine Vessière paru dans L’Echo le 27 juillet 2012

Ce vendredi 27 juillet, 8 heures du matin. Des milliers de cloches, sonnettes et autres carillons retentissent dans toute la Grande-Bretagne. Big Ben, la marine royale britannique, l’armée, la Royal Air Force, la guilde des crieurs publics, l’Eglise d’Angleterre, l’association des guides britanniques, entre autres, seront de la partie pour 3 minutes de cacophonie musicale. « Work No. 1197 – toutes les cloches d’un pays sonnent aussi rapidement et bruyamment que possible » l’oeuvre de Martin Creed – accueillera de la sorte les athlètes et célébrera le début des Jeux Olympiques.

En soirée, la cérémonie d’ouverture menée par le réalisateur Dany Boyle et son équipe marquera le début officiel des jeux (page 3). Jusqu’au 12 août prochain, voire jusqu’à la fin des Paralympiques, l’ambiance se devra d’être à la fête en Grande-Bretagne. Mais en arrière-plan, il y a des mesures de sécurité hors du commun et une crise qui pèse sur le moral de la population. Les Jeux parviendront-ils à les faire oublier?

Hôte des jeux de 1908 et de 1948, la Grande-Bretagne s’est battue pour accueillir la 30e édition des Jeux. Cinq villes, Moscou, New York, Madrid, Paris et Londres, étaient en lice. le Comité international olympique a tranché le 6 juillet 2005, à Singapour, en faveur de Londres – alors que Paris était donnée favorite. « J’étais dans ma voiture ce jour-là. J’écoutais la radio, se souvient Roger, ancien journaliste, aujourd’hui propriétaire d’un club de fitness dans l’Est de Londres. On s’est tous mis à klaxonner. Il y avait une chouette ambiance. Le lendemain, Londres était frappée par quatre attentats qui ont fait 52 morts. Le contraste entre la joie d’avoir remporté les JO un jour, et la détresse créée par les attentats le lendemain reste gravé dans ma mémoire. »

La volonté de Londres de promouvoir le sport olympique et paralympique auprès de la population, celle de créer les Jeux les plus écologiques de l’Histoire, celle de laisser un important héritage sur le long terme ou encore celle de réhabiliter la Lea Valley, à Stratford, territoire à la limite d’un bidonville où vivaient quelques artistes, personnes défavorisées et entreprises, a probablement pesé dans la balance.

« J’ai l’impression que ce qui a fait la différence entre Paris et Londres est la qualité de la présentation des Britanniques et la personnalité de Sebastian Coe (ancien athlète médaillé d’or, président de la candidature britannique en 2005 et aujourd’hui président du comité organisateur des jeux, le Locog, NDLR). C’est un ‘finisher’, quelqu’un qui sait comment gérer une compétition », raconte Piet Moons, directeur marketing du COIB. « Paris se vendait plus comme capitale de la France alors que Londres se présentait comme étant au service des Jeux et laissait transparaître un esprit plus olympique. »

Un budget multiplié par quatre

Les moyens financiers étaient également un des enjeux. A l’époque, le CIO était rassuré par la structure semi-publique – collaboration entre le gouvernement, la ville de Londres et la Loterie nationale – et semi-privée proposée. Le budget de 2,4 milliards de livres (3,065 milliards d’euros) annoncé semblait raisonnable. Mais voilà, la crise de 2007-2008 a mis un sérieux grain de sable dans l’engrenage. Les partenaires privés se sont désistés et le gouvernement a dû reprendre les rênes de certains projets, dont la construction du Village olympique. Le budget a également explosé. Il se murmure que le comité responsable de la candidature en 2005 avait volontairement sous-estimé les coûts pour convaincre le gouvernement britannique de s’engager dans le projet. Les 2,4 milliards de livres sont ainsi devenus 9,298 milliards de livres (11,8 milliards d’euros). A ceux-ci, il faut encore ajouter 6,5 milliards de livres (8,3 milliards d’euros) investis dans le transport, montant qui ne figure pas dans les chiffres généralement présentés, sous prétexte que ces dépenses auraient de toute façon dû être réalisées. « Ces quelque 20 milliards d’euros répartis sur 4 ou 5 ans représentent un peu plus d’1% du PIB par an sur cette période », souligne Tony Travers, directeur de la London School of economics.

Quant à l’organisation des Jeux proprement dite, elle s’élève à 2 milliards de livres (2,5 milliards d’euros), financée via le sponsoring, le Comité International Olympique et la vente de billets (voir infographie).

En période de crise, ces budgets font grincer des dents. La compétition entre fierté nationale versus austérité bat son plein. Les critiques fusent. Et le spectre de la crise plane au-dessus des jeux. La menace de grève des fonctionnaires, notamment ceux des aéroports, est une illustration de ce malaise.

Héritage à long terme

Les autorités publiques tentent de rassurer la population. Début juillet, le Premier ministre déclarait que les Jeux allaient rapporter à l’économie britannique 13 milliards de livres (16,6 milliards d’euros) sur les quatre prochaines années; 1 milliard proviendrait des relations commerciales nouées pendant les sommets organisés parallèlement aux jeux par le UK Trade and investment; 4 milliards viendraient d’importants travaux d’infrastructure dans des pays comme la Chine ou l’Arabie Saoudite – 50 projets sont déjà identifiés -; 6 milliards résulteraient d’investissements étrangers et enfin, 2,2 milliards émaneraient du tourisme.

Chaque conférence de presse est aussi l’occasion pour les autorités en charge des JO de souligner que, sur 1 livre dépensée, 75 cents laisseront un héritage sur le long terme, qu’il s’agisse du Village olympique, de l’assainissement de la rivière Lea, de l’amélioration du réseau de transport ou encore de la construction de nouvelles infrastructures sportives. « Il est très difficile de savoir quel sera l’impact économique de l’événement pour le pays, souligne Tony Travers. Il faudra voir quelles seront les conséquences à court terme, durant les 6 semaines que dureront les Jeux Olympiques et Paralympiques mais aussi les effets sur le long terme. Il y a cependant déjà des éléments positifs à souligner comme la réhabilitation d’un quartier délaissé et hautement pollué, la construction de nouveaux logements, l’amélioration de l’image de Londres… »

Les dépenses ne sont pas le seul sujet d’inquiétude. Les dispositifs de sécurité (page 3) ou la perturbation des transports suscitent de nombreux commentaires. Depuis des mois, Locog, l’agence responsable de l’organisation des jeux, et la société de transport londonien, TFL, suggèrent aux citoyens de trouver des alternatives, voire d’éviter le centre-ville. Vacances ou télétravail sont à privilégier. Et les vélos publics – style Villo à Bruxelles – risquent bien d’être pris d’assaut.

Chiffres et tableaux dans l’article en pdf. Clickez ici pour le lire.

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