L’économie des JO

Posted on 3 juin 2012 par

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Dans 54 jours, Londres sera embrasée par la flamme olympique. Hormis les enjeux sportifs, les Jeux olympiques représentent également une manne financière non négligeable pour l’économie en Grande-Bretagne. Un article de Géraldine Vessière paru dans Trends Tendances
Stratford dans l’est de Londres. Entre les projecteurs, les barrières de chantier, les portiques de sécurité flambant neufs, des ouvriers en veste fluorescente et des bobbies chargés de veiller au maintien de l’ordre, une foule enthousiaste circule. Encore calmes comparé à l’affluence attendue dès le 27 juillet, les visiteurs du site des Jeux olympiques s’arrêtent à une buvette d’appoint, admirent de loin le parc ou encore s’empressent de quitter les 6° C qu’il fait à l’extérieur pour plonger dans les 30° C du centre aquatique.

Après plus de six années de travaux, il est temps pour les organisateurs des JO de passer aux dernières épreuves avant le jour J : tester les nouvelles installations et sélectionner les sportifs qui représenteront la Grande-Bretagne au niveau mondial. En février, les plongeurs ont fait leurs preuves. En mars, c’était au tour des nageurs d’investir le centre aquatique conçu par l’architecte Zaha Hadid. Le bâtiment impressionne tant par son défi technologique – une toiture de 160 m de long sur une structure de plus de 3.000 tonnes d’acier – que par son esthétique partiellement occultée par deux ailes temporaires ajoutées pour faire passer la capacité du lieu de 2.500 à 17.500 sièges.

Machine à sous

Le centre aquatique est l’entrée vers le site de Stratford. A sa droite, le stade olympique, prêt à accueillir 80.000 personnes cet été. A sa gauche, l’immense centre commercial de Westfield, dont la présence déjà marquante en journée brille encore plus à la nuit tombée. Septante pour cent des visiteurs des JO passeront par ce temple de la consommation, un des plus grands d’Europe, pour accéder au site olympique. Et pour être sûr qu’ils n’en négligent aucun des recoins, des panneaux placés au plafond leur rappellent qu’ils ne doivent pas oublier de continuer leur chemin dans «la rue», où ils pourront trouver «encore plus de magasins et de restaurants»; 5,5 millions de personnes étant attendues pour les Jeux, ce sera le jackpot pour les 370 magasins, cafés, bar et restaurants qui ont investi l’espace.

Le groupe Westfield a d’ailleurs déjà annoncé que les heures d’ouverture seront étendues pour l’occasion alors que Visa Europe jubile. Dans un rapport dithyrambique, la société de paiement estime que la consommation devrait exploser en Grande-Bretagne pendant les sept semaines que dureront les Jeux olympiques et paralympiques.

Alors que le pays hôte voit d’habitude son économie tourner au ralenti pendant cette période (les habitants décidant de fuir la cohue et les touristes migrant vers une destination plus sereine), ce ne sera évidemment pas le cas cette fois-ci. L’économie anglaise devrait bénéficier d’une augmentation des dépenses des consommateurs de 18,5 %, soit 916 millions d’euros de plus. Et ce sont les commerçants ainsi que les secteurs des loisirs et des voyages qui devraient en recevoir la part du lion, soit 621 millions d’euros. Toujours selon la même étude, d’ici à 2015, les retombées des JO devraient rapporter 6,2 milliards à l’économie britannique. De son côté, Oxford Economics, sollicité par Visit London, le bras officiel du tourisme londonien, avait ainsi prédit en 2007 que les Jeux allaient apporter de 1,6 à 2,7 milliards d’euros supplémentaires au tourisme de la ville entre 2007 et 2017.

Scepticisme

Tous ne partagent pas cet enthousiasme. L’association des tour-opérateurs européens (ETOA) notamment fustige ces discours trop optimistes. «Les Jeux ne sont pas une bonne nouvelle pour l’industrie du tourisme, affirme Tom Jenkins, directeur d’ETOA. Nous avons 130.000 chambres à remplir pendant cette période. Je ne pense pas qu’on y arrivera. Les JO ne sont pas un événement touristique, mais sportif. Ils n’attirent pas le même genre de public. Les amateurs de sport ne sont en général pas intéressés par les traditionnelles activités touristiques et les touristes, eux, ont tendance à fuir ce type d’événement.»

Selon l’association, le nombre de visiteurs étrangers risque de baisser de 90 % cet été. Il faut dire que le prix des chambres d’hôtel, entre 500 et 1.000 euros la nuit pour un quatre étoiles, risque de décourager les plus aventureux. Tom Jenkins met ainsi en garde les hôteliers qui espèrent encore remplir leurs chambres, et leurs caisses. «Ils risquent d’être déçus. Aucune des villes hébergeant les JO n’est parvenue à prévoir de manière exacte la demande lors de ce type d’événement. Elles ont invariablement surestimé le nombre de visiteurs étrangers, ce qui a eu des répercussions sur les attentes des hôtels et des opérateurs touristiques.»

Afin de lutter contre ce risque, les initiatives se sont multipliées pour intéresser les journalistes, les touristes et les consommateurs en général, qu’il s’agisse d’une programmation culturelle bouillonnante, d’une « machine de communication» proposant des sujets prérédigés aux journalistes ou encore du développement de la marque London 2012 et d’une vaste gamme de produits dérivés.

Nouveau quartier

Certaines retombées positives sont cependant déjà visibles et énergiquement soulignées par les organisateurs. A commencer par la régénération du site de Stratford, surnommé jusqu’il y a peu «Stinky Stratford» (puant) par les Londoniens. Un qualificatif encore raisonnable vu la concentration en produits chimiques de tous types (cyanure, arsenic, essence, plomb, etc.) dans le sol. On pouvait encore récemment y trouver des vestiges de la Seconde Guerre mondiale. Sans compter les déchets radioactifs qui y ont été enterrés et s’y trouvent toujours. Cette zone jusqu’ici aux mains d’industries lourdes et d’une population défavorisée a ainsi connu un lifting complet. Deux millions de tonnes de terre ont été décontaminées. Une nouvelle centrale énergétique, une infrastructure de transports (public et routier) ou encore un réseau Internet de pointe ont été installés.

Après les Jeux, un tout nouvel espace de vie sera donné aux Londoniens. Il offrira neuf lignes de train (dont un terminal Eurostar), une école, un parc, une clinique, des infrastructures sportives à proximité voire 2.800 appartements fraîchement construits. Dans une ville souffrant d’une pénurie de logements, ce point peut être salué. Cinquante pour cent d’entre eux seront des maisons à loyer abordable pour des travailleurs du milieu enseignant et hospitalier. Le reste sera loué au «prix du marché». Très peu d’informations circulent par contre sur les éventuelles personnes qui ont été expulsées pour permettre à ce nouveau quartier d’émerger. «Il n’y en avait pas beaucoup», élude un membre du Locog (London Organising Committee of the Olympic Games).

Photo: Locog

Riders try the course for the first time ahead of the London Prepares BMX competition.

Positif pour l’emploi également ?

«Quelque 40.000 personnes et 1.500 entreprises ont travaillé pour les JO, souligne Jonathan Edwards, ancien champion olympique du triple saut et membre du Locog. Ces travaux ont bénéficié à tout le pays. Un budget de 7,3 à 8,5 milliards a été investi dans le développement des infrastructures. Nonante-huit pour cent des contrats ont été conclus avec des sociétés britanniques, la moitié venant de Londres, l’autre du reste du pays.»

Le budget total officiel directement dédié à ces 30es Olympiades de l’ère moderne est de 13,8 milliards d’euros. Un peu plus de 10,9 milliards viennent des pouvoirs publics – 23 % de la Loterie nationale, 67 % du gouvernement et 10 % de la ville de Londres – et ont servi à financer les infrastructures et d’autres dépensent notamment de sécurité. Les 2,4 milliards restants ont été apportés par le privé (sponsors, partenaires, merchandising, vente des tickets, légère contribution du Comité international olympique ou encore un pourcentage des droits de diffusion télé).

Une partie de cette somme sera récupérée grâce à la revente où à la cession sous forme de bail de longue durée des nouvelles installations. Le Village olympique a ainsi été cédé pour moitié à Triathlon Homes qui en fera des logements à loyer modéré et pour moitié à Qatari Diar, un fonds d’investissement aux mains de la famille royale qatarie. Plusieurs institutions se sont aussi présentées pour assurer la gestion des installations sportives. Greenwich Leisure Limited reprendra ainsi l’exploitation du centre aquatique et de la salle multisport pendant 10 ans alors que Lee Valley Regional Park Authority a remporté l’appel d’offres pour le VéloPark, qui comprend un Vélodrome couvert et un terrain extérieur. Les pourparlers sont par contre toujours en cours pour le Media Center et le Stade olympique. Pour ce dernier, une concession pour 99 années est prévue. Le club de football de West Ham figure parmi les quatre candidats dans le dernier round des négociations.

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Géraldine Vessière

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