La BERD s’ouvre aux pays méditerranéens

Posted on 19 mai 2012 par

0


Après 20 ans d’existence, la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) a vu étendre ses compétences des pays ex-communistes aux pays méditerranéens. Rencontre avec le Belge Jean-Louis Six, représentant les intérêts de la Belgique, du Luxembourg et de la Slovénie au sein de l’institution. Par Géraldine Vessière dans L’Echo – 19 mai 2012

printemps arabe

Les gouverneurs de la Berd, à savoir les ministres des Finances des États actionnaires, viennent d’étendre les compétences de l’institution aux pays de la Méditerranée. Pourquoi avoir choisi la Berd et non une autre instance comme la banque africaine de développement?

L’une des raisons est que la banque a des réserves financières. Elle peut donc intervenir rapidement sans devoir recourir à une nouvelle levée de fonds auprès des États. L’autre, plus importante, est que l’organisation a plus de 20 ans d’expérience dans les pays en transition. Elle peut donc en faire profiter les pays du bassin méditerranéen. Les problématiques de ces pays sont du reste similaires à celles qu’ont connues, ou que connaissent encore, les États de l’ancien bloc soviétique. On peut par exemple citer le sous-développement de certains secteurs comme l’agribusiness ou la nécessité de restructurer le système bancaire.

Y a-t-il des divergences de point de vue entre actionnaires quant à la politique à mener dans les pays du printemps arabe?

Diverses sensibilités s’expriment. Certains pays pourraient craindre d’être délaissés en raison de notre intérêt pour cette nouvelle région. Mais dans l’ensemble, nous sommes assez unanimes sur le déploiement des activités de la Berd dans le bassin méditerranéen.

Comment les pays actionnaire de la Berd réagissent-ils face à la montée en puissance de l’islamisme?

C’est la subtilité de l’exercice. On doit être extrêmement respectueux d’un élément essentiel du processus démocratique – le résultat des élections – tout en préservant nos valeurs occidentales. L’article numéro 1 du traité instituant la Berd ne l’autorise à travailler qu’avec les pays qui évoluent vers la démocratie et le multipartisme. C’est pour cela par exemple que notre activité est limitée en Biélorussie, en Ouzbékistan et au Turkménistan.

La question se pose donc de savoir dans quelle mesure on pourra travailler avec les Frères musulmans en Egypte ou à partir de quel moment un parti salafiste devient infréquentable. Mais pour l’instant, rien n’est clair. Il faut observer la manière dont les régimes en place au Maroc ou en Jordanie vont gérer leur programme de changement ou encore comment se dérouleront les élections présidentielles qui auront lieu en Egypte en mai et en juin.

Notre responsabilité, en tant qu’administrateurs, est de suivre la situation de près. Cela ne nous empêche toutefois pas de commencer à agir dès maintenant pour consolider les forces démocratiques.

Les mouvements les plus radicaux se nourrissent de la pauvreté et des carences économiques. Si on veut donner une chance aux modérés, il faut créer de la richesse, de l’emploi, de l’activité.

N’y a-t-il pas un problème de timing du fait que les élections ont lieu à court terme, alors que le développement économique s’envisage à moyen ou à long terme?

La transition économique ne se décrète pas, elle se crée. Parfois cela prend du temps. En Russie par exemple, la situation a évolué, le pays s’est modernisé. La gestion des attentes est donc effectivement un grand défi, à côté de l’évolution politique, notre mandat ne nous autorisant à intervenir que si les pays évoluent vers la démocratie et le pluripartisme. Donc oui, les choses bougent à des rythmes différents et le politique va sans doute évoluer plus vite que l’économique. Il va donc falloir gérer le décalage entre les attentes et les résultats palpables sur le terrain, assurer des changements tangibles dans des délais porteurs d’espoir afin d’éviter d’alimenter des frustrations. Nous devons cependant commencer maintenant et non attendre que tout soit réglé pour agir.

Comment comptez-vous procéder?

Il faudra travailler sur un mélange de projets susceptibles de produire rapidement des résultats et d’autres dont les effets seront attendus sur le moyen ou le long terme.

L’amendement étendant les compétences de la Berd doit encore être ratifié par de nombreux États membres. Que pouvez-vous déjà faire sur le terrain?

Pour le moment, nous analysons la situation. Nous essayons de comprendre les spécificités de ces régions et d’identifier leurs besoins. Nous faisons aussi ce qu’on appelle de la coopération technique, ce qui comprend des études de faisabilité ou l’instauration de dialogues avec les autorités, afin de préparer les projets. Nous avons déjà identifié quatre secteurs qui semblent demandeurs: le secteur bancaire, l’agribusiness, l’énergie et les pouvoirs publics.

Pas les infrastructures?

Nous sommes une banque du secteur privé et des PME. Il n’est pas impensable que la banque participe à des projets portant sur des infrastructures, mais d’autres institutions, comme la Banque mondiale ou la BEI, sont plus spécialisées dans ce domaine. Traditionnellement, la Banque mondiale soutient par exemple la politique de soins de santé ou d’infrastructures d’un pays tandis que nous, nous apporterons plutôt des financements à une entreprise ou à une autorité locale qui veut construire une station d’épuration
ou acquérir 5 bus. Nous avons ainsi aidé des entreprises belges comme KBC, Solvay, Delhaize ou encore Jan de Nul, entre autres, qui avaient des projets dans nos pays d’opérations.

Avec la crise et les réticences des banques à accorder des prêts, vous avez dû devenir beaucoup plus « additionnels »…

La crise financière a renforcé le rôle des Institutions financières internationales (IFI). Les institutions publiques sont devenues plus indispensables au privé qu’auparavant. Le nombre de demandes a augmenté, nos investissements sont passés de 5 milliards en 2008 à 9 milliards en 2011. notre rôle est devenu plus important en raison des défaillances du secteur privé.

Vous êtes donc une banque qui recrute.

Oui, effectivement. Pour l’instant nous recherchons plus spécifiquement des personnes parlant arabe afin de nous permettre de développer nos activités dans le bassin méditerranéen.

president EBRD2

Voir aussi:

La présidence de la BERD au coeur d’une lutte inédite entre Européens

C’est quoi la BERD?

Publicités