La présidence de la Berd au coeur d’une lutte inédite entre Européens

Posted on 15 mai 2012 par

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Cinq candidats se disputent encore la présidence de la Berd. Pour la première fois, la procédure pourrait quitter le cercle fermé des réunions de l’Ecofin. Géraldine Vessière dans L’Echo – 15 mai 2012

À la frontière de la City de Londres s’érige le bâtiment de la BERD. Ses escaliers de marbre, vestige de l’époque de Jacques Attali, le premier président, le restaurant le Steak Exchange à sa gauche, la gare Liverpool Street à sa droite et une imposante statue de Botero devant. Le marbre des couloirs, passant d’une texture brute à lisse, comme le serait, selon les concepteurs du bâtiment, le passage des pays d’ex-URSS d’une économie communiste à une économie de marché, a suscité la polémique à l’époque. Mais ces critiques font aujourd’hui partie du passé. L’institution est confrontée à d’autres réalités plus immédiates: l’élection de son nouveau président, le 6e en date.

EBRD SirSumaPour la première fois, le processus de désignation de ce dernier devrait être plus ouvert. Jusqu’à présent, le président était désigné tous les 4 ans par les ministres de l’Ecofin, les Etats membres de l’Union européenne représentant 64% des voix, il semblait « logique » pour les autres actionnaires de les laisser décider. Et les Etats-Unis ayant d’office la première vice-présidence, la nomination du président pouvait rester de compétence européenne. Un accord intervenu au moment de la création de la BERD entre Thatcher et Mitterand aurait d’ailleurs convenu que les briques, et donc le siège, de l’institution iraient à Londres, et la tête, à la France. Des cinq premiers présidents, trois étaient français et deux, en ce compris le président en exercice, Thomas Mirow, allemands.

Mais voilà qu’ambitions personnelles, tendance actuelle en matière de gouvernance, ou encore absence d’unanimité autour du candidat français, font que la BERD sera pour la première fois confrontée à des élections. Du haut de la salle de conseil, décorée des 64 drapeaux des Etats membres et d’une bibliothèque remplie de livres sculptés dans la pierre, cadeau offert par le maire de Londres en 1993 pour symboliser la science censée guider le conseil d’administration dans ses décisions, les 64 actionnaires devront élire le prochain président de la BERD le 18 mai prochain. « Devraient », car rien n’est sur. Les ministres de l’Ecofin pourraient, lors de leur réunion du 15 mai, encore décider de respecter la tradition et s’accorder entre eux sur le nom du prochain responsable de l’organisation.

Cinq prétendants en course

Cinq candidats sont en lice: le polonais Jan Bielecki, ancien premier ministre polonais, le Franco-Serbe Bozidar Djelic, ex-vice-premier ministre serbe et gouverneur à la banque mondiale, l’anglais Sir Suma Chakrabarti, actuel secrétaire général du ministère de la Justice, le français Philippe de Fontaine Vive Curtaz, vice-président de la BEI et responsable des financements dans les pays méditerranéens, et enfin l’actuel président, l’allemand Thomas Mirow. Celui-ci ne bénéficie cependant pas du soutien explicite de son pays. Plus intéressée par obtenir d’autres postes comme la direction du Mécanisme européen de stabilité (MES), Angela Merkel aurait convenu avec Nicolas Sarkozy que la tête de la BERD reviendrait à un français.

Pression croissante

En filigrane de ces élections, transparaît aussi la pression croissante de certains pays en faveur de processus plus démocratiques pour la désignation des responsables de grandes institutions internationales. Le dernier exemple en date, l’élection du président de la Banque mondiale, est retombé comme un soufflé. Des deux candidats encore dans la course, l’américain Jim Yong Kim et la ministre des Finances nigériennes, Ngozi Okonjo-Iweala, c’est l’américain qui l’a remporté, comme le veut la coutume depuis 1946. Cela changera-t-il le 18 mai prochain? Tout sera-t-il décidé dans le cercle restreint des ministres des Finances qui se réunit aujourd’hui? Les réponses à ces questions ne devraient pas tarder.

EBRD C'est quoi la BERD
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