Cameron ne pouvait pas lâcher la City

Posted on 13 décembre 2011 par

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David Cameron a dit « no » à l’Union européenne pour protéger la finance britannique. Mais quelle est l’importance de celle-ci pour le Royaume-Uni ? Article paru dans L’Echo le 13 décembre 2011

Protéger la City de Londres à tout prix. Le credo du premier ministre britannique David Cameron a mené à une scission entre la Grande-Bretagne et les autres Etats membres de l’Union européenne lors du sommet de la semaine dernière. 26 pays de l’Union européenne ont ainsi décidé d’avancer sans leur partenaire insulaire vers un pacte budgétaire et une plus grande harmonisation fiscale.

Soutenu par la frange la plus eurosceptique de son parti, David Cameron n’en a pas moins reçu un accueil mitigé à son retour à Londres. Si certains louaient son courage et sa lucidité  » de quitter un bateau qui fait naufrage « , d’autres, dans les rangs politiques, économiques mais aussi parmi les médias, lui reprochent d’avoir isolé la Grande-Bretagne, de l’avoir exclue de décisions qui, de toute façon, affecteront la City et, en plus, de ne rien avoir obtenu en échange.

Les enjeux

Le secteur en valait-il la chandelle ? La City de Londres est un des plus grands centres financier au monde, avec New York. Elle hébergerait, selon la City of London Corporation, une des plus grosses associations ayant notamment pour mission la défense des marchés financiers, 241 banques étrangères et 19 % des actions étrangères ; 70 % des Eurobonds y seraient échangés et 604 sociétés étrangères seraient listées sur le London Stock Exchange. A cela s’ajoutent les quelque 35,7 milliards de livres d’excédent commercial générés par ce secteur.

Le monde de la finance a aussi un certain poids dans l’économie britannique. Représentant 8,9 % du PIB en 2010, moins affecté par la crise que les autres, il est le secteur qui a enregistré la plus forte croissance ces dernières années.

Il est donc important, mais n’est pas le plus important. D’après le groupe de recherche Oxford Economics, en 2010, le commerce – de gros et de détail -, l’industrie ou encore l’immobilier (secteur distinct de celui de la construction) ont contribué pour respectivement 10,8 %, 10 % et 9,2 % au PIB britannique.

Et en termes d’emploi, les plus grands employeurs sont le commerce, le secteur social, l’éducation ou encore l’industrie. Les services financiers et d’assurance ne viendraient qu’en 11e position.

Les lobbyistes prudents

Si les banques et les institutions financières bénéficient de puissants lobbys, il semblerait que la décision de David Cameron ait plus été influencée par l’importance du secteur financier pour l’économie britannique que par les groupes de pression.

Ceux-ci ont d’ailleurs adopté une attitude prudente après les événements de la semaine dernière, donnant même parfois l’impression que la situation leur a un peu échappé.  » Nous nous réjouissons de voir que le gouvernement britannique protège la City contre des réformes préjudiciables, comme la taxe sur les transactions financières. Il nous est cependant difficile de savoir, à l’heure actuelle, quelles seront les conséquences d’une telle décision, confie, évasif, un porte-parole de la City of London corporation. Nous sommes pour le moment en discussion avec David Cameron à ce sujet.  »

Quant aux banques interrogées, aucune ne se lance dans une déclaration officielle. Sur ce point, il semble y avoir l’unanimité : le sujet est trop sensible et trop incertain pour inspirer des commentaires.

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