La révolution des crèches

Posted on 8 novembre 2011 par

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Photo Alexis Haulot

Dans les entreprises ou les gares, l’accueil des enfants s’adapte aux contraintes professionnelles des parents. Bonne ou mauvaise idée ? Par Anne-Cécile Huwart, paru dans Moustique

« Dès le matin, c’est l’angoisse, relate Amélie, maman de Violaine, 18 mois. Tout est minuté pour arriver à la crèche et prendre le train pour Bruxelles ». Le soir, rebelote. Un crochet par la pharmacie ou le supermarché et il est 18h30 lorsque la mère et sa fille arrivent à la maison, à Wavre. « Il faut encore préparer le repas, donner le bain…, ajoute cette maman de 29 ans.

Une récente enquête de la Ligue des Familles révèle que les déplacements entre la maison, le travail et l’école (ou la crèche) représentent la principale difficulté des parents à gérer le temps. Pour les aider, la députée communautaire Florence Reuter (MR) a notamment suggéré d’assouplir les règles de création des crèches dans les entreprises, phénomène extrêmement limité en Belgique. Une initiative qui a eu l’heur d’énerver la Centrale nationale des employés (CNE). Le syndicat chrétien s’est fendu d’un communiqué le 20 octobre, estimant que « ce n’est pas en rapatriant la vie familiale au sein des entreprises que l’on répondra valablement aux difficultés des parents qui travaillent ».

Bambins navetteurs
Alors, la crèche au boulot: bonne ou mauvaise idée ? La SNCB Holding s’est déjà posé la question, y répondant à sa manière. Dans ses plans, elle souhaite en effet implanter des crèches dans certaines gares. C’est Audenarde, en Flandre et Liège-Guillemin, en Wallonie, qui devraient accueillir les premiers bambins de navetteurs. « Nous voulons que les gares deviennent des espaces conviviaux, que les gens gagnent du temps, explique-t-on à la SNCB Holding. L’idée est de concentrer un maximum de commerces et de services : pouvoir acheter de quoi préparer le repas du soir, des pharmacies, des établissements HORECA,… ». Et maintenant des crèches donc.

Le milieu d’accueil qui verra le jour à Liège, dans le courant 2012, ne sera pas conduit par la SNCB mais par un opérateur privé. Celui-ci devra répondre au cahier des charges de la société des chemins de fer et aux exigences de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) et en matière de sécurité, d’hygiène et de… bruit. « Nous devons aussi concrétiser un système permettant d’accorder la priorité aux enfants de navetteurs et au personnel de la SNCB, précise-t-on.

Si des crèches entrent en gare, d’autres se rapprochent des entreprises. Comme « Rire et grandir – Groeien en lachen », créé en 2003 par Luc Ruelle, psychologue de formation, et son épouse, parents de quatre filles. Deux sections bilingues français-néerlandais occupent un espace coloré de 600 m2 dans la « Rue intérieure » de Tour et Taxis, sur une ancienne voie de chemin de fer. L’un est dédié aux salariés de sociétés voisines, l’autre aux fonctionnaires de la Région bruxelloise travaillant à quelques rues de là.

Des crèches éphémères
Despina, employée d’une des sociétés du site, y dépose chaque jour sa fille Sarah. « Mon mari travaille loin de notre domicile, explique cette Schaerbeekoise. C’est moi qui assure l’ensemble des trajets concernant les enfants. C’est donc un confort énorme de déposer et récupérer ma fille cadette à côté de mon boulot ». Les entreprises partenaires de « Rire et grandir » financent une partie des frais de crèche de leurs employés et bénéficient en outre de subsides de la Région bruxelloise et de déduction fiscale. « Que les parents habitent Namur, Bruxelles ou Anvers, ils peuvent amener et reprendre leur enfant à la crèche dès leur sortie du travail, explique Luc Ruelle. Ils ne sont pas stressés dès 16 heures, craignant de rester bloqués dans les embouteillages et d’arriver en retard à la crèche. Pour les petits, les journées sont moins longues aussi ».

« Rire et grandir » s’est implanté près de différents employeurs « sûrs » de la capitale : la police fédérale, le parlement européen ou encore le Conseil de l’Europe. Les patrons semblent davantage séduits par ce type de concept « de proximité » que par la création de crèches en entreprise même. Sur les 37.173 places ouvertes en Communauté française en 2009, 165 seulement sont prises en charge par les employeurs, comme à l’ULB qui abrite une crèche de 126 lits sur son campus. « L’accueil de la petite enfance n’est pas le métier d’une entreprise ou d’une administration, souligne Luc Ruelle. On ne s’improvise pas directeur de crèche ou puéricultrice. Certains patrons craignaient que leurs salariés passent leur temps à la crèche, tandis que des employés pensaient qu’on leur demanderait plus de boulot en compensation de cet avantage ».

Photo Alexis Haulot

Cela n’a pas empêché Martin Noël, 36 ans, de créer en 2002 un réseau de crèches privées devenu leader sur le marché bruxellois : Kids Farwest Team. Le concept cible les parents « upper class », principalement les expatriés travaillant pour les institutions européennes ou l’OTAN. « Le programme s’adapte à la nationalité de chaque enfant, explique cet homme qui ne savait même pas changer une couche avant de se lancer dans le secteur. Nous misons sur une ambiance familiale, les parents participent aux activités. Et ils peuvent amener leur enfant à l’heure qu’ils souhaitent, entre 7h30 et 19 heures ». Avec sa filiale Kids Farwest & Co, lancée l’an dernier, le concept va un pas plus loin dans la flexibilité. Il propose des accueils temporaires, le temps d’un séminaire ou d’une mission diplomatique. En juin dernier, Kid farwest & co a accueilli plus de 240 enfants dans une structure éphémère mise en place au Conrad, dans le cadre de la foire d’art contemporain « Brussels accessible art fair ».

Des bébés flexibles
Partout en Europe, sauf au Royaume-Uni ou en Allemagne où l’on estime que l’éducation des 0-3 ans relève principalement de la sphère privée, la tendance générale implique la complémentarité entre familles et services d’accueil. Mais les moyens manquent en Communauté française pour répondre à la demande, même si le taux de couverture s’est nettement amélioré grâce au Plan Cigogne de la Communauté française. Selon une étude du Bureau du Plan, le nombre d’enfants de moins de trois ans va augmenter de 18,6% d’ici 2010, surtout à Bruxelles, principalement en raison de l’immigration. L’innovation en matière d’accueil des bébés doit d’ailleurs aussi concerner les demandeurs d’emploi. Les haltes-garderies, où l’on peut déposer son petit bout le temps d’un entretien d’embauche, ou les crèches Actiris, permettant de suivre une formation, constituent de bons exemples. Mais toujours trop peu nombreux…

Pour l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE), le bien-être des enfants restera toujours prioritaire. « On nous reproche souvent d’être trop exigeants en matière de normes et d’infrastructures, explique-t-on. Mais pas question d’accepter n’importe quoi. La flexibilité dans les horaires comporte aussi des limites pour les enfants ». Il n’existe à ce jour qu’une seule crèche ouverte 24h24 en Belgique francophone, située à Namur. « Nous avons parfois des demandes d’autorisation pour ouvrir toute la nuit, poursuit-on. Mais est-ce le meilleur pour l’enfant ? Les horaires sont déjà en général très souples, de 10 à 12 heures par jours. Et puis, quel établissement scolaire reste ouverte 24h/24 ? Les parents seront quand même obligés plus tard de se contraindre aux horaires de l’école ».Souvent à grand renfort de stress qui se reporte sur les enfants… Et la Ligue des famille de poser la question qui dérange: « La vie personnelle est celle qui souffre le plus de cette course contre le temps, commente-t-on à la Ligue des Familles. Le travail serait-il la part de nos vies que l’on protège le plus ? ».

Photo Alexis Haulot

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