Tenir le coup…

Posted on 6 novembre 2011 par

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      Le cancer du sein touche une femme sur dix. Face à la peur de la mort et la perte d’une partie de leur féminité, des patientes découvrent en elles des ressources parfois insoupçonnées. Dix d’entre elles ont témoigné pour le magazine Gael. Par Anne-Cécile Huwart

Barbara, 35 ans
En voyant ces trois médecins arriver devant moi, j’avais compris. Puis, j’ai vécu les événements comme s’ils survenaient à quelqu’un d’autre. A 33 ans, on n’imagine pas avoir un cancer du sein. J’avais accouché de mon deuxième enfant six mois plus tôt. Mon aîné avait trois ans. Tout s’est déroulé très vite: chimio, opération,… Je n’ai pas eu le temps de penser. D’autant que j’étais très entourée: mes amis ne me lâchaient pas d’une semelle. J’avais un lunch ou de la visite presque tous les jours ! Tout le monde proposait de faire mes courses ou de garder mes enfants. Bizarrement, je garde un bon souvenir de cette période. Avant ma maladie, je travaillais énormément, j’étais toujours stressée, je dormais mal. Et là, alors que j’avais le cancer, plus de cheveux, plus de sourcil et dix kilos de plus, je me sentais bien psychologiquement. Bien sûr j’avais aussi des phases très dures où je pensais à la mort. Mais je profitais de la vie et de mes enfants plus que jamais. En fait, le plus difficile, c’est quand le traitement s’est arrêté et que j’ai dû reprendre une vie normale. D’un coup, je me suis sentie lâchée dans le vide. Au boulot, j’ai sans cesse l’impression d’être en décalage. Je sais que je ne serai plus jamais comme avant.

Dominique, 64 ans
Dans ce combat contre la mort, j’avais besoin d’exister. Il fallait que je fasse quelque chose qui me fasse plaisir. Trop longtemps, j’avais vécu pour les autres et à travers leur regard. J’ai toujours aimé travailler le tissu. Jusqu’à mes 14 ans, j’étais petit rat de l’opéra, avec Béjart. J’ai dû arrêter à cause d’un problème au dos. J’étais alors en « technique couture » et je travaillais le mercredi chez une modiste qui m’a insufflé sa passion de la matière. Pourtant, poussée par mon père, je suis devenue ingénieur. Le cancer qui m’a frappée en 2003 m’a donné envie d’exploiter à nouveau mon côté créatif. . J’ai quitté mon poste aux Facultés de Gembloux pour créer , une société qui produit et commercialise des coiffes à la fois confortables et élégantes, et moins chères qu’une perruque. J’avais envie de les aider à acquérir elles-aussi une image positive d’elles-mêmes après leur chimio.

Cécile, 66 ans
Ce qui m’a aidé, c’est l’affection et la présence des proches, dont mon mari. J’ai beaucoup parlé avec ceux qui écoutaient. Je téléphonais à mes copines. J’aimais voir des gens qui n’étaient pas anxieux. J’ai aussi apprécié le dialogue sincère avec le médecin. J’ai eu confiance en la médecine pour vaincre la maladie, la souffrance et l’angoisse. J’ai aussi puisé dans mes passions intérieures : la musique, la lecture, l’écriture. J’écrivais des chroniques du quotidien, j’écoutais Mozart et Rossini, du chant chorale. J’occupais mon esprit, je mettais dans ma tête des choses qui n’avaient rien à voir avec le cancer. J’évitais les lectures culpabilisantes comme il en existait à l’époque. Je caressais mon chat. J’osais pleurer dans les moments de douleur ou de fatigue.

Ines, 40 ans
J’ai un jour senti quelque chose de bizarre au sein droit, alors que je prenais ma douche. J’avais 36 ans. J’essayais d’avoir un enfant. L’oncologue qui m’a suivie avait le don d’exposer les choses de manière calme et posée. Une femme extraordinaire. J’ai choisi de suivre ma chimio en Espagne, dans ma famille. J’avais besoin de soleil. J’aimais quand mon petit frère me racontait ses examens. Cela me donnait le sentiment de faire encore partie du monde. J’ai aussi tenu à assister au mariage de ma sœur. Et j’y étais, toute gonflée, mais j’y étais.

Marianne, 58 ans
J’ai vécu deux cancers, à 42 et à 50 ans. J’ai subi deux fois le traitement complet : ablation, chimio et radio-thérapie. J’ai puisé en moi la force nécessaire pour m’en sortir. J’ai trouvé par moi-même les méthodes qui pouvaient me soulager, comme l’homéopathie et l’acupuncture. J’ai aussi vu un psychologue pour mettre mes peurs en mots. J’ai voulu protéger ma famille et je me suis rendu compte que les amis ont leurs limites. La maladie fait peur. Dans une société qui prône la performance, on se sent coupable si on n’est pas au top.

Claire, 46 ans
Franchement, c’est difficile pour moi de décrire ce qui a pu m’aider à traverser mon cancer du sein. Le traitement est tellement pénible. Aujourd’hui, j’arrive au bout, mes cheveux commencent à repousser. Heureusement, j’ai pu compter sur mes proches et sur des professionnelles comme Sophie, esthéticienne, qui m’écoute et qui m’aide à me sentir femme malgré tout.

Françoise, 50 ans
J’ai continué à travailler durant ma chimio, il y a dix ans. Je suis comédienne et professeur de voix. Je donnais cours deux fois par semaine et le vendredi, je partais à l’hôpital en sortant du conservatoire. Je n’ai jamais rien dit à mes élèves : ils auraient eu pitié de moi, nos rapports auraient été biaisés. Continuer à travailler m’a beaucoup aidée. Cela donnait du sens à ma vie. Sans ça, je n’aurais pensé qu’à ma maladie et j’aurais déprimé. J’ai aussi répété un spectacle et joué toute une saison. Quelques années plus tard, je me suis mise à l’écriture d’une pièce mettant en scène ma maladie, un « seule en scène » que j’espère présenter au public prochainement. Aujourd’hui, je me sens capable d’assumer mon histoire.

Michèle, 60 ans
J’ai dû affronter l’image de la mort dans mon miroir, la perte de ma féminité. Même à soixante ans, c’est dur à assumer. Je venais de rencontrer mon compagnon quand j’ai appris que j’avais un cancer, en novembre 2010. C’est lui qui m’a rasé les cheveux quand je ne pouvais plus masquer leur chute. Et il est toujours là… Mes filles et mes petits-enfants aussi étaient très présents. J’entends encore leur question : « Est-ce que tu vas mourir ? ». La clinique du sein où j’étais suivie proposait un suivi psychologique, des groupes de parole ou encore des conférences. J’ai saisis tous ces outils. Les témoignages d’autres malades m’ont aidée, même si chaque cancer est différent et chacune le vit à sa manière. Aujourd’hui j’ai le sentiment de davantage profiter de la vie. Si on me propose demain une journée à la mer, j’y vais sans hésiter. Tout ce qui n’est pas vital peut être reporté. Je n’attends plus ma pension pour profiter de la vie.

Lily, 48 ans
Je n’ai pas vraiment eu le temps de penser à ce qui pourrait m’aider. J’étais prise dans le mouvement des visites médicales, des séances de chimio, de kiné,… C’est très important la kiné après un cancer du sein. En dehors de ça, je voyais mes amis, je faisais de petites excursions. J’ai été très entourée par mon compagnon, mes collègues. Dans ces moments là, on se rend compte de la valeur de la vie. Des gens nous montrent leur amitié ou leur amour encore un peu plus. J’ai eu mon cancer du sein à 42 ans et en janvier dernier, j’ai appris que j’étais atteinte d’une tumeur au larynx. Mais je ne me laisse pas abattre, ça ne servirait à rien. Il faut aller de l’avant. Tôt ou tard, on est tous concernés par le cancer, soi-même directement ou un proche. C’est important de pouvoir en parler, de savoir qu’on n’est pas seul.

Laurence, 44 ans
Je devais régulièrement me rendre à l’hôpital pour suivre ma chimiothérapie. A l’époque, il y a deux ans, je vivais seule. Je ne voulais pas peser sur ma fille ni sur mes amis. Hors de question de leur demander de me conduire à l’hosto ! J’ai alors fait appel à un service d’accompagnement spécialisé, assuré par des bénévoles. Ces navettes en voiture étaient l’occasion d’exprimer ce que je vivais. Je préférais parler de ma maladie à des « anonymes » susceptibles de me comprendre plutôt qu’avec des proches qui ne savaient pas toujours comment réagir. Je voulais qu’ils continuent à me voir telle que j’étais et non comme une personne malade… J’ai d’ailleurs apprécié que ma meilleure amie me demande de l’héberger quand elle et son mari se sont séparés. Là, c’est moi qui l’aidais.

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Posted in: Santé