Le « dress code » de la City

Posted on 3 novembre 2011 par

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Si le chapeau melon a disparu de l’attirail du banquier britannique, celui-ci n’en est pas moins toujours tenu à un code vestimentaire relativement strict. Les règles ne sont cependant parfois connues que des seuls initiés. Article paru dans Trends Tendances le 3 novembre 2011

Les hommes beaux ont plus de chances d’être embauchés que ceux d’apparence «commune» voire présentant un physique moins attirant. Cette réalité vient d’être à nouveau confirmée par une étude de l’Université Ben-Gourion et l’Ariel University Center (Israël). Les belles femmes auraient par ailleurs plus de chances d’obtenir une augmentation. On pourrait citer bien d’autres études de ce type, qui mènent toutes à cette conclusion : dans le monde professionnel, l’apparence a des implications concrètes, parfois de taille. Et a fortiori dans certains secteurs. C’est le cas dans les institutions financières à Londres.

Ici plus qu’ailleurs, pas question de faire l’impasse sur le code vestimentaire. «La plupart des banques vont dire qu’il n’y a pas de règles, explique Rosemary Smart, operations director and head of career transition chez Penna, société de ressources humaines. Mais les codes de bonne conduite sont, eux, assez rigides. Il y a quelques années, les institutions financières avaient assoupli les codes vestimentaires. Mais suite à la crise et à la dégradation de leur image, elles ont relevé leur niveau d’exigence. Dans ce milieu, être bien habillé est perçu comme signe de professionnalisme. Le plus important est toutefois d’avoir un aspect soigné : costume impeccable, chemise repassée, souliers cirés, cheveux propres et barbe rasée. A côté de cela, les règles de base sont le costume sombre, la chemise claire, pas de cravate ni de chaussettes avec des motifs humoristiques et pour les femmes, une jupe arrivant un peu sous le genou, les ongles propres et soignés, les bijoux réduits au minimum et un maquillage léger. En poussant plus loin, on pourrait dire que les banques d’investissement sont plus strictes que celles de détail, même si tout dépend de l’institution.»

Ces règles touchent même les personnes travaillant en périphérie des institutions. «Quand je me rends chez un client de la City, je mets un costume, de préférence avec de fines rayures, reconnaît un consultant externe. Pour mes autres clients, j’opte pour un style plus décontracté.»

Fin 2010, UBS, l’éclat terni par un bailout de 4,9 milliards d’euros et une querelle avec le fisc américain, sortait un Dress code de 44 pages. Les recommandations allaient du type de dessous féminins – de couleur chair et non visibles sous la robe ! -, à l’importance de ne pas avoir une haleine d’ail ou d’oignon, en passant par la nécessité pour les hommes de se rendre chez le coiffeur tous les mois et celle de se couper les ongles de pieds régulièrement pour assurer la longévité des chaussettes… Vu l’hilarité que ces règles ont provoquée, UBS a décidé de revoir sa copie, tout en précisant qu’elle maintiendrait le principe du costume sombre, des chaussures noires, de la chemise blanche et de la cravate rouge pour son personnel en contact avec les clients.

Petite leçon de sociologie

Mais qu’est-ce qui influence les codes vestimentaires des employés de la City ? Le type de travail – impliquant ou non un contact avec le client -, le style de l’entreprise, le moment de l’année – période de bonus ou non -, voire le caractère du patron. Un cityboy raconte encore l’histoire de son ex-boss allergique au rose, au point de déchirer la tenue déplaisante et de forcer le responsable de «cette faute de goût» à aller s’offrir d’urgence un attirail «plus approprié»…

«On peut identifier certaines personnes à la manière dont ils sont vêtus, analyse ce financier. Les Américains par exemple, on les repère tout de suite. La plupart -pas tous, évidemment- ont en général un costume trop grand, leur BlackBerry à la ceinture et parfois une épingle à cravate, accessoire qu’on ne verrait jamais sur un Britannique.»

Dans certaines sociétés, des accessoires spécifiques comme des chaussures Ferragamo, une cravate Hermès voire un col de couleur différente seraient même une marque de statut, le signe d’un achèvement professionnel, dès lors réservés aux personnes haut placées dans la hiérarchie. Ceux qui oseraient arborer ces ornements sans avoir atteint l’échelon limite seraient très mal vus.

Qu’on se rassure, le costume à rayures fines appelé pinstripe outre-Manche, grand classique jusque dans les années 1960, circule toujours, mais moins que jadis. Il serait, dit-on, l’apanage des banquiers ayant une certaine expérience. Quant aux n£uds papillon ou aux bretelles, ils sont réservés aux excentriques d’un âge raisonnable qui ont déjà fait leurs preuves.

Cependant, selon Alexandre Pilette, directeur de Private Tailoring, le code strict n’est plus vrai partout : «Les hommes portent de moins en moins de costumes. Il y a une volonté des sociétés de se donner une image moderne. Le style décontracté chic se répand parmi les banquiers et il n’est plus étonnant de voir des floors entiers d’hommes habillés en pantalon foncé, chemise sans cravate et accessoirement un blazer. Par contre short, baskets, et jeans sont toujours à éviter.»

«Do’s and don’t» à retenir

Certaines règles officieuses continuent de dominer. Sont proscrits : le costume trop large, la chemise avec poche sur la poitrine voire à manches courtes – «comble de l’horreur», souligne un employé de la finance, la mine dégoûtée -, les matériaux de piètre qualité ou encore des chaussures brunes, «terrible faute de goût». Souliers, mocassins et autres doivent être noirs, un point c’est tout. «Il faut aussi éviter les costumes brillants. Cela paraît évident, mais je vois parfois des gens en porter».

Ce qui sera par contre bien vu pour les hommes est une montre de qualité ou, signe de raffinement, des manches des chemises dépassant d’un poil celles du costume afin de montrer les boutons de manchette.

Un mauvais accoutrement peut aller jusqu’à faire échouer lors un entretien d’embauche. «Je fais passer des interviews, explique ce cityboy. Il est clair que la manière dont la personne est habillée influencera mon impression. Une chemise Primark – chaîne proposant des produits bas de gamme – ou en polyester ne sera pas bien vue. C’est logique ; on a tendance à vouloir engager des personnes qui partagent les mêmes valeurs que les nôtres. Mais aussi, l’apparence compte dans les relations avec le client. Il faut inspirer confiance et crédibilité.»

Moralité : avant d’aller à un entretien d’embauche, faites vos devoirs ! Analysez le code vestimentaire de la société dans laquelle vous postulez et adaptez le vôtre. «Certaines personnes pensent qu’il faut porter des vêtements chers, explique Rosemary Smart. Je dirais : prenez la meilleure qualité, dans la mesure de vos moyens, le plus important étant d’être propre et impeccable. Il faut que la personne qui vous fait passer l’entretien voie que vous avez fait un effort et que vous attachez de l’importance à l’habillement comme signe de professionnalisme. Si vous ne pouvez pas mettre beaucoup d’argent dans un costume, cela vaut en revanche la peine de dépenser plus pour la chemise ou les accessoires comme les chaussures ou le sac. Ne perdez pas de vue que vous représentez l’image de la banque…»

Géraldine Vessière

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