La Biologie totale condamnée

Posted on 28 septembre 2011 par

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Après un an de procès, Louis Vliegen a été condamné pour exercice illégal de la médecine, coups et blessures involontaires et escroquerie. Une première en Belgique, qui ébranle toute la mouvance pseudo-scientifique de la Biologie totale, en plein essor en Europe. Voici le dernier acte de cette saga suivie par Chloé Andries, pour Le Soir.


Le ton de la juge est ferme, son verbe tranchant, sa sentence inflexible : Louis Vliegen a « grugé » des personnes qui se trouvaient « dans un état de faiblesse avérée » et à « concouru à alimenter un processus morbide » qui a débouché sur la mort d’une de ses patientes. Ce mardi 27 septembre, le tribunal correctionnel de Liège a reconnu le psychothérapeute coupable d’exercice illégal de la médecine, de coups et blessures involontaires mais aussi d’escroquerie. L’homme a écopé de 6 mois de prison avec sursis et d’une amende de 5.500 euros.

Un jugement qui arrive presque dix ans après la mort de Mme Schommers, atteinte d’un cancer incurable de l’estomac, qui s’était écartée de la médecine après s’être vue promettre par Louis Vliegen jusqu’à 80% de chances de guérison… en suivant les préceptes de la Biologie totale, pseudo-science estimant que toute maladie trouve son origine dans un conflit psychologique.

Avec ce procès, c’est tout un courant en vogue en Europe qui est condamné pour ses dérives. En Belgique, une centaine de conférenciers et thérapeutes appartiennent à la mouvance de la Biologie totale, créée par le Français Claude Sabbah. Et même si tous n’appliquent pas cette théorie à la lettre, le cas Vliegen prouve que le risque de dérapage est réel.

Pour la juge Isabelle Cabus, « le praticien a dépassé largement son rôle de soutien moral et psychologique en proposant une thérapie présentée comme pouvant amener à la guérison ». Ce mardi matin, le rappel des témoignages d’anciens patients ne souffre aucun doute : l’ancien héraut de la Biologie totale en Belgique, sans aucun diplôme de médecine, a posé des diagnostics de façon répétée pendant une dizaine d’années sur des patients qui avaient en lui toute confiance.

Aucune empathie

Et lorsqu’il s’agit du cas de Mme Schommers, la faute se mue en tragédie. Quand elle « vomissait du sang ou voyait son ventre gonfler », Louis Vliegen y voyait un signe de guérison. Il diagnostiquait. « Face à la dégradation visible de son état, le prévenu n’a jamais évoqué le recours aux soins palliatifs », poursuit la juge.

De marbre, comme statufié, Louis Vliegen écoute. Disparu l’homme sûr de lui, qui expliquait il y a quelques mois au même tribunal comment il avait su retenir le meilleur des théories de Claude Sabbah et mettait en doute la façon dont la famille Schommers avait pu recevoir ses propos. Face à un prévenu qui « n’a pas manifesté de regret ou d’empathie », le tribunal invite le thérapeute à « réfléchir à la gravité de ses actes ».

Du côté des victimes, l’émotion est palpable. Raymond Caucheteux, dont la fille diabétique a été suivie par Louis Vliegen, lutte depuis bientôt vingt ans sur ce terrain. « Notre première plainte pour escroquerie remonte à 1993, mais elle avait été classée sans suite. Dans ce procès, enfin, justice a été faite. Mon plus grand espoir, c’est que ce jugement soit renvoyé vers les politiques et fasse jurisprudence ».

La totalité du suivi du procès est consultable ici.

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Posted in: Société