La fortune libyenne

Posted on 27 août 2011 par

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Dès le début du soulèvement libyen, l’ONU, l’Union Européenne, les Etats-Unis, la France ou encore la Grande-Bretagne, entre autres, ont annoncé le gel des avoirs libyens placés dans leur pays. Une première ! Si des négociations sont en cours pour rapatrier une partie de ces fonds au pays, un long travail d’identification des biens détournés par Kadhafi et son entourage a également commencé.

Wikimedia

La nuit du jeudi 25 au vendredi 26 août 2011, le comité de sanction des Nations Unies a finalement accepté de libérer $1,5 milliard des actifs libyens gelés. Ceux-ci avaient été immobilisés dans de nombreux pays fin février, début mars, afin d’éviter que Kadhafi ou ses proches ne se les accaparent.

L’accord intervenu jeudi soir est le résultat d’âpres négociations entre les pays en faveur de la libération de ces actifs, tels les Etats-Unis, et ceux qui y étaient opposés, à savoir principalement l’Afrique du Sud. Argument des premiers : le Conseil national de transition libyen (CNT) a d’urgence besoin de fonds pour venir en aide à la population, assurer la stabilité du pays et remettre son économie en marche. Argument des seconds : confier cet argent au CNT consisterait à le reconnaître comme étant l’autorité officielle libyenne, ce que l’Afrique du Sud se refusait à faire, et comment être sur que ces fonds ne seront pas détournés ? Les relations particulières entre l’Afrique du Sud et Kadhafi ainsi que le rôle de ce dernier dans l’Union africaine semblent également avoir joué un rôle dans la position prise par Jacob Zuma, le président sud-africain.

L’accord qui a finalement été trouvé prévoit que, des $1,5 milliard libérés, un tiers sera versé aux organisations internationales tel le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, un autre tiers sera directement donné aux sociétés qui, pendant la révolution, ont fourni pétrole et électricité aux civils dans des régions contrôlées par les rebelles et le dernier tiers ira à un fonds qatari chargé de fournir des services de base à la population libyenne dans le domaine des soins de santé, de l’éducation et de l’alimentation. L’ONU planche en outre sur une résolution visant à dégeler $5 milliards supplémentaire.

Des milliards à l’étranger

Ce ne sont là cependant qu’une infime partie des avoirs libyens placés en dehors du pays. On estimerait de fait à $160 milliards les montants immobilisés à l’étranger. Parmi ceux-ci, une trentaine serait aux Etats-Unis et une vingtaine à Londres, dans les banques de la city. «A cela s’ajoute les fonds qui se trouvent en Libye même et ceux hébergés dans les centres off-shore du Moyen-Orient, tels le Qatar, Dubaï, Koweït ou encore l’Arabie Saoudite, et c’est cet argent là, abrité par des paradis fiscaux, qui sera le plus difficile à récupérer, » explique Daniel Lebègue, président de Transparency international France. Et de poursuivre : « Dans le cas de la Libye, on parle en fait de deux types d’avoirs. Ceux qui ont été détournés par des individus – Kadhafi, des membres de sa famille ou des dirigeants politiques-, et ceux qui ont été placés dans une des deux institutions financières aux mains du dictateur, dans lesquelles il puisait librement, à savoir la banque centrale libyenne et le Fonds souverain « Libyan investment authority ». Ces dernières rassemblent l’essentiel de la fortune libyenne. Selon des chiffres de 2010, les actifs du LIA valaient $70 milliards et ceux de la banque centrale $120 milliards.»

Un fonds tentaculaire

La LIA aurait des ramifications dans de nombreux pays, tant en Occident qu’au Moyen-Orient. En Grande-Bretagne par exemple, elle possèderait notamment 3% de l’éditeur Pearson, propriétaire entre autres du Financial Times et de Penguin book. Aux Etats-Unis, elle aurait investi des centaines de millions de dollars dans le fonds de gestion d’actifs de Goldman Sachs et aurait développé des relations étroites avec des sociétés pétrolières. En Italie, pays qui a des relations privilégiées avec la Libye depuis plus d’un siècle, elle aurait des participations entre autres dans Fiat, la banque Unicredit, la société nationale d’hydrocarburant ENI – plus grande compagnie pétrolière italienne et  plus gros producteur d’or noir en Libye. En Belgique elle aurait investi dans BNP Paribas Fortis lorsque cette dernière était au milieu de la tourmente financière en 2008. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Avoirs volés

Reste qu’il est très difficile pour l’instant de faire la différence entre les avoirs libyens et ceux détournés par Kadhafi et ses acolytes. Des enquêtes pour identifier les biens volés ont été ouvertes notamment en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le Conseil national de transition libyen a quant à lui chargé Mahmoud Dadi, un ancien technocrate du régime Kadhafi, d’enquêter sur le sujet. Un travail de longue haleine.

Plus: Enrico Monfrini: traqueur de cleptocrate

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