Les émeutes, le reflet d’une société malade?

Posted on 13 août 2011 par

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Des centaines de jeunes qui débarquent dans les rues, sourire aux lèvres, barres de métal à la main, cassant les voitures comme si c’était un jeu, dévalisant les magasins comme s’ils faisaient leurs courses, … Ces attitudes d’une ampleur sans précédent posent question. Leurs causes sont aussi multiples que complexes. Un article de Géraldine Vessière paru dans L’Echo le 12 août 2011

Wikimedia Commons

« Quand y aura-t-il des émeutes? » Tel était le sujet d’un article paru dans « The Observer » quelques heures à peine avant l’éclatement des premières violences à Tottenham, samedi dernier. Le journaliste, Nick Cohen, y faisait état d’une tension croissante dans la société britannique, confrontée à une diminution de la qualité de la vie, à l’exception des très riches, à une inflation plus importante qu’annoncée ou encore à des mesures d’austérité inégalement réparties entre la population alors que des avantages fiscaux sont octroyés aux plus aisés.

La réponse a la question de Nick Cohen n’a pas tardé à venir, tout comme les tentatives d’explications.  » Il y a dans notre société un sentiment d’exclusion qui n’a cessé de croître avec le temps, explique Rodney Barker professeur émérite à la London School of Economics (LSE). Beaucoup des manifestants vivent dans des régions défavorisées, sont pour certains au chômage, ont l’impression d’être constamment discriminés par la police. Ils se voient comme un groupe extérieur, comme n’appartenant pas à la société dans laquelle ils évoluent. La combinaison de cet état d’esprit avec les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement a formé un très bon explosif. Il ne manquait plus que le détonateur, qui a été la mort de Mark Duggan à Tottenham, la semaine dernière. » Exclusion, mais inclusion également, technologique – les émeutiers, faisant partie d’une communauté virtuelle plus large, ont été capables de se rassembler si rapidement grâce à l’usage des réseaux sociaux et du système de messagerie de BlackBerry- voire au sein de bandes ou de gangs, sévèrement dénoncés par David Cameron lors de sa conférence de presse mercredi matin.

Il n’en reste pas moins que les premières comparutions en justice ont révélé un profil bien plus complexe que celui du pauvre noir sans emploi exclu de la société. Parmi les premières personnes à passer devant le juge mercredi matin, il y avait un professeur d’école primaire, un étudiant, un repris de justice condamné pour drogue, ou encore un chômeur…  » Les émeutiers semblent être des personnes en général nées en Grande-Bretagne, de toutes ethnies – blanc, noir, asiatique,…,- et de tous parcours, résume Tony Travers, professeur à la LSE. Contrairement à d’autres villes étrangères, Londres n’a pas de ghettos. Ce qui s’est passé n’est pas une réponse à une problématique raciale. C’est une vague spontanée de criminalité. On doit maintenant comprendre pourquoi. »

Et beaucoup d’évoquer l’émulation, le phénomène de groupe et l’ivresse collective.

Michelle Baddeley, docteur en économie comportementale à l’université de Lancaster rappelle aussi la théorie de  » l’inequity aversion  » ou dégoût pour les inégalités. « Cette théorie montre que les personnes répondent avec colère et ressentiment quand ils réalisent qu’ils sont plus pauvres que les autres.  » Et de poursuivre : « L’avidité est également à mettre en cause. On a vu qu’elle a frappé les banquiers -avec la crise économique et les bonus-, le gouvernement -avec le scandale des dépenses publiques-, les journalistes et les policiers -avec l’affaire de News of the world-… Les gens constatent que tous les autres autour d’eux s’enrichissent en tirant illégalement profit de certaines situations. Ils font leur équivalent, à leur échelle. »

Géraldine Vessière, à Londres Lire l’article en PDF

Une révolte consumériste. Lire le reportage

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