« Une école, vite ! »

Posted on 11 août 2011 par

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Ophélié, 12 ans, fait partie des 330 élèves qui ignorent quelle école ils intégreront à la rentrée. Un article publié par Anne-Cécile Huwart dans Moustique. Photo PE Weck 2005.

« J’ai l’honneur de vous annoncer qu’après délibération, la Commission interréseaux des inscriptions a décidé de ne pas accéder à votre demande… ». C’est en ces termes peu adroits que la CIRI a informé les parents d’Ophélie Viez, 12 ans, qu’elle ne rejoindrait pas ses copines en première secondaire au Collège Sainte-Gertrude de Nivelles. Elle ne pourra pas non plus aller dans une des deux autres écoles où elle se trouve sur liste d’attente. Ophélie fait partie des 330 élèves dits « sans école » en Communauté française, dont 18 en Wallonie (lire encadré). « Ils ne sont pas sans école, ils sont sans l’école de leur choix », précise Joëlle Sautois, avocate de la Communauté française dans le cadre du « décret inscriptions ».

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics francophones se démènent pour tenter d’instaurer davantage de mixité sociale dans les écoles. Selon l’enquête PISA, qui classe les performances scolaires des pays de l’OCDE, la Belgique est un piètre élève en la matière. Seule la Hongrie fait pire. En 2007, un premier décret a tenté de réguler le « marché scolaire » jusqu’alors laissé à la délibération des directions d’écoles. Principe de base : « premier arrivé, premier servi ». Résultat : les mémorables files à l’entrée des écoles réputées, surtout à Bruxelles et en Brabant-Wallon.

Avec le second décret, dit « décret loterie », c’est le hasard qui déterminait le sort des malchanceux. La troisième mouture, votée en 2010, a octroyé ce rôle d’arbitre à un organisme indépendant, la CIRI, sur base de critères définis : l’enfant a-t-il un frère ou une sœur dans l’école, un parent qui y travaille, réside-t-il à moins de 4 km ? Objectif : offrir la même chance à tous de pouvoir intégrer une école réputée. « Ce système a le mérite d’assurer une certaine transparence dans le processus de sélection, poursuit Joëlle Sautois. Le législateur a choisi d’assumer cette responsabilité ». Et les éventuels dégâts collatéraux…

90% au CEB

Cécile, la maman d’Ophélie, refuse l’idée d’en faire partie. « Nous avons choisi cette école parce que nous avions eu de bons échos de la part mes neveux et nièces, explique la jeune femme. Mon mari passe tous les jours par là en voiture pour aller travailler. Il y a aussi un bus qui s’arrête devant chez nous et devant l’école… C’est absurde ! ». D’autant plus frustrant que tous les copains d’Ophélie ont été admis dans l’établissement de leur choix. Et que l’ado a réussi son CEB avec 90%. « Son institutrice m’avait assurée qu’Ophélie était forte, que cette situation n’influencerait pas ses résultats, poursuit sa maman. Je lui ai toujours dit que dans la vie, il fallait travailler pour réussir ».

Et les parents non plus ne ménagent pas leurs efforts : des dizaines de coups de fil et de lettres à la CIRI, à la ministre de l’Enseignement, aux présidents de partis, aux associations de parents d’élèves, au médiateur fédéral, à la presse,… Mais Ophélie ignore toujours quelle école elle rejoindra en septembre. « Il reste le recours au Conseil d’Etat mais cela coûte une fortune, ajoute la maman. On est pour l’égalité mais il n’y a rien n’à faire, on veut le meilleur pour son enfant. Ophélie a le niveau pour intégrer une bonne école ». Le quatrième choix est-il si mauvais ? « J’ai demandé le programme des cours et ils ne sont pas très poussés, ajoute Cécile. J’ai interrogé des parents : la discipline laisse à désirer et il y a de mauvaises fréquentations ». Ophélie de son côté reste étonnamment zen. « Je me sens un peu triste mais je me dis que je vais quand même bien avoir école, commente l’ado derrière ses long cheveux noirs. Mes copines me soutiennent. Je reçois des SMS tous les jours ».

Au cabinet de Marie-Dominique Simonet, la ministre de l’Enseignement à la Communauté française, on précise que les listes d’inscriptions devraient encore bouger d’ici la fin des vacances. « Les procédures de recours au CEB se sont clôturées le 14 juillet, les décisions seront rendues dans le courant du mois d’août, explique-t-on. Il y aura probablement encore des changements d’avis, des déménagements, des requêtes pour situation exceptionnelles,… ». Une attente interminable pour des mômes de 12 ans et leur famille, même s’ils sont proportionnellement peu nombreux… « C’est sûr, personne n’aimerait être dans cette situation, note Joëlle Sautois. Mais les choses sont désormais assainies tant bien que mal ».Ce décret inscription sera évalué après 2013.

Carte scolaire en France, quotas à New-York
La Belgique est l’un des pays où le « marché scolaire » est le plus dérégulé, ce que le décret inscription de la Communauté française tente d’inverser. En France, la « carte scolaire » affecte les élèves dans une école située dans le secteur géographique où ils sont domiciliés. Certains parents aisés n’hésitent donc pas à user d’une fausse domiciliation pour pouvoir inscrire leur enfant dans l’établissement de leur choix. Le Japon, la Suède et la Finlande ont un système similaire. Les écoles de certains quartiers de Londres fonctionnent par quotas d’élèves aux moins bons résultats. A New-York, des quotas ethniques ont été mis en place.

On observe qu’en général, les systèmes fortement réglementés vont vers un assouplissement, tandis que les modèles les plus souples ont tendance à être régulés.

Les chiffres au 15 juillet 2011
96,17% des élèves iront dans l’école de leur premier choix, dont 85,42% à Bruxelles, 97,86% en Brabant-Wallon et 99,39% dans le reste de la Wallonie

330 élèves encore sur liste d’attente : 312 à Bruxelles, 6 en Brabant-Wallon, 12 dans le reste de la Wallonie

69 écoles complètes, dont 48 à Bruxelles (sur 101), 7 en Brabant-Wallon (sur 36) et 14 dans le reste de la Wallonie sur 336)

17.969 places libres, dont 1.762 à Bruxelles, 747 en Brabant-Wallon et 15.400 dans le reste de la Wallonie

www.inscriptions.cfwb.be

N° vert : 0800.188.55

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