Viens chez moi, j’habite chez mes enfants

Posted on 29 avril 2011 par

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Seuls 11% des Belges disposés à accueillir leur parent âgé à la maison… Paru cette semaine dans Moustique

« Mes parents pourraient habiter chez moi s’ils devaient tomber malades ou dans le besoin ». Face à cette affirmation, 61% des Belges interrogées par Delta Lloyd, le « bancassureur » actif sur le marché des assurances vie, ont coché la case « pas du tout d’accord ». Seuls 11% seraient disposés à accueillir leur parent. Serait-on moins solidaire que par le passé ? Sans doute. Mais les aînés ont aussi leur part de responsabilité dans ces chiffres. Beaucoup tiennent à leur autonomie : 53% des personnes interrogées ne veulent pas dépendre plus tard de leurs enfants.

Claudine, Liégeoise de 65 ans, connaît bien ce dilemme. Au décès de sa maman, en 2005, son père Armand s’est retrouvé seul dans sa maison. « Il pouvait à peine cuisiner ou faire une lessive », explique Claudine. Et ses problèmes de santé commençaient à l’empêcher de faire ses courses. Occupées par leur boulot, leur couple et leurs ados, ses filles se sentaient incapables d’accueillir Armand chez elle. Pas trop envie non plus de supporter ses humeurs… « Notre propre grand-mère a vécu chez nous jusqu’à ses 95 ans, commente Claudine. C’était normal à l’époque. On n’aurait même pas pensé faire autrement. Mais là, pour nous, c’était impossible d’accueillir papa… Il n’était d’ailleurs pas demandeur du tout ». Claudine parcourait donc les 30 km qui séparaient son domicile de celui de son père plusieurs fois par semaine. Car pas question non plus pour Armand d’aller dans une maison de repos.

L’entrée en seniorie se fait aujourd’hui de plus en plus tard, vers 83 ans en moyenne. Les services de soins à domicile permettent à de nombreux seniors de rester chez eux le plus longtemps possible. Mais entre la maison et le home, rares sont les seniors qui se domicilient chez un de leurs enfants quand la dépendance fait son apparition. La Ligue des Famille met des chiffres sur cette réalité. « Aujourd’hui en Belgique, seul 0,04% des ménages vivent à trois générations et 0,02% à quatre générations », note Delphine Chabbert, directrice des études. Luc Jansen, président de la Coordination des associations de seniors, rappelle toutefois que les modèles familiaux ont changé. « Quid des séparations, des familles recomposées, demande-t-il. Pas facile d’imposer son parent âgé à son nouveau conjoint ».

Familles d’accueil

Légalement, les enfants ont l’obligation de subvenir aux besoins de leurs parents. « Mais l’application de la loi varie au cas par cas, en fonction des réalités familiales, commente-t-on chez Infor-Home. Ceux qui souhaitent héberger leur parent ne doivent pas espérer se faire beaucoup d’argent (lire encadré). « C’est en dans la logique des choses d’aider ses parents, c’est du ressort de l’entraide interpersonnelle et familiale », commente Eliane Tilleux, ministre en charge de la politique des Seniors à la Région-Wallonne. Luc Jansen, se méfie lui aussi des incitants en la matière. « Certains demandent plus de compensations fiscales et financières mais c’est extrêmement dangereux, souligne-t-il. On risque ainsi de vouloir se faire de l’argent sur le dos d’un parent âgé. Par ailleurs, les enfants ont-ils le temps, sont-ils compétents pour s’occuper de quelqu’un de quatre-vingt ou nonante ans en mauvaise santé ? ».

La Wallonie veut favoriser l’hébergement en familles d’une personne âgée… d’une autre famille. Cinq opérateurs, un par province, sont depuis peu chargés de recruter et épauler des familles d’accueil. Celles-ci ne seraient pas rémunérées mais recevraient une sorte de défraiement. Un couple de quinquas dont les grands enfants ont quitté la maison, par exemple, pourraient donc accueillir un voisin ou un ami seul et âgé. Celui-ci disposerait d’une chambre, participerait ou non aux repas. « Ce projet d’accueil familial est une bonne manière de briser l’isolement et de resserrer les liens intergénérationnels !, note la ministre. Pour les enfants qui n’ont plus de grands-parents aussi, c’est un plus. Ce plan sera évalué fin 2011 avant d’être lancé officiellement. Il s’agit de ne pas se heurter aux écueils juridiques, fiscaux et éthiques qui entourent l’accueil de personnes âgées. Tout sera mis en place pour empêcher certains de vouloir faire du business sur le dos des seniors ».

Maisons kangourous
Ce projet d’accueil familial s’ajoute aux nombreuses initiatives qui, tout en offrant des alternatives aux maisons de repos, resserrent les liens entre les générations. Comme l’ASBL « Un toit deux âges », à Bruxelles, qui propose aux seniors de mettre une chambre vide à la disposition d’un étudiant ou encore les maisons « kangourous » qui hébergent sous le même toit une famille et des personnes âgées.

Reviendrait-on ainsi à une forme d’entraide plus traditionnelle, à l’image des sociétés non occidentales où le placement des personnes âgées est quasi impensable. « On idéalise souvent la solidarité familiale dans les cultures traditionnelles, explique Sylvie Carbonnelle, socio-anthropologue ayant participé à l’étude « Migration et vieillissement », réalisée en 2007 par la Fondation Roi Baudouin. Mais, dans la pratique, son application est de plus en plus difficile ». L’étude parle de familles « en rupture », de « belles-filles dociles » cherchées au pays afin de s’occuper des parents âgés… Et le secteur des soins à domicile peine à se faire se faire une place au sein des populations immigrées.

Face au papy-boom qui s’annonce et à l’allongement de l’espérance de vie, tant les familles que les pouvoirs publics vont devoir redoubler d’inventivité pour préserver la cohabitation entre les âges.

Pas d’allocation « parents âgés »

– Accueillir un parent âgé de plus de 65 ans ne donne droit à aucune allocation mais à une exonération d’impôts.

– Pour s’occuper d’un parent âgé ou malade, il est possible de bénéficier d’une interruption de carrière pour assistance médicale, un peu à l’instar d’un congé parental, mais celle-ci est limitée dans le temps. Une allocation de l’ONEM compense alors la perte de revenus.

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Posted in: Société