« Le pays merveilleux de l’eau nucléaire »

Posted on 21 avril 2011 par

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Vingt-cinq ans après Tchernobyl, plus d’un mois après Fukushima, cette archive du Soir, signée Anne-cécile Huwart, est plus que jamais d’actualité : un reportage dans une centrale nucléaire jamais entrée en fonction, transformée en parc d’attractions !

En 1973, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas entreprenaient la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Près de 3,5 millions d’euros furent injectés dans le projet. Mais, suite à la catastrophe de Tchernobyl, les actions des défenseurs de l’environnement eurent raison de cette nouvelle usine : en 1991, le gouvernement allemand décida qu’elle n’entrerait jamais en fonction. Quatre ans plus tard, Hennie van der Most, un investisseur Hollandais spécialisé dans la reconversion de sites industriels désaffectés, entreprit de sortir «Kalkar» des eaux troubles et d’en faire un parc d’attractions : Kernwasser Wunderland (« Le pays merveilleux de l’eau nucléaire »)

Au coeur des plaines du Bas-Rhin, l’imposante silhouette de l’ancienne tour de refroidissement se dresse sous une fresque copiant un décor de montagnes, entre les vaches et les éoliennes. Des prises d’escalade ont été installées sur les murs et des grimpeurs parsèment le béton sur une hauteur de 55 mètres. Au pied du mur, une porte donne accès à l’intérieur de la tour, l’«Echoland». Un ventre creux gigantesque où un simple toussotement se transforme en grondement de tonnerre.

La masquotte «Kernie» (de «Kern», comme «noyau» ou «nucléaire»), invite les mômes à enfourcher un cochon ou un éléphant rose. Une roue perchée sur une terrasse offre une splendide vue sur le Rhin. Des fontaines ornées de nains de jardin clapotent entre les allées. Pas de «Rivière sauvage», de «Train fantôme» ou de «Dalton tower», mais des carrousels, des balançoires, un bowling et des minigolfs, le tout dans une atmosphère de Far west ou de temple égyptien.

Un hôtel dans le réacteur

Pour loger les visiteurs: un hôtel de 1.800 chambres réparties à travers un dédale dont les portes autrefois blindées rappellent l’architecture sécuritaire de l’ancienne centrale. Le coeur de l’usine, le réacteur nucléaire, dort toujours, inerte, derrière ses quatre mètres de béton armé. Mais le site n’a jamais accueilli le moindre matériau nucléaire. « C’est comme si vous aviez une voiture en parfait état de marche mais privée de carburant, ironise le guide Eddy Cost. Aucun risque d’irradiation donc, pour les quelque cent vingt mille visiteurs qui défilent chaque années au «Kernwasser».

Paru dans le supplément Victor en juillet 2001
Anne-Cécile Huwart

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