Japon : rester ou fuir

Posted on 17 mars 2011 par

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Depuis le début de semaine, de nombreux expatriés fuient Tokyo, face à la menace nucléaire. Certains, dont les liens avec le pays sont forts, hésitent. Mercredi, Denis et Michiko ne voulaient pas tout quitter. Chloé Andries a recueilli leur témoignage, paru dans La Libre Belgique.

Ils ont décidé de rester. Pour l’instant. Et surtout parce que toute leur vie est liée à ce sol, aussi mouvant soit-il. Denis et Michiko, 50 ans, habitent Tokyo depuis une trentaine d’années. Lui est Français, elle Japonaise. Depuis le week-end dernier, toute la famille de Denis, en France, les tanne pour qu’ils prennent un avion, ou qu’ils rejoignent au moins le sud du pays, comme de plus en plus d’habitants de la capitale. Et personne ne comprend vraiment leur refus de partir, alors que la plupart des expats de la capitale nippone plient bagage.

« Mes parents, mes frères et sœurs sont ici, explique alors Michiko. Même si je partais en France, j’aurais l’impression de les abandonner. Et je ne peux pas dire à toute ma famille de partir avec nous. Ca n’a pas de sens. Cela serait beaucoup trop compliqué ». Denis, lui, ne veut pas quitter sa femme. Et entend aussi assumer ses responsabilités de chef d’une entreprise de 2.500 employés. « Je ne peux pas quitter le navire, comme ca, du jour au lendemain. Je ne vais pas abandonner mes employés, s’il y a un risque. La culture d’entreprise nippone est bien différente de celle qu’on trouve en Europe. Ici, on ne ferme pas une boite comme ça, on ne laisse pas tout en plan ».

La catastrophe, c’est le tsunami

Mercredi, là où ils habitent, les autorités affirment qu’il n’y a pas de danger majeur pour la santé. La plupart des Tokyoïtes continuent d’aller travailler. Pour Denis, « l’ambassade de France a eu un comportement démesuré. La plupart des Français sont partis au sud du pays. Pourtant, le risque n’est pas avéré à Tokyo. Nous vivons quasi normalement jusqu’à présent ».

Dans les rues, si les expatriés s’affolent, la population nippone demeure incroyablement calme, quasi fataliste. « Les Japonais sont habitués aux séismes, ils ne paniquent pas, poursuit Denis. Et le risque nucléaire est relégué au second plan. Je me rends compte dans les discussions que les Japonais sont très mal informés sur le risque nucléaire, à la différence des Européens . La catastrophe ici, c’est le tsunami. Des milliers de personnes ont tout perdu, cherchent encore des proches ».

L’entourage de Michiko a d’ailleurs aussi été touché par le séisme. Le fils d’un des membres de sa famille, qui se trouvait au nord du pays, est toujours introuvable. Difficile d’imaginer des parents en détresse fuir une menace nucléaire invisible à leurs yeux, et abandonner leur enfant disparu.

Quant à Denis et Michiko, malgré leur placidité apparente, ils ne sont pas kamikazes. « J’ai décidé hier de fermer une grande partie des magasins de mon entreprise pour les prochains jours, en attendant de voir l’évolution de la situation. Nous avons aussi contacté l’ambassade de France, pour recevoir des pastilles d’iode si la menace arrive. D’autre part, si les autorités annoncent un risque certain sur Tokyo, nous partirons », explique t il. Michiko, elle, a préparé un sac à dos. « J’y ai mis de la nourriture, des médicaments et ma bague de fiançailles ».

Mais en cas d’évacuation massive de la capitale, partir ne risque-t-il pas de se transformer en parcours du combattant ? Denis y a réfléchi. A pesé le pour et le contre. Mais le couple a quand même décidé de rester encore auprès de leur famille japonaise, de leurs collègues et de leurs amis. « Nous sommes dans le même bateau. S’il coule, nous coulerons ensemble ».

 

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Posted in: International