Un rêve de petit garçon

Posted on 25 février 2011 par

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On savait déjà qu’être Belge peut être un atout pour réussir une présidence européenne ou pour être reconnu dans la BD. C’est aussi le cas pour réaliser le rêve de (presque) tous les petits garçons : créer des voitures. Un article de Gerald paru dans Trends-Tendances.

Quel est le point commun entre les Lamborghini Diablo GT, BMW X6, Bentley Continental GT, Ferrari California, Maserati Birdcage, Lotus Elise, BMW Z1… pour ne citer que quelques-unes des plus flamboyantes ? Ou entre les Audi A2, Ford Fiesta, Opel Zafira, Skoda Octavia, Renault Clio, Seat Ibiza… pour ne nommer que quelques grands (ou petits) classiques ? Ce sont des voitures. Mais encore ? Leur design est l’œuvre de Belges – en grande partie car on ne dessine jamais une voiture totalement seul.

Luc Donckerwolke, Dirk Van Braeckel, Louis de Fabribeckers, Lowie Vermeersch… Leurs noms ne sont peut-être pas connus du commun de usagers du bitume mais dans le monde de la création automobile, ils sont une référence. Ils occupent des fonctions clés chez de grands constructeurs ou dans des studios de design réputés aux quatre coins de l’Europe.

Pourtant, à l’exception des somptueuses Vertigo de Tony Gillet, il ne reste plus grand-chose de la création automobile belge qui comptait, avant-guerre, plusieurs dizaines de constructeurs. Et vu l’état des routes du royaume et les menaces récurrentes sur les Grand-Prix de Formule 1 à Francorchamps, on pourrait penser que la culture automobile des Belges est sur le déclin.

Etudes…

Pour réaliser leur rêve de petit garçon, dessiner des voitures, ils ont du s’accrocher et s’expatrier. La Belgique en tous cas n’offre pas de formation de design automobile. Si certains ont appris le dessin industriel au pays, à l’Institut St Luc à Liège ou à l’Institut Henry van de Velde à Anvers notamment, tous ont du accomplir ou compléter leur formation ailleurs : l’Université technique de Delft pour Lowie Vermeersch,  l’Institut supérieur de design à Valenciennes pour Louis de Fabribeckers ou encore le nec plus ultra : le Royal College of Art à Londres, où sont passés Steve Crijns, Jo Stenuit ou Luc Landuyt, parmi d’autres.

Stage…

A défaut de constructeurs ou de studios de design automobile en Belgique, c’est également hors de nos frontières qu’ils déploient leurs talents. Mais ils ont du se distinguer pour attirer l’attention. C’est à l’occasion d’un stage ou en envoyant un portfolio que ces messieurs (on trouve peu de dames dans ce métier) sont sortis du lot et ont été embauchés.

… et embauche

Lowie Vermeersch s’est fait remarquer alors qu’il rédigeait sa thèse et accomplissait un stage au sein du mythique studio turinois Pininfarina. Dans le cas de Louis de Fabribeckers, « c’est le dessin d’une petite voiture de sport, assez compacte, qui a retenu l’attention » de l’employeur à qui il avait envoyé son CV et un portfolio, explique-t-il. Relancé en 2005, le studio milanais Carrozzeria Touring Superleggera, dont l’activité principale est de dessiner des voitures uniques, sur commande, avait justement besoin de ce type de modèles pour se repositionner sur le marché. A 33 ans, il a une carrière prometteuse devant lui mais pour certains de ses collègues, l’état des services rendus à la belle carrosserie est déjà long.

A 61 ans, Luc Landuyt fait office de doyen. Il est responsable du design des grandes voitures chez Renault. Dirk Van Braeckel est directeur du design chez Bentley. Lowie Vermeersch occupe la même fonction chez Pininfarina. Comme ses compatriotes, M. Vermeersch explique que pour percer en tant que Belge « il faut être convaincu, il faut de la passion et il faut être fort pour la pousser jusqu’au bout ».

Une patte belge ?

Outre le parcours du combattant pour  s’imposer dans le monde peu accessible du design automobile, les Belges du métier partagent plusieurs caractéristiques… mais pas de style reconnaissable. « Je ne pense pas que l’on puisse voir qu’une voiture ait été dessinée par un Belge », estime Louis de Fabribeckers.

Par contre, certains traits que l’on retrouve fréquemment chez nos compatriotes ont aidé les designers à s’imposer parmi les autres. « Le Belge est poussé à être ouvert aux autres cultures. Nous n’avons pas de carcan, pas de marque nationale à laquelle nous serions liés. Nous nous remettons en question et nous savons conclure un compromis », précise-t-il. De plus, pour celui qui passe commande, « c’est la qualité qui est importante, pas la nationalité ».

Une façon de travailler

Lowie Vermeersch abonde dans ce sens : pas de patte belge identifiable  mais une façon de travailler : « Nous avons une bonne capacité à fonctionner en équipe, nous cherchons à concilier les contrastes, à trouver des solutions pour les différents éléments et les impératifs à respecter ».

Modestie, facilité d’adaptation, fiabilité,… d’autres qualités que la profession attribue aux Belges semblent également faire leur succès et leur réputation dans un monde de grosses mécaniques où on devine que les egos et les susceptibilités ne manquent pas.

Les Belges se remarquent

Les Belges en tous les cas « se retrouvent souvent à des postes intéressants », estime le designer de la Touring Superleggera. Son collègue turinois acquiesce mais nuance : « c’est peut-être un concours de circonstances que des Belges se soient retrouvés à des postes clés. Des Français, des Italiens et des Allemands y sont aussi mais chez eux c’est plus dans la norme vu leur culture automobile ». Du coup, les Belges se remarquent davantage.

Louis de Fabribeckers note cependant que de la BD à la littérature en passant par la peinture, la sculpture et la mode, « la création Belge est plutôt reconnue, pas étonnant donc qu’il y ait également quelques bons designers automobiles ».

Renaissance ?

Vu les qualités reconnues de nos compatriotes, y aurait-il place pour que ce métier fleurisse en Belgique ? Pas sur : pour faire vivre un studio,  « il vaut mieux être dans les grandes villes où se trouvent les constructeurs », dit M. de Fabribeckers. On n’est pas près de voir Minerva renaître de ses cendres, d’autant plus que pour des raisons de rentabilité, on n’imagine plus de marque automobile évoluant en dehors de grands groupes internationaux.

L’album

La confrérie informelle des maîtres belges du design de voitures se côtoie occasionnellement aux grands salons automobiles internationaux, à Paris, Francfort, Genève. Dix d’entre eux sont également présentés côte à côte dans « Belgian Car Designers », un album que leur consacre le journaliste flamand Bart Lenaerts.

Curieusement, la couverture ne mentionne pas le titre mais annonce en anglais ce que ces messieurs confirment tous : « Ever since I was a young boy I’ve been drawing cars[1] ». Ponctué d’interviews, d’esquisses, de croquis et de photos, il donne à chacun la parole pour évoquer ce métier-passion.

Miscellanées

On y apprend que Luc Donckerwolke apparaît dans un album de Michel Vaillant de Jean Graton – il a même dessiné plusieurs Vaillantes. Le premier projet de Steve Crijns pour Lotus était un bateau – jamais construit. S’ils devaient se lancer dans une autre carrière Jo Stenuit serait antiquaire et Louis de Fabribeckers vigneron. Luc Landuyt confie quant à lui avoir 1.500 stylos. De son côté, Marc Van der Haegen a une admiration sans bornes pour la Bugatti Veyron. Enfin, Jochen Paesen se repose des voitures en faisant du karting et Pierre Leclercq roule… à vélo.

Gerald de Hemptinne


[1] « Je dessine des voitures depuis que je suis petit garçon » Belgian Car Designers, de Bart Lenaerts. Pour le commander : www.belgiancardesigners.be 40,00 €

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Posted in: Culture, Economie