Sur les pas de la section « crime » de la PJ

Posted on 3 février 2011 par

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Photo Alexis Haulot

Anne-Cécile Huwart a suivi les enquêteurs de la criminelle de Bruxelles pendant plusieurs semaines, sur le terrain et dans leurs bureaux de la tour Botanique, là où les journalistes sont rarement les bienvenus. Un reportage paru dans Télémoustique (Photos Alexis Haulot).

Classeurs sous le bras, au pied des marches du palais de justice de Bruxelles où débute le procès de Léopold Storme, Marie appréhende un peu ce moment. « J’ai l’impression de passer un examen oral », commente cette inspectrice à la section « crime » de police judiciaire fédérale (PJF) de Bruxelles….

Le moment est effectivement d’importance. Dans le petit théâtre de la justice, le premier acte s’ouvre toujours par le déroulé de l’enquête. Pour le juge d’instruction et les enquêteurs, ce moment constitue l’aboutissement de mois de recherches, d’analyses, d’auditions et de vérifications pour tenter d’aboutir à la vérité.

Ce jour-là, Marie fait donc partie de la vingtaine d’enquêteurs présents devant la cour pour témoigner aux côtés de la juge d’instruction Berta Bernardo-Mendez. Dans les semaines qui ont précédé ce procès, nous l’avons suivie, elle et ses collègues, dans leur quotidien au sein de la Division de recherche 6 (DR6), autrefois appelée « criminelle ». Nous les avons observés, écoutés et accompagnés dans plusieurs de leurs démarches, sur le terrain et dans leurs bureaux perchés aux 7ème et 8ème étages de la tour Botanique à Bruxelles. A travers cette plongée en ce lieu où les journalistes sont rarement les bienvenus, nous avons cherché à comprendre le travail de ces agents qui côtoient chaque jour les aspects les plus sombres de l’âme humaine.

Photo Alexis Haulot

« Un psychanalyste dirait que je fais ce métier pour m’aider à surpasser un épisode triste de mon enfance, dit pudiquement Martin. Ce besoin d’œuvrer en faveur de la justice vient sûrement de mon éducation, de la manière dont on m’a inculqué certaines valeurs. Et puis, il faut bien que quelqu’un le fasse, ce boulot. Nous devons écouter sans juger, donner à chacun l’occasion de raconter sa version des faits ». Même les pires criminels, comme Junior Pashi. « On l’a interrogé ici, dans ce bureau, poursuit Martin. On a même blagué avec lui ». Patrick, son collègue ajoute : « Certains ne comprenaient pas comment on pouvait rire avec ce personnage. Mais c’est justement cette décontraction qui nous a permis d’obtenir certaines déclarations qui ont été utilisées au procès. Il faut s’adapter à chaque personnalité ». Un collègue, ajoute : « Utiliser la violence, l’intimidation ou l’humiliation, c’est un aveux de faiblesse et ça ne mène à rien ».

Des moyens à la carte

Junior était en aveux depuis le début. L’enquête a donc surtout porté sur la préméditation des faits. Dans le cas de Léopold Storme, l’intrigue a retenu les médias en haleine jusqu’au bout de son procès. Comment un étudiant de 19 ans, issu d’une famille aimante, en arriverait-il à tuer ses parents et sa sœur ? Malgré de multiples éléments accablants, le jeune homme a toujours nié être l’auteur de ces crimes. Sans lever toutes les zones d’ombre, l’exposé de l’enquête laissait peu de place au doute quant l’implication de Léopold, d’une manière ou d’une autre, dans ce triple meurtre.

« Je n’ai rien à dire sur cette enquête, commente Me Jean-Philippe Mayence, un des avocats de Léopold Storme, au terme de l’exposé de l’enquête devant la cour d’assise. Je pense que ça va être difficile pour nous… Les enquêteurs ont travaillé de manière adéquate. Mais uniquement dans le sens de la culpabilité. Tous avaient une conviction de départ et elle n’a pas changé. Il faut aussi préciser que des moyens exceptionnels ont été dégagés dès le début de cette enquête… ».

Photo Alexis Haulot

On ne peut le nier : tous les crimes ne bénéficient pas des mêmes renforts en hommes et en moyens techniques. Pour retrouver les meurtriers de Joe Van Holsbeeck, tué pour son MP3 en pleine gare Centrale un après-midi d’avril 2006, le parquet avait là aussi déployé un maximum de moyens. Au détriment d’autres enquêtes, inévitablement. « Au moment du meurtre de Joe, un cadavre venait d’être découvert le long de l’autoroute, relate Paul, un autre enquêteur de la PJF de Bruxelles. Il s’agissait d’une victime de la mafia chinoise. Brusquement, ce dossier est passé au second plan. Et je me suis retrouvé tout seul… ». Plus une affaire est médiatisée, plus elle recevrait de moyens. Cette logique n’est pas au goût de tous. « Quand c’est médiatisé, on peut tout avoir parce qu’il y a une obligation de résultats rapides, déclare Martin. La police joue sa crédibilité. On ne devrait pas faire de différence… D’autant que pour moi, notre travail doit se réaliser dans l’ombre. Si les suspects ont déjà une idée sur nous ou sur les affaires via la télé ou les journaux, c’est biaisé ».

De nombreuses affaires se résolvent sans la lumière des médias. Les six équipes de la DR6, soit 34 enquêteurs au total, procèdent à entre 30 et 40 arrestations et gèrent une vingtaine de nouveaux dossiers chaque année. Principalement des meurtres, des tentatives de meurtre ou d’assassinat par auteur inconnu. Le taux d’élucidation est d’environ 80%. Chaque affaire porte un nom de code, savant jeu de mot tiré d’un élément de l’affaire : « Piano » pour le meurtre de Benjamin Rawitz, « Tissus » pour Storme, « Monbazillac » pour un meurtre dans la communauté noire impliquant un homme au nom évoquant le célèbre vin doux,…

Chaque matin, à 8h30, les enquêteurs discutent de l’avancée de leurs dossiers et les procédures en cours : une audition, une reconstitution ou une perquisition. Lorsque le meurtrier est facilement identifiable, dans le cadre d’un braquage ou d’une dispute familiale par exemple, l’affaire est laissée à la police locale. « Les policiers locaux sont toujours les premiers appelés sur les lieux, souligne un enquêteur. Nous, on débarque un peu comme la cavalerie ». C’est au juge d’instruction que revient la décision de confier l’enquête à la police fédérale.

Ce partage des tâches se passe d’ordinaire sans encombre. On ne parle plus guerre de rivalité entre les deux niveaux. Dix ans après la réforme des polices, cette fusion apparaît pour beaucoup comme un succès. Plusieurs agents fédéraux viennent d’ailleurs de la locale. « La collaboration avec les policiers locaux est impeccable, déclare le commissaire Jean-Michel Le Moine, commissaire dirigeant de la section criminelle depuis mars 2006. Nous ne sommes rien sans eux. Ils sont les premiers sur place, ils disposent d’un réseau de partenaires indispensables. Nous ne faisons pas les coups et blessures, nous pouvons donc nous concentrer sur le travail de fond, sur les enquêtes uniquement. C’est un luxe ».

« La crim’, c’est Derrick »

La police judiciaire travaille ainsi hors du temps, bien loin du rythme effréné des séries télévisées du genre « Les experts ». « La crim’, c’est « Derrick » !, déclare un ancien de la crim’. Elle agit quand les faits se sont déjà produits. Il n’y a donc pas vraiment d’adrénaline ».

Le travail des enquêteurs s’effectue plutôt en profondeur. Leur rôle est de comprendre des individus et de reconstruire le puzzle d’éléments ayant conduit à un meurtre ou un assassinat. « A chaque nouvelle histoire, nous pénétrons dans un nouvel univers, explique François. Chacun détient ses codes que nous devons assimiler. Même les sans-abris : ils ont leur itinéraires, leurs endroits, leurs potes,… Pour certaines affaires, il faut aller loin : lors d’un crime dans la communauté araméenne de Bruxelles, nous avons fait venir de Damas le représentant de l’église orthodoxe. C’est un peu comme si nous avions dû auditionner Benoît XVI ! Il est venu ici avec sa tenue de « Saint-Nicolas »… C’était assez spécial. Les explications de cette autorité religieuse étaient nécessaires pour comprendre la culture dans laquelle le meurtre avait été commis ».

La pluralité au sein des équipes de la PJF est donc indispensable. A chaque enquêteur sa personnalité, sa culture et sa sensibilité qui s’adaptera davantage à telle ou telle affaire. La DR6 rassemble ainsi différents âges et différentes origines, étrangères ou belges, francophones ou néerlandophones. Dans ce « melting pot », il faut aussi inclure deux grands courants : les anciens péjistes et les ex-gendarmes. S’ils ont appris à travailler ensemble depuis la réforme des polices, les deux cultures se distinguent toujours. « Les anciens gendarmes ont été formés à l’école militaire, ils gardent l’esprit de corps et sont plus procéduriers, affirme un ex-péjiste. Les péjistes, issus de la société civile, diplômés de crimino, de sciences po ou d’histoire, sont plus individualistes et plus créatifs. Ce sont deux cultures totalement différentes mais qui parviennent à collaborer. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule école de police, c’est le même moule pour tout le monde ».

Ex-gendarmes ou ex-péjistes, tous se doivent d’appliquer le même plan d’action lorsqu’une affaire survient. Les procédures à suivre sont régulièrement rappelées et actualisés pour éviter tout vice de forme pouvant être préjudiciable à l’enquête. « Le respect du protocole, il n’y a plus que ça qui compte aujourd’hui, note un agent. C’est fastidieux et contraignant, ça entraîne de la paperasserie et nous freine dans nos enquêtes. Mais sans ces procédures, on laisse la possibilité aux avocats de s’engouffrer dans la moindre faille».

Photo Alexis Haulot

Il s’agit donc de tout mettre en œuvre pour éviter de polluer une scène de crime ou de passer à côté d’un élément essentiel. Au-delà des erreurs de jugement, tout manquement peut avoir des conséquences dramatiques, comme lors de l’enquête sur la mort d’Annick Van Uytsel, 18 ans, disparue à Diest, en Flandre, en avril 2007. Le comité P a récemment établi que les policiers de Louvain étaient passés très près de l’assassin de la jeune fille mais que, suite à un manque de communication notamment, ils n’avaient pas conclu à l’implication de Ronald Jansen… Jusqu’à ce qu’il soit arrêté pour l’assassinat Shana Appeltans et Kevin Paulus, trois ans plus tard.

Outre la rigueur, le flair et une certaine empathie naturelle permettent de dénouer le fil des événements conduisant à un crime. « Quand on débarque sur une scène, on ne peut s’empêcher d’imaginer les derniers moments avant le drame », explique Jean-Michel Le Moine. Et l’enquête s’échafaude à partir d’hypothèses montées puis démontées au gré des éléments. Comme dans les films et les séries télé. Sauf que c’est pour du vrai.

« Bousillé par mon boulot »

Les équipes de garde se relaient 24h/24, dans l’attente d’un coup fil annonçant la découverte d’un cadavre. Comme le corps de cette femme planté de coups de couteau gisant sur une ère d’autoroute. La dépouille se trouve là depuis environ deux semaines, comme l’indiquent son état de décomposition et la végétation qui recouvre le sac à main abandonné plus loin. Il contient les documents d’identité de la victime. D’origine marocaine, celle-ci est connue des services de police pour prostitution. Son adresse conduit les enquêteurs vers une maison de maître bruxelloise où vit un certain André, âgé d’une septantaine d’années, veuf depuis quelques mois.

Vêtu d’un long imper, coiffé d’un chapeau gris, André arrive à la PJF pour y être auditionné. Le contraste entre cet homme et la personnalité de la victime frappe instantanément. A ce stade, rien ne semble indiquer qu’il puisse être impliqué dans la mort violente de cette femme qui profitait de sa solitude et de sa générosité. « Des personnes comme lui, malheureusement on en voit beaucoup », note Jean-Michel Le Moine dont la porte du bureau est habillée de portraits robots et d’avis de recherche. Comme pour ne jamais les oublier… « Je peux vous dire que je suis bousillé par mon boulot, poursuite le commissaire, ancien éducateur et réputé pour sa sensibilité sociale. Quand je m’entends dire à mes hommes présents dans l’appartement où Junior a tué sa fille et son arrière-grand-mère : « regardez dans les poubelles, les gars, c’est un enfant de 18 mois qu’on recherche ! », j’éprouve un sentiment d’effroi. Vous vous imaginez dire ça ? ». Bien des images d’horreur poursuivent les enquêteurs en dehors du bureau. « Il y a plusieurs années, j’ai vu un mec qui s’était fait exploser la tête, il y avait des morceaux partout. En rentrant chez moi, l’image de ce cet homme décapité ne me quittait pas. J’étais seul dans mon fauteuil avec mon GSM, j’avais besoin de parler. Mais il n’y avait personne… ».

Rien à voir avec une fiction.

Photo Alexis Haulot

 

« On a trouvé deux corps »

La plupart du temps, résoudre une affaire prend des mois, voire souvent des années. Toutefois, certaines se résolvent pratiquement en un jour. Comme celle-ci, survenue le jeudi 7octobre 2010.

Nous sommes au quatrième jour du procès de Léopold Storme au palais de justice de Bruxelles. Une bonne partie de la criminelle participe ou assiste à l’exposé de l’enquête menée par la juge d’instruction. La présidente Carine Gérard annonce une pause déjeuner d’une heure. Un groupe d’enquêteurs se dirige vers la station de métro Louise pour acheter un sandwich au snack de la galerie. Le temps de la file et d’avaler le casse-croûte, la tension se relâche d’un cran.

Un appel brise subitement ce moment de détente. « Il y a une affaire, annonce Pierre à ses collègues. « On a trouvé deux corps ». Le policier fonce alors vers la « tour », le QG de la police fédérale, près du Botanique, à quelques coups de volants du palais de justice.

Dans les couloirs, c’est le branle-bas de combat. Le commissaire Le Moine, chef de la PJF, expose les faits. « Dans un appartement d’un quartier chic, on a trouvé une dame morte, ainsi qu’un chien, explique-t-il. Tout a été préservé sur place. Plus loin, on a découvert le mari de la dame avec deux orifices dans la tête ». Tout laisse alors penser à un double assassinat. « L’appartement est au premier étage, la fenêtre du balcon était ouverte, poursuit Jean-Michel Le Moine. Or, la famille dit qu’elle restait toujours fermée pour que le chat ne file pas. Et la porte d’entrée était fermée de l’intérieur ».

Etrange intrusion dans la vie des gens

Deux équipes se préparent, l’une pour la voiture, l’autre pour le domicile des sexagénaires. Presque machinalement, ils fourrent dans un sac le matériel d’intervention nécessaire comme les masques, combinaisons et « cover shoes » pour éviter de contaminer la scène de crime. « Même si on est habitué à ce type d’intervention, on est toujours curieux de savoir ce qui se passe, confie Antoine, qui pilotera les opérations à l’endroit où le corps de la dame a été découvert.

Dix minutes plus tard, les enquêteurs roulent à toute vitesse vers la scène de crime. Arrivée sur place, les agents découvrent une pelouse bien tondue et un immeuble des années septante aux balcons soigneusement décorés. Il est 14h15. La police locale et les scientifiques du labo sont déjà là. Au pied du bâtiment, les enfants des victimes répondent aux questions des policiers, soutenus par une assistante du bureau d’aide aux victimes de la police locale. « Ils sont bien sûr en état de choc, explique-t-elle. Pour eux, ce qui arrive est inimaginable. J’essaye de les faire parler, de leur laisser exprimer leurs émotions, sans être trop intrusive. Dans ce type de situation, surtout en cas de mort violente, les proches se sentent souvent très coupables. Ils se demandent ce qu’ils n’auraient pas vu, pas fait ».

C’est la fille du couple qui a appelé la police ce jeudi matin. Elle s’inquiétait que ses parents ne répondent ni au téléphone ni à la porte. La veille, sa maman lui avait fait part de difficultés financières. Son père lui avait signalé qu’ils ne pourraient garder leur petite fille comme il était convenu.

Le canari continue de chanter

Philippe pénètre dans l’appartement où le temps semble s’être figé. Dans la cuisine, le canari continue de chanter. A la télé restée allumée, c’est l’heure du Télé-Achat. Etrange intrusion dans la vie de ses grands-parents apparemment sans histoire… On pourrait les croire sortis faire une course.

Mais, sur un fauteuil, leur petit chien gît mort entre les coussins. Le corps de la dame est étendu sur son lit. Antoine apprend de ses collègues que tout indique que le mari se serait lui-même donné la mort. Il s’agirait donc non pas d’un double meurtre mais d’un double suicide.

Mais pour l’heure, rien n’est encore sûr. Les enquêteurs et les hommes du labo poursuivent donc méticuleusement la relève des données : plan de l’appartement, photos, notes de tout indice pouvant éclairer l’affaire,… Les hommes en blanc vont et viennent autour de l’immeuble, sous les regards curieux des voisins. Ils emportent les pièces à conviction. Et confient aux enfants le poisson rouge et le canari.

Il est 19 heures lorsque la juge d’instruction arrive sur les lieux. Anne Gruwez analyse les détails de l’appartement. « Chaque objet raconte une histoire, exprime la juge. Ca m’émeut ». Le lendemain, l’autopsie de la dame révèle une mort par strangulation, sans trace de lutte. Affaire classée. Sauf pour la famille…

Photo Alexis Haulot

Photo Alexis Haulot

 

L’audition filmée d’un tueur présumé

Ce matin de juin 2010, un homme accusé dans une affaire de meurtre quitte sa cellule pour une audition particulière. Elle va être filmée et suivie par deux « profileuses », psychologues du Service des sciences du comportement de la police judiciaire fédérale. Sophie, l’enquêtrice, va mener l’interrogatoire. « C’est une pointure… », précise un de ses collègues. La jeune femme connaît bien le suspect. « On n’approche pas ce type de personnalité tous les jours…, explique-t-elle. Je l’ai déjà interrogé plusieurs fois. Personne ne m’a jamais autant insultée que lui ! ». L’enquêtrice sait maintenant comment l’aborder. « J’essaye de rester zen, de garder mes distances, poursuit-elle. Avec ce type de personne, il faut rester à l’écoute tout en se montrant ferme. Etre trop gentil, jouer l’empathie, ça ne marche pas. S’il devient grossier, on interrompt tout de suite ! ».

L’interrogatoire va se dérouler dans le petit local qui accueille généralement les mineurs victimes de pédophilie. La pièce est sobre, neutre et insonorisée. Une caméra, un micro la relie à la « régie » d’où les psychologues et d’autres enquêteurs suivent le face à face. Un ordinateur permet aussi à Sophie de recevoir des conseils, à travers une messagerie instantanée (chat). « Il s’agit de mettre la personne à l’aise pour qu’elle donne un maximum d’explications, sa propre version des faits, commente Isabelle, l’une des psychologues.

Pas d’aveux mais la vérité

Le but n’est pas d’avoir des aveux mais la vérité ».

Le suspect arrive menotté, vêtu d’un jean et d’un polo bleu ciel. Il prend place dans le local. Sophie s’assied de l’autre côté de la table ronde. Elle lui rappelle que l’audition va être filmée. « « Tant mieux, dit-il, au moins, on ne pourra pas mettre ma parole en doute ! Toute façon, vous êtes persuadés que je suis coupable, vous n’allez pas m’écouter ». L’ordinateur de Sophie reçoit un message : « Une audition, c’est justement pour vous écouter ».

Le suspect commence à parler. Sophie pose peu de questions. Elle lui rappelle les éléments matériels du dossier, tente de le placer devant ses contradictions. Il s’énerve rapidement puis se calme. La régie encourage et conseille l’enquêtrice. L’homme noie le poisson. Il contourne, digresse, tente d’emmener Sophie vers d’autres pistes. Au pied du mur, il prononce certaines phrases révélatrices : « Je ne peux pas imaginer avoir fait du mal à la femme que j’aime » ou « Je vis dans ma vérité ».

Au bout de 4h30, Sophie sort du local, exténuée. Le suspect est raccompagné en prison.

Anne-Cécile Huwart

Paru dans Moustique, février 2011

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