Belgique : Petit jeu de politique fiction

Posted on 30 novembre 2010 par

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Alors que les négociations politiques sont au point mort, les médias belges et internationaux n’en finissent plus de prédire la fin de la Belgique. Mais concrètement, un divorce est-il possible ? Chloé Andries s’est livrée à un petit jeu de politique fiction, pour La Vie, le 21 octobre dernier. Voici 4 scénarios de scission… plus ou moins probables.

Alors que de nouvelles élections sont déjà évoquées, que des francophones appellent à préparer la fin de la Belgique, et que les négociations piétinent, des laboratoires d’intellectuels planchent sur un plan B. C’est le cas du 4P3U (4 présidents, 3 universités), qui élabore des outils informatiques pour les politiques francophones. D’autres intellectuels, comme le philosophe et économiste de l’université catholique de Louvain, Philippe Van Parijs, ont déjà étudié des scénarios de scission.

Voici les quatre principaux.

1. Un État Flandre-Bruxelles ou Wallonie-Bruxelles
« Dans cette première hypothèse, Bruxelles devrait être intégrée soit à la Flandre, soit à la Wallonie. Or, aucune des deux parties ne voudra partir sans Bruxelles, ni ne pourra partir avec Bruxelles, pour des raisons notamment culturelles et éco­nomiques », explique Philippe Van Parijs. Bruxelles constitue, en effet, le principal moteur de l’économie des deux régions et une précieuse vitrine vers le monde entier. La population bruxelloise, quant à elle, est farouchement opposée à ce scénario.

« La moitié d’entre elle est favorable au statu quo et 47 % souhaitent la formule de Bruxelles ville indépendante », selon l’expert. En cas de scission, cet argument pourrait être soutenu par l’une ou par l’autre partie, ainsi que par l’Union européenne, qui devrait d’ailleurs décider d’intégrer ou non ces nouveaux États.

Le groupe 4P3U a planché sur la via­bilité d’un État Wallonie-Bru­xelles. Pour Michel Mignolet, économiste du groupe, « nos calculs montrent que cet État serait viable, mais sans tenir compte des conséquences économiques probablement drama­tiques d’une scission, ni des accords politiques, comme le partage de la dette. Résultat, on ne peut rien prévoir en matière économique. »

2. Bruxelles, indépendante au sein de l’UE
Cet autre scénario fait de Bru­xelles une ville indépendante, intégrée dans l’Union européenne. Pour Philippe Van Parijs, « il serait moins indigeste pour la Flandre et la Wallonie, qui éviteraient ainsi de voir partir Bruxelles dans l’autre camp. Pour l’UE, il devrait être aussi perçu positivement. Et les Bruxellois y seraient sans doute favorables. »

Bingo ? Pas vraiment. Pour l’expert, ce scénario a lui aussi peu de chances d’aboutir. « Il existe une interdépendance très forte entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre. Seule la moitié de la population travaillant à Bruxelles y habite et y paie ses impôts et la capitale a besoin des autres régions pour financer des compétences comme son enseignement. » Dans ce scénario, des transferts devraient se poursuivre entre les régions, de façon encore plus problématique qu’aujourd’hui. Sans compter qu’on imagine mal la Wallonie et la Flandre accepter d’avoir autant de pouvoir sur Bruxelles qu’un Bulgare ou un Portugais.

3. Une « Bruxelles cogérée »
Ce troisième scénario, appelé aussi condominium, est celui que défend Bart De Wever, le leader du parti indépendantiste flamand N-VA. Il prévoit que Bruxelles soit placée sous la ­cotutelle d’un État flamand et d’un État wallon.

« Seuls ceux qui n’auraient pas encore compris que la colonisation est derrière nous peuvent attacher à ce scénario une quelconque plausibilité », lâche Philippe Van Parijs. Car cette hypothèse impliquerait que les deux États, Flandre et Wallonie, aient tout pouvoir de décision sur les Bruxellois, sans que ceux-ci n’aient rien à décider pour leurs cogestionnaires.

4. Une Wallonie française
C’est l’idée que berce une frange infinitésimale de la classe politique belge, à travers le parti RWF (Rassemblement Wallonie France), crédité de 1 % de voix. « Il suffirait d’organiser un référendum dans la population », explique Laurent Brogniet, coprésident du RWF. Une idée reprise en France par le député Nicolas Dupont-Aignan.

« Pourquoi pas, s’amuse Philippe Van Parijs. Mais cela ne serait qu’une variante du scénario 1. Avant de commencer à penser ou non à un rattachement, il faut d’abord régler la scission du pays. » Une scission encore bien loin d’avoir trouvé son scénario… Pour Benoît Rihoux, auteur d’une étude comparative sur les conflits communautaires européens, « un divorce amiable à la tchèque serait possible, si Bruxelles n’existait pas ». Or, une chose est sûre, Bruxelles n’est pas près de disparaître.

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Posted in: Politique, Société